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Amer solstice d’hiver pour l’UNRWA : détresse des réfugiés palestiniens de Syrie

vendredi 27 décembre 2013 - 06h:36

Franklin Lamb

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L’arrivée massive de réfugiés syriens expose les réfugiés palestiniens tributaires de l’UNRWA à de nouveaux défis.

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Des réfugiés palestiniens du camp de Yarmouk à Damas regagnent leur maison après une des attaques des partisans de Bachar el-Assad (AFP - Carole Alfarah)

Damas – En ce solstice d’hiver, jour où les astres marquent le retour graduel de jours plus longs et de nuits plus courtes, à l’UNRWA du Levant ce milieu de l’hiver ne se célèbre pas comme il l’a été depuis des temps immémoriaux, avec son cortège de fêtes, réunions, rituels, chants et feux de joie. Historiquement le solstice d’hiver avait une importance vitale car les communautés n’étaient pas certaines de survivre à l’hiver et elles passaient donc les neuf mois précédents à se préparer aux grandes pénuries, aux maladies contagieuses et aux morts infantiles qui étaient monnaie courante pendant les cinq premiers mois d’hiver, surnommés « les mois de famine » dans l’hémisphère nord.

Ces jours-ci l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) se prépare effectivement pour les quelques prochains mois et l’agence onusienne travaille sous le coup de probabilités redoutables. Fondée en 1949, elle subit depuis plus de 60 ans le harcèlement, l’intimidation et un nombre incalculable de complots cherchant à la fermer, de la part du lobby sioniste qui tente de plus en plus de « la sortir de sa détresse », comme Netanyahou le demandait récemment au Congrès des Etats-Unis.

Beaucoup des 30.000 employés de l’UNRWA, notamment ceux du QG régional de l’UNRWA à Beyrouth, en face du camp de Shatila, ainsi que ceux du QG de Damas, boulevard Mezzah (que je visite régulièrement) parlent beaucoup ces jours-ci du lien sinistre entre la crise syrienne et la situation de plus d’un demi million de réfugiés palestiniens dans 57 camps UNRWA, qui y vivent en exil depuis six décennies.

L’autre grande préoccupation de l’UNRWA, ce sont les réfugiés syriens fuyant la guerre civile (près d’un million), ainsi que plus d’un million de réfugiés à Gaza qui souffrent de conditions climatiques exacerbées par la brutale occupation sioniste de la Palestine.

Le Plan 2014 d’aide humanitaire aux Syriens, publié cette semaine, expose les projets que l’Agence attend pour fortifier la résilience des réfugiés palestiniens et les aider à résister aux risques actuels du froid, du manque de chauffage et de sanitaires. En ce solstice d’hiver, les perspectives sont de plus en plus sombres pour les réfugiés palestiniens venus de Syrie, tant au Liban qu’en Jordanie et en Egypte, car les communautés, les moyens de subsistance, les patrimoines et les réseaux d’entraide péniblement constitués au fil des décennies ont été détruits.

Proportionnellement, les déplacements de Palestiniens sont bien plus importants que ceux des Syriens, et les menaces qui pèsent sur un refuge sûr en Syrie, avec des options très réduites de fuite, ont confronté les réfugiés palestiniens à des défis sans précédent. L’aide d’urgence de l’UNRWA est fournie normalement comme faisant partie de ses programmes bien rodés touchant la santé, l’éducation, le développement communautaire, le microcrédit, l’assistance alimentaire, la formation des jeunes et l’emploi. Délivrée par un staff palestinien, ce soutien assure une source importante de résilience communautaire et familiale et une continuité face à l’adversité croissante.

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Des dizaines de réfugiés palestiniens venus de Syrie et retenus à Alexandrie avaient commencé une grève de la faim en novembre dernier pour exiger de meilleures conditions de vie - Photo : AFP

Sur les 540.000 réfugiés palestiniens enregistrés à l’UNRWA en Syrie, environ 270.000 ont été déplacés dans le pays, et on évalue à 85.000 ceux qui ont fui. 51.000 ont pu atteindre le Liban, 11.000 se sont identifiés en Jordanie, 5.000 en Egypte et un plus petit nombre d’entre eux sont arrivés à Gaza, en Turquie et ailleurs encore.

Ceux qui sont arrivés au Liban, en Jordanie et en Egypte se retrouvent dans un flou légal, avec des conditions de vie tellement difficiles que beaucoup décident de retourner en Syrie en dépit du danger.

Les responsables de l’UNRWA examinent en détail pourquoi l’agence a besoin immédiatement de 417,4 millions de dollars US pour répondre adéquatement aux besoins humanitaires urgents des réfugiés palestiniens en Syrie, de 90,4 millions au Liban et 14,6 millions en Jordanie. Il faut 2,4 millions de dollars US pour une réponse d’urgence excédant la mission de ses bureaux sur le terrain, et comportant même des aides en argent liquide pour des familles palestiniennes venues de Syrie à Gaza.

