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Khaled Meshaal : « En Cisjordanie, la résistance ne fera que s’amplifier ! »

samedi 20 décembre 2014 - 04h:47

Adnan Abu Amer

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Le mouvement Hamas s’est engagé à renforcer la résistance populaire en Cisjordanie et à Jérusalem contre l’occupation israélienne, a déclaré son leader Khaled Meshaal lors d’une interview avec Al-Monitor.

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Khaled Meshaal, chef du bureau politique du mouvement Hamas

« Le Hamas n’arrêtera pas la construction d’un mouvement de résistance en Cisjordanie, » a déclaré le dirigeant du Hamas, ajoutant que cette tâche se poursuivra malgré la collaboration répressive entre Israël et l’Autorité palestinienne (AP).

Le Hamas a été accusé par les responsables israéliens comme ceux de l’PA d’agir en sous-main dans les manifestations à Jérusalem ces derniers mois.

Meshaal a prévenu que les élections israéliennes prévues pour mars 2015 « sont une réelle source de danger, » disant qu’Israël pourrait vouloir se lancer dans une escalade militaire contre Gaza dans la période précédant les élections.

Israël et le Hamas ont convenu d’un accord de cessez-le-feu en août après 51 jours d’attaques israéliennes qui ont tué plus de 2000 Palestiniens et entraîné la mort de 70 Israéliens. Israël n’a pas encore appliqué les termes du cessez-le-feu, à savoir l’ouverture des points de passage et l’autorisation nécessaire à l’entrée des matériaux de construction.

Meshaal a déclaré à Al-Monitor que « le Hamas a beaucoup d’options » pour faire face au refus d’Israël d’appliquer les termes du cessez-le-feu, mais que « cela ne signifie pas que nous nous dirigeons vers la guerre. » Le dirigeant du Hamas a exhorté l’Égypte à exercer des pressions sur Israël pour que ce dernier respecte le cessez-le-feu.

En ce qui concerne les affaires palestiniennes internes, Meshaal a qualifié la performance du gouvernement d’unité « d’insatisfaisante » et « de regrettable », mais il a dit être malgré tout attaché au partenariat avec le Fatah afin de « surmonter rapidement les tensions. » Le dirigeant du Hamas a blâmé « ceux qui de l’extérieur sabotent et entravent les progrès de l’effort de réconciliation ».

Répondant à la presse égyptienne à propos la participation du Hamas à une attaque mortelle dans la péninsule du Sinaï en octobre dernier, où des dizaines de soldats égyptiens ont trouvé la mort, Meshaal a souligné que « le Hamas n’a jamais causé le moindre préjudice à l’Égypte » et « ne s’est jamais mêlé des affaires égyptiennes. »

« Ce qui se passe dans le Sinaï est une affaire interne avec laquelle nous n’avons rien à voir » a-t-il dit, ajoutant que le Hamas a respecté « au maximum de ses moyens » les demandes égyptiennes pour améliorer la sécurité le long de la frontière entre Gaza et le Sinaï.

Meshaal a rejeté l’idée que la direction du Hamas aurait à quitter le Qatar à la suite de l’accord de réconciliation avec les autres pays du Golfe, disant que les relations du Hamas avec le Qatar sont restées « fortes » et que le Hamas a approuvé cette réconciliation.

Se référant à la montée des groupes djihadistes dans la région, Meshaal a déclaré que le Hamas s’en tient à une « approche modérée centriste » et ne tombe dans la voie du radicalisme islamique. Ses commentaires interviennent alors que l’on parle à nouveau de la présence de cellules de l’État islamique dans la bande de Gaza.

Les préparatifs se poursuivent pour la visite de M. Meshaal en Iran, a-t-il dit, sans préciser de date exacte pour ce voyage.

Voici le texte intégral de l’interview :

Al-Monitor : Il semblerait que la relation entre le Hamas et le Fatah a atteint une impasse en ce qui concerne la gestion de la bande de Gaza. Comment les fortes divergences actuelles concernant le gouvernement d’unité peuvent-elles être surmontées et le mandat de ce gouvernement sera-t-il renouvelé ?

Meshaal : Les progrès de la réconciliation ne sont pas satisfaisants et il y a un enlisement, qui est à la fois triste et regrettable. Nous savons que des facteurs externes ont joué un rôle majeur pour saboter et entraver tout progrès dans la réconciliation, avec l’objectif de nous maintenir divisés.

Mais la relation avec le Fatah est maintenue, car il est le partenaire du Hamas sur la scène politique palestinienne. Nous différons sur un certain nombre de questions, mais tenons à maintenir des relations et sommes déterminés à surmonter rapidement les tensions. Nous devons remettre la maison palestinienne en ordre jusqu’à la tenue d’élections au sein de l’Organisation de libération de la Palestine, de l’Autorité palestinienne et du Conseil législatif, sur la base de partenariat.

