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Le Hamas doit-il se préparer à une confrontation armée avec les putschistes égyptiens ?

jeudi 19 mars 2015 - 07h:09

Adnan Abu Amer

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Le Hamas n’aurait jamais imaginé être traité comme un mouvement terroriste par un pays arabe. Cette classification a de dangereuses implications, sur le plan politique et médiatique mais peut-être aussi militaire.

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Combattants de la résistance palestinienne - Gaza - Photo : Reuters/Suhaib Salem

Cependant, la Cour égyptienne des Question urgentes a déclaré le Hamas organisation terroriste, le 28 février, malgré l’absence de preuves d’une implication du mouvement dans les opérations armées qui ont coûté la vie à des officiers et soldats égyptiens dans la péninsule du Sinaï, accusant ses membres de s’être infiltrés en Égypte par des tunnels.

Pourquoi cette décision est-elle dangereuse ? L’Égypte est considérée comme la seule marge de sécurité pour Gaza, sous contrôle du Hamas. La classification par l’Égypte du Hamas comme organisation terroriste implique que tous les moyens soient mis en oeuvre pour couper ses approvisionnements en armes et très certainement tous ses financements.

De plus, celui qui coopère avec le Hamas est considéré comme un criminel au yeux de la loi, selon une déclaration faite le 4 mars par Mahfouz Saber, le ministre égyptien de la justice. La loi prévoit la saisie des propriétés du Hamas, l’arrestation de tous ses membres et partisans, et la confiscation de tous ses avoirs financiers.

Dès que la décision a été publiée, le Hamas l’a condamnée et Ismail Radwan, l’ex-ministre de l’awqaf et des affaires religieuses, et porte-parole du Hamas, a fait savoir à Al-Monitor : « La décision égyptienne est un véritable service rendu à l’occupation israélienne, et remis sur un plateau d’argent... Ainsi, l’Égypte exporte ses crises internes à l’étranger. Mais le Hamas ne se laissera pas emporter par des disputes annexes, et ses armes resteront dirigées contre l’occupation. »

Un autre porte-parole du Hamas, Sami Abu Zuhri, a qualifié la décision égyptienne du 28 février comme choquante et dangereuse. Il a estimé qu’elle visait le peuple palestinien et sa résistance, et renversait les rôles, faisant de l’occupant israélien un ami et du peuple palestinien un ennemi. Cette décision couvre de honte l’Égypte et ternie sa réputation, mais elle n’affectera pas le Hamas.

Le Hamas a non seulement publié des déclarations politiques condamnant la décision égyptienne, mais il a également organisé plusieurs manifestations et marches publiques partout dans la Bande de Gaza après que l’Égypte ait pris cette décision.

Une source du haut rang des services de sécurité à Gaza a indiqué à Al-Moniteur, sous couvert de l’anonymat : « L’appareil de sécurité à Gaza a dans des documents en sa possession des faits précis attestant que plusieurs fonctionnaires de l’Autorité Palestinienne [AP] ont fourni aux médias égyptiens des rapports fabriqués de toutes pièces au sujet d’un rôle allégué du Hamas en Égypte. »

Cependant, la déclaration la plus importante publiée par Hamas est venue le 3 mars de son ancien Premier Ministre Ismaël Haniyeh, quand celui-ci a souligné que le Hamas instruisait un appel pour rectifier l’erreur historique que représente la décision égyptienne, laquelle crée un conflit direct dans les relations égypto-palestiniennes. Le Hamas traite patiemment et sagement la question pour redresser ce faux pas en contradiction complète avec la cause de la Palestine et du monde arabe.

Hamas a commencé à activer ses liens diplomatiques avec les états influents dans la région, comme l’Arabie Saoudite, pour faire pression sur l’Égypte afin que celle-ci revienne sur sa décision. Al-Monitor avait précédemment cité des sources internes du Hamas se voulant optimistes au sujet du nouveau rôle de l’Arabie Saoudite sous le règne de Salman bin Abdul-Aziz Al Saud - le nouveau roi saoudien - en espérant une position plus équilibrée de la part du royaume.

Le Hamas lance aussi des appels régionaux pour contrecarrer la décision égyptienne, mais le problème est que ses alliés les plus sûrs dans la région, notamment la Turquie et le Qatar, ont de mauvaises relations avec l’Égypte. Par conséquent, le Hamas place principalement ses espoirs dans l’Arabie Saoudite qui est l’acteur le plus influent en Égypte.

La décision égyptienne contre le Hamas a coïncidé avec la visite d’Al-Sisi Abdel Fattah en Arabie saoudite le 1er mars. Le Hamas se rend bien compte que l’Égypte fait attention à ne pas irriter l’Arabie Saoudite, son principal bailleur de fonds. Aussi, l’Arabie Saoudite a été invitée à intervenir pour faire annuler la décision égyptienne.

