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Vies sous occupation : « Elle était mon enfant unique »

mardi 9 avril 2013 - 06h:52

PCHR Gaza

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Huda et Khaled Tafesh, âgés respectivement de 21 et 25 ans, s’étaient mariés en 2010. Un an après, ils eurent leur premier enfant : Haneen. Avec leur fille, le jeune couple a vécu dans une modeste habitation à toit en tôle dans le quartier de Zaitoun jusqu’au jour où la Bande de Gaza fut la cible, en novembre dernier, d’une offensive militaire israélienne démesurée. A l’approche de la Journée Internationale de la Femme et la Fête des Mères, Huda livre au PCHR Gaza ses témoignages en tant que jeune maman durant 8 jours de bombardements et de peur.

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Huda Tafesh dans sa maison du quartier Zeitoun, Gaza

« Ce jour-làt, nous étions tous à la maison. C’était au lendemain du lancement des attaques israéliennes sur la Bande, et il y avait beaucoup de drones qui envahissaient notre ciel. Notre quartier était plutôt calme, sans le moindre signe d’une activité militaire quelconque. Nous avons donc commencé notre journée comme l’accoutumé. Haneen s’était réveillée tôt, a mangé puis s’est rendormie. Khaled était sorti plus tôt pour aller lui acheter des œufs. En réalité, Haneen colle toujours à son père et lui demande de l’accompagner là où il va. Elle cherchait toujours à le suivre, surtout à l’extérieur de la maison. « Mais ce matin-là, Khaled a dit à sa fille qu’elle ne pouvait pas sortir avec lui, pensant qu’elle serait plus en sécurité à la maison. »

Huda poursuit : « Peu après le retour de Khaled du magasin, il y eut une forte déflagration. Un F16 venait de tirer un missile sur un lot de terrain vide près de notre maison. L’explosion était très violente. »

Huda, qui n’a pas fait cas de sa propre blessure, n’a pensé qu’à une seule chose, sa fille. Elle raconte : « Je suis vite courue à l’intérieur de la maison pour voir si Haneen n’a rien eu. Mais en me dirigeant vers la chambre, la porte était coincée en position fermée du fait de l’immensité de l’explosion. J’étais incapable d’ouvrir la porte jusqu’à l’arrivée de mon mari qui est finalement parvenu à l’ouvrir. Haneen était ensevelie sous les décombres qui ne laissaient paraître que son pied. Un tas de débris est tombé sur sa tête lui causant plusieurs blessures. »

Le jeune couple a tout de suite réalisé que les blessures de l’enfant étaient graves. La mère explique : « Khaled s’est précipité avec la petite à l’hôpital car les ambulances tardaient à arriver. Au moment même où une ambulance était arrivée sur les lieux pour m’évacuer à l’hôpital, un drone a lancé un second missile qui s’est abattu juste en face de la porte de notre maison, sans s’exploser. C’est par la suite que j’ai su que l’enquête de la police avait révélé qu’il s’agissait d’un missile défectueux, probablement lancé pour nous faire peur. »

Huda se souvient également des moments mouvementés et agités passés à l’hôpital : « J’ai été diagnostiquée d’une fracture au niveau de l’omoplate droite. Le médecin m’a mis une écharpe et m’a donné un spray anesthésique puis m’a informée que je pouvais rentrer chez moi dans l’après-midi. Je pense que le médecin et mon mari voulaient absolument que je rentre afin de m’éviter le choc de voir l’état de ma fille. Mais comme le cœur d’une mère ne ment jamais, je savais en mon for intérieur et je sentais que Haneen était déjà morte. »

Ce soir-là, après avoir reçu un appel téléphonique, Khaled a informé son épouse qu’il devait retourner à l’hôpital pour donner du sang à leur fille. Huda poursuit : « Je lui ai dit qu’il ne fallait plus se casser la tête et que Haneen n’avait plus besoin de sang. Et c’est comme ça qu’il a reconnu que notre fille n’est plus de ce monde. »

Durant la même soirée, Huda a été de nouveau conduite à l’hôpital à cause des douleurs insupportables au bassin et à l’épaule, où elle est restée une semaine. Elle ajoute : « Je suis quand même rentrée chez moi au lendemain de mon hospitalisation, juste le temps de pouvoir faire mes adieux à Haneen, quelques instants avant ses funérailles. »

Au fil du temps, les blessures physiques de Huda ont commencé à se cicatriser. Toutefois, la plus grande blessure de ce jour et la perte de sa fille l’accompagnent constamment et ne guériront jamais. La maman chérit des souvenirs vivaces de Haneen : « C’était une enfant très éveillée. Une enfant qui entre facilement dans votre cœur. De tous ses traits, c’est l’éclat de son rire qui résonne encore dans mes oreilles. Elle souriait et rigolait dès qu’elle ouvrait les yeux. Haneen était une fille calme qui ne pleure jamais. »

S’agissant de la Fête des Mères qui sera célébrée dans quelques jours, Huda soupire : « Dès que je suis devenue maman, j’ai perdu mon enfant. »

Et en évoquant ses perspectives d’avenir, Huda sourit : « Je suis enceinte de 2 mois et demi. J’espère que la grossesse se passera assez vite pour que je puisse une nouvelle fois porter mon enfant. »

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Huda (au milieu) avec sa belle-mère, sa belle-sœur et sa nièce, née seulement 3 jours avant l’offensive du mois de novembre 2012

Outre la perte de leur enfant, la famille Tafesh devait s’occuper des dégâts que l’attaque avait apportés à leur maison. Les murs et le sol étaient troués ; des trous qui, d’après la mère de Khaled, laissaient passer des souris. Le toit en tôle était sérieusement touché et ne servait plus à rien dès les premières pluies. Elle poursuit : « Cette maison nous a été attribuée dans le cadre d’une initiative caritative, moins d’un mois avant l’attaque. Avant, c’était juste une cabane de fortune. A présent, nous avons plusieurs pièces avec des murs en brique. »

Et en l’absence d’une source de revenu permanente, la famille vit dans la pauvreté. Khaled, le père de Haneen a reçu une charrette du gouvernement « Je lui ai donné le nom de Haneen et j’ai collé la photo de ma fille sur le côté. Je vends de la pâtisserie afin de gagner un peu d’argent. »

S’agissant du droit international, le fait de cibler, de blesser gravement ou de tuer des civils, considérés comme des personnes protégées, constitue un crime de guerre tel que codifié dans les Articles 147 et 149 de la Quatrième Convention de Genève, ainsi que l’Article 8(2)(a)(i) et (iii) et l’Article 8 (2)(b)(i) du Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale.

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06 mars 2013 – PCHR Gaza – Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.pchrgaza.org/portal/en/i...
Traduction : Info-Palestine.eu - Niha


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