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Vies sous occupation : l’éducation sous les attaques

mardi 2 octobre 2012 - 06h:27

PCHR Gaza

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Fondé en 2002, le lycée Shuhada khuza’a se situe à 500 mètres de la frontière qui sépare Khan Yunis (partie sud de la Bande de Gaza) et Israël. L’établissement accueille tous les élèves du petit village agricole de Khuza’a.

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Akram Assad, directeur de l’école et dans sa main des éclats d’obus trouvés après l’attaque

Situé à proximité de la « zone tampon », le lycée est fréquemment sujet aux tirs des chars et aux bombardements des drones israéliens. Pour rappel, Israël avait en 2007 imposé unilatéralement cette « zone tampon » qui est une zone militaire interdite à l’intérieur du territoire Palestinien, qui longe tout le périmètre nord et sud de la Bande de Gaza, pas très loin d’Israël.

En 2009, Israël a annoncé l’extension de la zone tampon jusqu’à environ 300 mètres à l’intérieur de Gaza, mais la réalité fait que les limites de cette zone ne sont pas précises et qu’elle peut en effet atteindre 1500 mètres.

Par ailleurs, il convient de préciser que l’établissement d’une « zone tampon » est illégal en vertu du droit international. Elle est souvent imposée au moyen de tirs réels qui occasionnent des pertes humaines et des pertes des terres et des biens. L’installation automatique, non loin de Shuhada Khuza’a, de 5 tours pour les snipers israéliens qui tirent sur n’importe quelle personne qui s’aventure à l’intérieur des 300 mètres en est l’exemple le plus frappant.

Pour voir de plus près, PCHR Gaza a rendu visite à l’école et s’est entretenu avec son Directeur Akram Assad. En poste depuis 2 ans, le directeur peut facilement décrire les conditions subies quotidiennement par ses 300 élèves : « Le lycée a été plusieurs fois attaqué. Une fois, il a subi deux attaques durant le même mois. Les soldats israéliens ne nous avertissent pas au préalable et bombardent l’établissement même pendant les cours. Le 14 juin dernier, à titre d’exemple, le lycée a été bombardé juste après la sortie des élèves. Assez souvent, ce sont les chars qui tirent des obus, sinon c’est au tour des drones qui bombardent après les heures de classe. » Il poursuit : « Lorsque les tirs commencent, nous demandons aux élèves de s’étendre sur le sol de leurs classes ou bien, nous les regroupons dans un même endroit jusqu’à ce que les tirs cessent. En fait, les attaques nous prennent au dépourvu et nous ne savons pas comment sortir ou fuir. Une fois, les chars étaient arrivés jusqu’à l’école et nous sommes restés bloqués deux heures après les heures de classe car même la Croix Rouge n’aurait pas réussi à coordonner pour nous faire sortir. »

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Destruction et dégâts à l’école Shuhada khuza’a

Les attaques répétées sur Shuhada Khuza’a ont fini par affecter et traumatiser les enseignants et les élèves. Dans ce cadre, le directeur explique : « Les enfants sont toujours nerveux, agités et effrayés. Ces problèmes psychologiques affectent directement et négativement leur niveau scolaire et leur conduite. Si jamais ils aperçoivent le matin des chars qui rôdent autour de la zone tampon, ils sèchent les cours de la journée. Les enseignants aussi ont très peur ; comment voulez-vous qu’ils aident et soutiennent les enfants ? Il est évidemment très difficile d’enseigner ou d’étudier dans de pareilles conditions. »

La visite du lycée et la vue de certaines structures endommagées par les récentes attaques et non encore réparées révèlent la dure réalité que vit la Bande de Gaza. En effet, le blocus et l’interdiction subséquente des importations ont conduit au manque et à la hausse prohibitive des prix des matériaux de construction. Un des murs de la salle d’informatique, par exemple, contient un trou béant provoqué par une récente attaque. En outre, les trous laissés par les tirs d’obus et visibles sur les fenêtres témoignent des attaques répétées sur l’école. L’un des bâtiments de l’école a considérablement été endommagé, avec des barres métalliques qui ressortent de la paroi « Un soir, une bombe à fléchettes a été lâchée sur l’école et des éclats d’obus ont ébréché quelques murs. Nous sommes toujours dans l’attente d’une aide pour reconstruire la structure endommagée. Les autres fois, lorsque les bâtiments subissent des dégâts, nous formons des comités, nous contactons des hommes d’affaires ou nous demandons tout simplement aux parents d’élèves de contribuer aux réparations. »

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Les munitions ramassées après l’une des attaques sur l’école

Le directeur du lycée explique également que les attaques et les offensives militaires n’affectent pas seulement la scolarité des élèves « Durant l’Opération Plomb Durci de 2009, nous avons perdu 4 élèves, tandis que 9 autres sont devenus orphelins. Par ailleurs, un nombre considérable de nos élèves actuels se sont retrouvés sans abri ou avec des maisons partiellement détruites par les forces israéliennes. Et c’est l’une des raisons qui les empêche de réviser ou de faire leurs devoirs quand ils rentrent chez eux. Ils souffrent de sérieux problèmes psychologiques, c’est pourquoi, nous essayons de garder un ?il sur eux et de les rapprocher de leurs enseignants afin qu’ils trouvent auprès d’eux les conseils et l’assistance dont ils ont besoin dans leurs études. Nous avons également choisi de les impliquer dans différents sports, comme le football dans le but de les aider à se défouler et à oublier leurs problèmes. »

Sans tenir compte des défis importants auxquels Shuhada khuza’a est confrontée, Akram ose espérer que la situation et les conditions d’enseignement et d’apprentissage finiront bien par s’améliorer un jour : « Je ne sais pas si ces attaques visent à installer un climat de peur chez les élèves ou bien à nous chasser d’ici. Cet établissement est le seul lycée à Khuza’a et d’ici à l’année prochaine, le nombre de lycéens va encore augmenter. L’endroit est devenu dangereux et manque de lieux sûrs et sécurisés pour se mettre à l’abri pendant les attaques. Pourtant, nous ne demandons pas l’impossible, mais juste que notre école ressemble à toutes les autres écoles. Nous avons besoin, notamment, d’une salle pour le professeur de psychologie car la prise en charge des problèmes des enfants est une priorité. Et bien sûr, nous souhaitons que cette région connaisse un jour la paix et la sérénité. »

Pour rappel, l’Article 53 de la Quatrième Convention de Genève interdit « La destruction des biens appartenant à des personnes privées, à l’Etat ou à des collectivités publiques, sauf dans le cas où ces destructions seraient rendues absolument nécessaires par les opérations militaires. »

De plus, le deuxième alinéa de l’Article 8 (b) (i) et (ii) du Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale qualifie de crimes de guerres « Le fait de diriger intentionnellement des attaques contre la population civile en tant que telle ou contre des civils qui ne participent pas directement aux hostilités » et « Le fait de diriger intentionnellement des attaques contre des biens de caractère civil, c’est-à-dire des biens qui ne sont pas des objectifs militaires. »

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26 septembre 2012 - PCHR Gaza - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.pchrgaza.org/portal/en/i...

Traduction : Info-Palestine.net - Niha


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