Le Hamas a aussi mis en garde contre des répercussions prévisibles sur le terrain avec une attaque possible de l’armée égyptienne contre la Bande de Gaza, qui selon un présentateur égyptien proches des cercles des services de sécurité du régime, pourrait avoir lieu le 1er avril prochain.

Le parlementaire du Hamas Yahya Moussa - Président du Comité de Supervision du Conseil Législatif - a expliqué à Al-Monitor : « J’écarte la possibilité d’une attaque militaire lancée par l’Égypte, en dépit des informations affirmant le contraire. Je crois personnellement qu’un acte aussi fou ne se produira pas puisque le régime égyptien peut facilement arriver à ses fins sans cela. »

Cependant, Mousa Abu Marzouk, le président suppléant au bureau politique du Hamas qui est actuellement en Égypte, a indiqué le 1er mars que la décision égyptienne contre le Hamas est un prélude à son intention d’attaquer Gaza.

En attendant, Radwan a déclaré à Al-Moniteur : « La Bande de Gaza et le Hamas ne réagiront pas en se couchant, bien que nous n’avions jamais imaginé que l’armée égyptienne puisse un jour s’impliquer dans des massacres contre des Palestiniens. Celui qui menace le Hamas devrait peut-être se rappeler l’expérience amère de l’armée israélienne face aux Brigades d’[Izz ad-Din] al-Qassam. »

Le mouvement Hamas, bien qu’ayant affirmé publiquement l’improbabilité d’une attaque de l’armée égyptienne contre Gaza, a pris des précautions au cas où un scénario aussi catastrophique se produirait.

Abu Ubaidah ibn al-Jarrah, qui commande les forces de sécurité palestiniennes, a indiqué le 5 mars que ses services ont été mobilisés, tandis que les postes de sécurité s’étendant le long de la frontière avec l’Égypte ont été renforcés afin de mieux contrôler la frontière, empêchant n’importe quel incident d’avoir lieu.

Il a également nié avoir n’importe quel contact direct avec l’armée égyptienne pendant les patrouilles et autres activités de routine à la frontière entre les deux pays.

Les mesures de sécurité prises par le Hamas à la frontière avec l’Égypte visent à empêcher toute infiltration dans le Sinai, le mouvement craignant d’être entraîné dans un conflit interne égyptien, ce qui aurait de graves répercussions.

Wael Attiya, ambassadeur égyptien auprès de l’AP, a indiqué le 3 mars que les déclarations des médias concernant l’intention de l’armée égyptienne d’attaquer certains emplacements à Gaza ne correspondaient pas à la position égyptienne officielle, parce que de tels plans ne sont pas à l’ordre du jour de la direction politique de son pays.

Ces derniers jours, Al-Monitor a appris qu’’un document interne circulait dans le Hamas, mais sans être rapporté dans les médias. L’évaluation déclarerait qu’il y avait plusieurs scénarios quant à la façon dont Hamas traiterait une attaque possible égyptienne sur Gaza.

Le Hamas pourrait soit garder le silence au sujet de l’attaque possible qui serait très probablement un raid aérien sans offensive au sol, soit répondre d’une manière qui soit en conformité avec l’importance et la profondeur de l’attaque égyptienne. Le Hamas pourrait également diriger sa riposte vers Israël, de sorte que ce dernier fasse pression sur l’Égypte pour arrêter son attaque sur Gaza.

« Tous Les scénarios précédents ont des avantages et des inconvénients, mais le Hamas fera attention à prendre la voie qui ne mène pas à un conflit avec l’armée égyptienne, car cette option serait très coûteuse, » indique l’évaluation interne.

En conclusion, le mouvement Hamas sait très bien que la récente décision égyptienne étouffera vraisemblablement toute possibilité de communication entre les deux parties et exclura l’Égypte d’un rôle possible dans la réconciliation politique interne aux Palestiniens, la trêve avec Israël et la reconstruction de la Bande de Gaza.

Cette décision augmente la possibilité d’un conflit armé entre les Brigades d’Al-Qassam et l’armée égyptienne, ce que le Hamas ne veut absolument pas.

Le Hamas veille à garder sa retenue vis-à-vis de l’hostilité égyptienne officielle à son égard, en atténuant et en contrôlant ses réactions et en réfrénant clairement sa colère, tout en relançant ses appels aux états arabes pour qu’ils fassent pression sur l’Égypte. En même temps, il cherche à prendre toute mesure qui maintiendrait à l’écart une confrontation avec l’Égypte.

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* Adnan Abu Amer est doyen de la Faculté des Arts et responsable de la Section Presse et Information à Al Oumma Open University Education, ainsi que Professeur spécialisé sur l’Histoire de la question palestinienne, la sécurité nationale, les sciences politiques et la civilisation islamique. Il a publié un certain nombre d’ouvrages et d’articles sur l’histoire contemporaine de la Palestine.

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6 mars 2015 - Al-Monitor - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.al-monitor.com/pulse/ori...
Traduction : Info-Palestine.eu


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