Le soutien financier à l’UNRWA n’a pas suivi la demande croissante de services causée par le nombre croissant de réfugiés enregistrés, par des besoins accrus et par la pauvreté qui s’aggrave. En conséquence, le Fonds Général de l’Agence qui finance les activités essentielles de l’UNRWA et dépend à 97 % de contributions volontaires entame chaque année avec un gros déficit prévu. Actuellement, le déficit s’élève à 36 millions de dollars US.

La tempête hivernale Alexa, la plus violente depuis une centaine d’années à Gaza et en Cisjordanie, a toujours des répercussions et entraîne la détresse pour des milliers de gens.

Dès le 19 décembre, 40.000 personnes à Gaza ont dû quitter leur domicile en raison des fortes inondations dues à la tempête. Ces inondations sont d’autant plus graves que la pénurie de carburant a laissé les gens sans électricité jusqu’à 21 heures par jour, et a provoqué le débordement des eaux usées dans les rues.

La vie et la santé des personnes sont gravement menacées.

Le gouvernement du Hamas a dit que ces quatre derniers jours 4.306 personnes ont été évacuées vers des écoles et d’autres centres servant d’abris de fortune. A Gaza, 1,8 millions de personnes s’efforcent de survivre dans l’un des secteurs les plus densément peuplés de la planète, subissant une douzaine d’heures de black-out par jour depuis que l’unique centrale électrique s’est arrêtée faute de carburant. Le territoire manque des infrastructures civiles les plus élémentaires et vit sous un embargo égypto-israélien qui restreint l’importation de carburant, de matériaux de construction et de produits de base.

Le personnel de l’UNRWA rapporte que la situation empire en raison des restrictions sévères d’Israël contre les camps. Les réfugiés ne peuvent pas reconnecter les lignes électriques qui ont été coupées par le poids de la neige et ils ont très peu accès aux nécessités vitales comme l’eau courante. Les crises empirent cet hiver dans pratiquement tous les camps de réfugiés, déjà vulnérables. Les habitants subissent de graves pénuries d’électricité et en Cisjordanie certains camps sont aussi confrontés aux attaques systématiques de l’armée israélienne.

D’autres problèmes pèsent lourdement sur l’UNRWA, des grèves et menaces de grève des employés qui protestent contre leurs faibles salaires et expriment également leur consternation devant le rôle humanitaire trop faible de l’UNRWA dans une bande de Gaza tourmentée par des crises et des désastres, surtout à cause du blocus et du récent déplacement de beaucoup d’habitants suite aux inondations. Le syndicat des travailleurs à l’Agence onusienne à Gaza a poursuivi son mouvement cette semaine, exigeant des augmentations de salaires.

Un responsable du Hamas a accusé les fonctionnaires de l’UNRWA de toucher des salaires exorbitants sans être à la hauteur des tâches assignées, insistant pour que cette présidence remplisse ses engagements ou démissionne. Ceci a été dénié par des responsables avec qui j’ai parlé mais qui ont refusé de donner aucune information sur les salaires à l’UNRWA.

Comme beaucoup d’agences d’aide humanitaire travaillant en Syrie, l’UNRWA continue de perdre du personnel depuis que leur 10ème membre, Suzan Ghazazweh, une enseignante appréciée autant qu’accomplie de l’école Abbasyyeh à Muzeirib, a été tuée chez elle par un shrapnel, l’après-midi du 2 décembre dernier, quand un obus a touché son domicile dans le quartier de Shamal Al Khatt Quarter à Dera’a.

Mais revoilà ... le Professeur Alan Derschowitz !

Pour allonger la liste de problèmes de l’UNRWA, le Professeur Alan Derschowitz a choisi ce solstice d’hiver pour prendre sa retraite après 46 ans à la faculté de droit de l’université Harvard. Il quitte Harvard pour se consacrer davantage à la cause centrale qu’il défend : « Sauver Israël de lui-même et de l’UNRWA », comme il l’a dit récemment hors micro à un pigiste du [journal étudiant] Harvard Crimson.

Ces dernières années Dershowitz entamait le semestre en voulant faire forte impression sur ses nouveaux étudiants et leur offrir l’essentiel de ses vues sur le droit. Il ne manquait jamais de leur rappeler la douzaine d’affaires majeures qu’il a « gagnées », comme la défense de Mike Tyson, Patty Hearst, Jim Bakker, Claus von Bulow ou O. J. Simpson par exemple.