Concernant l’avenir du gouvernement, j’estime que c’est une question qui doit être discutée avec le Fatah, et une décision sera prise quant à étendre ou à modifier son mandat. Le gouvernement d’unité aujourd’hui en place doit assumer ses responsabilités. Il est susceptible de changer, mais avec le consentement de tous les Palestiniens, et par aucune décision unilatérale en provenance d’une faction.

Al-Monitor : Israël n’a pas respecté les termes de l’accord de cessez-le-feu, dont le plus important, l’ouverture des points de passage frontaliers et l’entrée de matériaux de construction. Quelles sont les initiatives envisagées par le Hamas à cet égard ?

Meshaal : Toutes les périodes de trêve qui ont précédé ont vu un manque d’engagement du côté israélien. Israël est toujours revenu sur ses obligations dans les semaines qui ont suivi, et il a toujours essayé d’imposer de nouvelles règles. Mais le Hamas a prouvé qu’il était prêt à l’affrontement, qu’il ne renoncera jamais à ses droits et à sa liberté de décision.

À la suite de la guerre contre Gaza, des changements sont survenus dans la région et qui pourraient inciter l’ennemi à renier ses engagements dans la trêve. Certaines circonstances ont empêché la reprise du second tour de négociations, mais le Hamas respecte la trêve et tient compte des appels du médiateur égyptien pour appliquer ce qui a été convenu avec les forces d’occupation. Même si aucune réunion n’a lieu en ce moment, cela ne dispense pas l’ennemi de ses obligations, et nous demandons que la pression du médiateur s’exerce sur Israël, malgré le fait que nous ne faisons guère d’illusions sur l’engagement de ce dernier.

Le Hamas a de nombreuses options à sa disposition. Cela ne signifie pas que nous nous dirigeons vers la guerre. Les guerres précédentes n’étaient pas de notre fait mais nous ont été imposées. Nous ne sommes pas des fauteurs de guerre et nous sommes désireux de maintenir la sécurité de notre peuple, mais Gaza a parfaitement le droit de briser le siège, d’accélérer la reconstruction et de construire un port et un aéroport.

Al-Monitor : Le Hamas a été très au fait concernant les derniers événements à Jérusalem. Veut-il inciter à une Intifada religieuse à Jérusalem et en Cisjordanie ?

Meshaal : Le Hamas est prêt à tout accord inter-palestinien concernant notre stratégie de résistance, armée ou populaire, sur les terres palestiniennes occupées ou dans les rangs de la Diaspora. Jusqu’à ce qu’un tel accord soit mis sur pied, le Hamas ne renoncera pas aux stratégies qui sont les siennes et restera attaché à la résistance armée.

Le Hamas n’interrompra pas la construction d’un mouvement de résistance en Cisjordanie, et malgré la collaboration répressive contre nous, nous restons très engagés dans le développement et l’autonomisation d’une résistance populaire sur place. Nous avons tous été témoins d’une réaction palestinienne inattendue à Jérusalem, qui atteste que notre peuple dispose de ressources infinies et d’une capacité créative capable de surprendre tout le monde.

Al-Monitor : Israël se dirige vers des élections et une possible victoire par les partis d’extrême droite. Quelles sont vos attentes à cet égard, et comment ces élections affectent-elles le peuple palestinien ?

Meshaal : Les prochaines élections sont une réelle source de danger. Une vigilance et une sensibilisation renforcées sont nécessaires parce que nous avons eu d’amères expériences lors des dernières élections israéliennes. Le Hamas ne fait aucun pari sur qui va gagner ces élections, car les résultats dans les urnes ne porteront au pouvoir que des dirigeants sionistes hostiles qui voudront en finir avec les droits des Palestiniens.

Mais les élections israéliennes ont engendré trois principaux effets : le premier a pris la forme de la mise en œuvre du plan d’occupation de la mosquée Al-Aqsa par Israël ; le second a été l’accélération des activités de colonisation, avec encore plus de saisies de terres susceptibles de se produire ; et le troisième a été sous la forme de la répression et de l’escalade militaire qui peuvent à nouveau entraîner une attaque sur Gaza ou d’autres zones, de façon à renforcer la position du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Al-Monitor : Les factions politiques islamistes affiliées aux Frères musulmans, telles que le mouvement Ennahda, ont vu une baisse de leur popularité et de leur influence dans la région tandis que les factions djihadistes ont continué à croître. Où voyez-vous le Hamas dans cette équation ? Est-il devenu plus modéré en attirant un soutien populaire arabe plus large, ou doit-il s’orienter vers un Islam radical, suite développement du phénomène djihadiste ?

Meshaal : Les politiques adoptées par des factions régionales et internationales ont poussé des mouvements politiques modérés vers l’extrémisme à la suite de leur exclusion du processus politique. Le Hamas, à la suite des élections de 2006, ainsi que d’autres factions politiques dans un certain nombre de pays arabes, a été victime de ces politiques. Mais, en tant que pouvoirs politiques opprimés, nous devons insister sur l’adoption d’une approche modérée et centriste, et défendre notre droit à participer à la prise de décision conformément aux normes démocratiques.

