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La nomination de Liberman officialise la main-mise de l’extrême-droite religieuse sur l’armée

jeudi 26 mai 2016 - 14h:03

Jonathan Cook

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Dans une initiative qui a surpris, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a récusé la semaine dernière son ministre de la Défense de longue date, Moshe Yaalon.

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Tuer tout en priant... Un art consommé d’hypocrisie - Photo : AP

Alors qu’il annonçait sa démission, Yaalon a mis en garde : « Les extrémiste et les éléments dangereux ont mis la main sur Israël. »

Il faisait allusion en partie à son successeur Avigdor Lieberman, le chef du parti fasciste Yisrael Beiteinu, dont les déclarations explosives comprennent des exigences que l’Égypte soit bombardée et que soient décapités les citoyens palestiniens jugés déloyaux [à l’État sioniste].

Mais Yaalon a également condamné l’extrémisme plus proche de ses accointances, dans le parti Likoud de Netanyahu. Comme Yaalon parle de faire une pause dans la politique, de façon terriblement ironique son siège à la Knesset sera pourvu dans les rangs du Likoud par Yehuda Glick, un colon dont la lutte pour détruire la mosquée al-Aqsa à Jérusalem et la remplacer par un temple juif, a le potentiel de mettre le feu au Moyen-Orient.

Les commentateurs israéliens ont souligné qu’avec la nomination de Lieberman, le gouvernement sera le plus extrême dans l’histoire d’Israël - une nouvelle fois.

Le Premier ministre français Valls, qui a commencé une visite dans la région ce samedi, est susceptible de faire face à un mur inexpugnable d’hostilité de la part du gouvernement israélien, alors qu’il espère susciter de l’intérêt pour une conférence française.

Moins remarquée a été la prise en charge progressive et en parallèle des institutions répressives israéliennes par ceux qui épousent l’idéologie des colons - connus en Israël comme le camp national-religieux.

Rien de tout cela n’est accidentel. Depuis deux décennies, les colons se sont donnés pour objectif les institutions clés d’Israël. Sous les sept années de Netanyahu comme Premier ministre, le processus s’est accéléré.

Naftali Bennett, chef du parti de colons Jewish Home et ministre de l’éducation, a récemment vanté le fait que le camp national-religieux - bien que ne représentant qu’un dixième de la population - tenait « des positions de responsabilité dans tous les domaines en Israël ».

Un des succès chantés par Bennett est la nomination l’année dernière de Roni Alsheikh comme chef de la police. C’est un habitant de longue date de Kiryat Arba, l’un des villages où la répression est des plus violentes dans les territoires occupés.

La campagne la plus récente « Croire en la police », est conçue pour recruter des religieux parmi les plus extrémistes. A l’origine du programme se trouvent des politiciens-colons qui ont traité les Palestiniens de « sous-hommes » et ont exprimé leur sympathie pour ceux qui ont brûlé à mort une famille palestinienne, dont un bébé, l’été dernier.

Les autres agences de sécurité sont transformées aussi. Les nationalistes religieux détiennent maintenant un grand nombre de postes de haut niveau dans le service de renseignement du Shin Bet et le Mossad, l’agence d’espionnage d’Israël.

Dans l’armée également les colons sont aujourd’hui fortement représentés dans les corps des officiers et des unités de combat. Depuis plus d’une décennie leurs rabbins ont dominé l’éducation religieuse dans les corps militaires, en invoquant la volonté de Dieu sur le champ de bataille.

Mais, en dépit de ces évolutions, l’élite laïque traditionnelle d’Israël - majoritairement d’origine européenne - s’est désespérément accrochée aux échelons supérieurs du commandement de l’armée.

Netanyahu a toujours subi avec amertume leur présence et leur contrôle. Ils se sont opposés à lui dans deux occasions mémorables : quand il a voulu abroger les accords d’Oslo à la fin des années 1990 et quand il a voulu bombarder l’Iran il y a cinq ans.

Dans le but de limiter leur influence, Netanyahu a essayé l’année dernière de promouvoir le religieux Yair Naveh en tant que chef de l’armée, mais il a été bloqué par les hauts gradés.

L’arrivée de Lieberman comme ministre de la Défense, cependant, peut marquer un tournant.

Une cruauté qui n’est pas nouvelle

À certains égards, le bouleversement est moins notable que Yaalon ne le suggère. Pendant des décennies, les généraux laïques ont été en charge d’une occupation qui a écrasé les droits des Palestiniens et les a encagés dans des enclos toujours plus restreints. Ces généraux ont été tout aussi cruels que les officiers religieux qui les remplacent aujourd’hui.

Néanmoins, les effets attendus de cette révolution tranquille ne doivent pas être ignorés.

Les anciennes élites se sont engraissées sur les meilleures terres des kibboutz, les communautés agricoles spacieuses établies par Israël sur les ruines de centaines de villages palestiniens nettoyés ethniquement en 1948.

Après la guerre de 1967, les heureux généraux de ces kibboutz ont exporté le même modèle de vol à grande échelle des terres palestiniennes dans les territoires occupés.

Mais leurs obsessions sécuritaires se sont finalement enracinées en Israël, où ils craignent d’avoir à rendre compte des crimes de 1948 dont ils ont profité. Leur pire cauchemar est un droit de retour en Israël des propriétaires d’origine des terres qu’ils ont jadis volées, à savoir les réfugiés palestiniens qui se chiffrent aujourd’hui par millions.

Les priorités du camp religieux sont différentes. Les terres qu’ils défendent avec le plus d’acharnement ne sont pas en Israël, mais en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. C’est là où beaucoup vivent et où sont situés les lieux sacrés qui sanctifient leur cupidité territoriale.

La propagation de ces zélotes dans l’armée a profondément humilié ses éléments les plus libéraux. Au cours des dernières années, un petit nombre de dénonciateurs ont vu le jour - issus de l’unité de renseignement militaire 8200 - par le biais d’un groupe appelé Breaking the Silence.

L’Allemagne des années 30

La vidéo récente du meurtre d’un Palestinien grièvement blessé par un soldat de l’armée, Elor Azaria - et l’épanchement d’un soutien public en sa faveur en Israël - n’a fait qu’aggraver ces tensions. Ce mois-ci, le chef adjoint de l’armée, Yair Golan, a comparé Israël à l’Allemagne nazie dans les années 1930. Lieberman, quant à lui, est le partisan le plus tonitruant du soldat Azaria.

Le but des nationalistes religieux est affiché sans complexe : éliminer les dernières restrictions à l’occupation, et construire leur Grand Israël - qui serait une volonté divine - en éliminant la société palestinienne.

Cela ne signifie pas qu’il n’y a aucun espoir d’une résolution pacifique du conflit d’Israël avec les Palestiniens - sauf si cela est précédé d’une guerre civile entre juifs laïcs et religieux en Israël même.

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* Jonathan Cook a obtenu le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Il est le seul correspondant étranger en poste permanent en Israël (Nazareth depuis 2001). Ses derniers livres sont : « Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East » (Pluto Press) et « Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair » (Zed Books). Voici l’adresse de son site : http://www.jonathan-cook.net

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23 mai 2016 - The Palestine Chrionicle - Vous pouvez consulter cet article à :
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Traduction : Info-Palestine.eu


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