Il expliquait à ses étudiants : « Toutes mes grandes affaires, je les ai gagnées grâce à une technicité juridique ! Sinon, pourquoi ces clients viendraient-ils à moi ? La première chose à retenir dans vos études de droit, c’est d’oublier ce que dit la loi voire ce que sont les faits dans une affaire ! Les cours d’appel américaines vont trancher sur les faits et sur le droit d’une affaire en se basant sur ce qu’en dit le meilleur avocat. Et voilà pourquoi je gagne ! »

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L’Union des Fonctionnaires Arabes à l’UNRWA dans la Bande de Gaza a annoncé la poursuite des activités syndicales de protestation, menaçant d’entamer la grève illimitée de travail, si les demandes des fonctionnaires ne sont pas rencontrées.

Dershowitz ricane devant sa classe de droit international public : « Et vous pouvez oublier ces plaintes en droits humains basées sur le droit international et les normes universelles d’éthique. Vous ne gagnerez jamais – avec ces foutaises ».

Puisqu’il commence à préparer son « affaire de légitimation » pour la dernière entreprise coloniale, vestige du XIXème siècle, l’accaparement sioniste et l’occupation illégale de la Palestine, Alan va chercher à abattre l’UNRWA, c’est ce que craignent ses associés. Pendant toute sa carrière d’enseignant, Alan a été un loyal partisan - certains disent : un instigateur majeur – de l’AIPAC [Comité américain pour les Affaires publiques israéliennes]. Il a rejoint le lobby sioniste et compte deux décennies d’attaques et de tentatives pour couper les financements de l’UNRWA. Mais jusqu’à ce jour, il n’a pas fait ses preuves comme « le premier avocat record ».

Selon une source qui rencontre Dershowitz de temps à autre à Washington, celui-ci souligne que l’UNRWA fait partie du nombre croissant de menaces existentielles contre Israël, « parce que l’UNRWA maintient en vie la question des réfugiés palestiniens et permet aux types des droits humains de conserver le dossier de la fausse dépossession de leurs biens et de leurs terres avant [l’intérêt de] la communauté globale, et sans aucune issue en vue ».

Tout en voyageant régulièrement en Israël, Alan ne va guère au Liban et en Syrie, et pour tout dire, je ne l’ai rencontré que deux, trois fois. Il prétend posséder une mémoire photographique et c’est peut-être pour cela qu’il ne semble guère m’aimer.

Peut-être se souvient-il avec une certaine rancune de notre première rencontre il y a plus d’un quart de siècle dans mon bureau judiciaire de la Chambre à Washington. Mon patron de l’époque m’avait demandé, une heure plus tôt, d’escorter le chef de la plus haute Cour de Justice égyptienne, en visite à Washington, jusqu’à la Cour Suprême, pour y rencontre notre chef de la justice, Warren Burger, un homme très sympathique. Quinze minutes avant l’arrivée du chef de la Justice égyptien, un gars très vif, plutôt petit, à l’élocution rapide, se présente en disant qu’il est de la faculté de Droit de Harvard et qu’il doit rencontrer « l’Egyptien » pendant sa rencontre avec Burger. Pas de problème pour moi, mais j’appelle mon superviseur Hayden Gregory pour avoir son avis. Il me dit en substance : « Pas question ! Impossible ! ». C’est seulement plus tard que j’appris qu’Alan avait caressé Hayden à contre-poil à propos de « directives fédérales sur les condamnations », un dossier de notre comité de l’époque.

Bref, Alan n’acceptait pas de s’entendre dire non. Quand je lui fis clairement comprendre qu’il n’était pas invité à notre réunion, il se fâcha tout rouge et partit en colère.

Peut-être s’en souvient-il, mais cela n’avait rien de personnel - tout cela pour dire que l’UNRWA ferait bien de se préparer à la tempête, parce que les problèmes à venir pourraient être plus graves que ce qu’elle imagine ou que ceux auxquels elle s’attend.

* Franklin Lamb Professeur de droit et ancien Conseiller juridique auprès du Congrès US, il est actuellement chercheur à l’Université de Beyrouth. Il dirige « Americans Concerned for Middle East Peace », Beyrouth-Washington, est membre de la Fondation Sabra Shatila, et volontaire dans la campagne pour les droits civils palestiniens. Il est l’auteur de The Price We Pay : A Quarter-Century of Israel’s Use of American Weapons Against Civilians in Lebanon. Son dernier ouvrage : The Case for Palestinian Civil Rights in Lebanon. Il peut être joint c/o fplamb@gmail.com. Son site : http://www.eurasiareview.com/author....

Du même auteur :

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20 décembre 2013 - CounterPunch - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.counterpunch.org/2013/12...
Traduction : Info-Palestine.eu - Marie Meert


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