Les partis islamiques partagent la scène politique avec les autres et ne se l’approprient pas au détriment des autres. Ils ne cherchent à exclure personne et rejettent l’extrémisme ou l’hyper-interventionnisme de certaines puissances internationales, régionales et locales, qui ne peut conduire qu’à des guerres dont personne ne veut. Nous devons insister sur le maintien de cette approche modérée centriste, et éviter des affrontements avec qui que ce soit.

Sur la scène palestinienne, le Hamas n’a pas de craintes au sujet des phénomènes que vous citez, mais je suis cependant très préoccupé par les événements dans divers pays arabes et musulmans.

Al-Monitor : Les responsables et la presse en Égypte ont accusé le Hamas d’avoir participé à l’attaque qui a tué en octobre dernier des dizaines de soldats égyptiens dans le Sinaï. Quelles mesures prend le Hamas pour empêcher les mouvements de combattants entre Gaza et le Sinaï ?

Meshaal : Le Hamas n’a causé aucun préjudice à l’Égypte et tient à maintenir ses relations avec toutes les composantes du monde arabe dont l’Égypte, surtout à cause de sa proximité, de notre histoire commune et de son importance sur les scènes arabes et musulmanes. Ces accusations nous ont causé du tort, et de nombreux officiels égyptiens admettent en privé que le Hamas est réellement engagé à préserver leur sécurité nationale.

Le Hamas ne s’est jamais mêlé des affaires égyptiennes. Notre direction et nos unités administratives ont agi au mieux de leur capacité lorsque les Égyptiens nous ont demandé de l’aide dans la préservation de leur sécurité. Nous espérons qu’un changement se produira dans les médias et parmi les politiciens qui tentent d’entraîner le Hamas dans les affaires égyptiennes.

Ce qui se passe dans le Sinaï est une affaire interne qui ne nous concerne pas. Nous ne voulons pas en être accusés, ou que les souffrances dans Gaza en soient aggravées. Nous espérons que l’Égypte va ouvrir le passage de Rafah et lever le siège imposé à Gaza. Nous réaffirmons que le gouvernement d’unité est chargé de gérer le passage frontalier. Il est normal que les passages soient ouverts, et l’ouverture entre Gaza et l’Égypte n’aura que des effets positifs.

Al-Monitor : Quel est le statut des dirigeants du Hamas au Qatar après l’accord de réconciliation dans le Golfe. Sera-t-il demandé à ses dirigeants de partir ?

Meshaal : Le Hamas approuve les derniers accords du Golfe. Mais ces accords n’ont rien à voir avec la relation du Hamas avec cet État et notre relation avec le Qatar n’en sort pas affectée. Le Hamas n’était pas une des questions en litige qui ont entaché la relation du Qatar avec les États du Golfe, et nous ne sommes partie prenante dans aucun différend. La relation avec le Qatar est forte et inébranlable au point d’être à l’abri de tout changement, positif ou négatif, pouvant impacter cette relation.

Al-Monitor : Malgré la pression exercée par Israël et ses alliés occidentaux, la Turquie a maintenu ses relations avec le Hamas. Y a-t-il un point de rupture de la relation entre le Hamas et la Turquie, et quelle est la nature de l’aide que vous vous attendez à recevoir d’Ankara ?

Meshaal : La relation avec la Turquie est bonne, malgré les manœuvres israéliennes à cet égard après la guerre de Gaza, Netanyahu et les différentes factions sionistes américaines et européennes mettant la pression sur la Turquie et le Qatar en raison de leur soutien à la cause palestinienne, essayant ainsi de priver le Hamas du soutien arabe et musulman. Mais ces agissements méprisables resteront sans effet et le Hamas n’est pas inquiet à ce sujet.

Al-Monitor : Pendant les évènements organisés à Gaza aujourd’hui pour célébrer la fondation du Hamas, les Brigades [Izz ad-Din al-] Qassam ont remercié explicitement l’Iran. Est-ce le résultat de la récente visite d’une délégation de votre direction à Téhéran ?

Meshaal : Il n’y a jamais eu de rupture des relations entre le Hamas et l’Iran. Dans la résistance à l’occupation, notre histoire commune est longue. Son soutien à notre égard s’étend sur de nombreuses années, mais il y a eu une différence d’opinion vis-à-vis de la crise syrienne qui a touché certains aspects de notre relation, même si celle-ci n’est jamais allée jusqu’à un point de rupture.

La visite de la délégation du Hamas en Iran est survenue dans le cadre du renforcement de nos relations, et ma propre visite se produira en temps voulu, une fois les préparatifs terminés.

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* Adnan Abu Amer est doyen de la Faculté des Arts et responsable de la Section Presse et Information à Al Oumma Open University Education, ainsi que Professeur spécialisé sur l’Histoire de la question palestinienne, la sécurité nationale, les sciences politiques et la civilisation islamique. Il a publié un certain nombre d’ouvrages et d’articles sur l’histoire contemporaine de la Palestine.

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15 décembre 2014 - Al-Monitor - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.al-monitor.com/pulse/ori...
Traduction : Info-palestine.eu - Claude Zurbach


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