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Vies sous occupation : « Personne ne souhaiterait vivre dans un endroit pareil »

dimanche 29 septembre 2013 - 07h:31

PCHR Gaza

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En 2007, Israël a emprisonné la Bande de Gaza sous un blocus qui, jours après jours, resserre l’étau sur les habitants et affecte tous les aspects de leur vie quotidienne à l’instar de l’importation du carburant et des matériaux de construction. Ces restrictions à la fois rigoureuses et arbitraires rendent impossible la réparation et la maintenance des installations de gestion des déchets devant répondre aux besoins des habitants de la Bande. En conséquence, les conditions d’hygiène connaissent une dégradation alarmante et si le problème n’est pas aussitôt traité, c’est la santé des gazaouis qui en sera gravement affectée.

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Salam Mohamed Abu Ghararah

Salam Mohamed Abu Ghararah est un ancien ouvrier du bâtiment. Agé de 46 ans, Salam vit avec son épouse et leurs sept enfants dans le village bédouin de Beit Lahia, au nord de la Bande de Gaza. Située à un jet de pierre de la frontière avec Israël, le village est entouré par une zone parsemée de larges bassins d’eaux d’égouts.

L’odeur est âcre et pénétrante et agresse les sens. Dès le début des chaleurs d’été, l’air s’épaissit à cause de la puanteur. Salam habite à seulement 600 mètres des bassins d’eaux usées. Il déplore : “ Je veux vendre ma maison et partir d’ici. Mon épouse aussi n’en peut plus. Avant le blocus, je travaillais dans le domaine de la construction, faisant quotidiennement la navette entre ici et Israël. J’étais assez costaud et j’avais les capacités physiques pour. A présent, j’ai des difficultés respiratoires à cause de ces déchets qui nous entourent. Au moindre effort, je suis complètement essoufflé. La nuit, la toux m’empêche de dormir. Ce n’est plus une vie normale celle que je mène. »

Le 7 mars 2007, la famille de Salam a vécu une véritable tragédie lorsque le bassin des eaux usées situé en haut d’une colline voisine a débordé. D’après les habitants du village, les inondations qui s’ensuivirent étaient comme un « tsunami » et ont provoqué la destruction générale du village ainsi que la mort de cinq personnes. La fille de Salam, âgée à l’époque de 12 ans, a été fatalement noyée par les flots.

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Sur la photo, un des bassins des eaux usées de la région, derrière lequel se trouve le village Bédouin

Salam revient sur le jour de la tragédie et raconte : « J’étais au travail, et je n’étais au courant de rien. C’était très tôt le matin et la plupart des gens étaient encore au lit. Je suis rentré à la maison dès que j’ai appris la nouvelle, mais j’ai trouvé ma fille jetée dans la rue par les inondations, car ce jour-là, elle n’était pas allée à l’école. Elle s’était noyée. Mon autre fille a pu se sauver en s’accrochant à une branche d’un arbre. Ma maison a complètement été détruite, et tout ce qu’il y avait à l’intérieur dévasté. Mettez-vous à ma place et imaginez que vous rentriez à la maison en trouvant votre fille morte et tout ce que vous possédiez anéanti ? »

Il est également très difficile pour Salam d’accepter une telle vie, sachant qu’il voit l’état de santé de ses enfants se détériorer à cause des bassins proches qui polluent leur vie : « Nous faisons tout pour que nos enfants jouissent d’une bonne santé et d’une bonne hygiène ; nous les éduquons et les envoyons aux colonies de vacances. Mais le problème vit avec nous et la puanteur est persistante. Si seulement c’était passager ou une affaire de quelques jours. Tous ceux qui habitent par ici, bien qu’habitués à cette atmosphère, souffrent de maux de tête. Les moustiques tournent autour du bassin et répandent les maladies. J’essaie de vendre ma maison, mais mes efforts restent sans réponse, après tout, qui voudrait vivre dans un endroit pareil ? »

Pour sa part, Dr Mohamed Yaghi, médecin auprès de la Société Palestinienne de Secours Médical [the Palestinian Medical Relief Society], expose ses préoccupations médicales et celles de ses collègues au sujet des répercussions de ces bassins découverts sur la vie des habitants. Il souligne : « Il y a plusieurs aspects inquiétants à ce sujet. Qu’ils soient sur le court ou sur le long-terme, ces effets doivent impérativement être pris en considération. D’abord, il y a l’humidité qui se dégage des eaux usées des bassins et pollue l’air. Cette pollution crée ensuite un environnement propice pour les insectes qui transmettent en échange les maladies aux personnes vivant dans la région. Par ailleurs, les déchets des usines, ménagers et hospitaliers sont stockés dans les bassins. Lorsque le soleil est fort, l’eau stagnante polluée dégage des gaz toxiques qui provoquent des maladies de la peau et l’asthme. Ces effets affectent les enfants en grande majorité. »

Les effets sur le long-terme ne sont pas moins nocifs, comme l’explique Dr Yaghi : « Les effets secondaires peuvent s’avérer cancérigènes si le sujet est exposé quotidiennement à la source du mal. Mis à part les gaz toxiques et les insectes, les eaux usées s’infiltrent dans le sol et contaminent les sources d’eau naturelle et les nappes phréatiques. En effet, à cause des déchets humains déversés dans les bassins, le nitrogène qui se dégage des excréments humains contamine les réserves en eau. Lorsqu’il est ingéré, il nuit gravement à la santé de la personne.et ce n’est pas tout, même les nouvelles générations seront affectées. Les femmes enceintes peuvent donner naissance à des enfants souffrant de malformations cérébrales. Nous avons également enregistré une hausse du taux d’infertilité, que ce soit chez les personnes ayant grandi avec le commencement de la crise des déchets, ou alors chez les personnes qui étaient déjà adultes. L’eau contaminée affecte les hommes comme les femmes, tous âges confondus.

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Dr Mohamed Yaghi, médecin auprès de la Société Palestinienne de Secours Médical

Les installations médicales de la Bande de Gaza peuvent faire face aux besoins sur le court-terme provoqués par la crise de gestion des déchets. Toutefois, les services médicaux ne peuvent pas traiter la source du problème, à savoir la présence de bassins de déchets découverts et la contamination des ressources en eau. La nappe phréatique de la Bande de Gaza souffre également d’une contamination due au pompage quotidien de 90.000 m3 de déchets dans la région [Gaza en 2020 : un endroit invivable ? L’équipe des Nations Unies du pays, 2012]

Pour remédier au problème, l’Autorité Palestinienne a mis en place à l’Est de Jabalia un nouveau comité central pour le traitement des eaux usées. Par ailleurs, un projet d’assainissement des eaux usées, financé par l’Union Européenne et devant être construit au nord de la région, c’est-à-dire près de la « zone tampon » était programmé pour voir le jour en 2008. Toutefois, la construction a été reportée à cause des incursions fréquentes des forces israéliennes dans la région. Les ouvriers du bâtiment ont été interdits d’accéder à la zone en dépit d’un accord conclu entre Israël et l’Union Européenne leur garantissant l’accès. Le partenaire opérationnel responsable du projet a fait part de son souhait de recommencer la construction dans six mois, mais tout dépendra des actions et agissements des forces israéliennes.

En sa qualité de puissance occupante de la Bande de Gaza, Israël est tenu, en vertu du droit humanitaire international, et en coopération avec les autorités locales et nationales de préserver et de veiller sur la santé et l’hygiène de la population (Article 56 de la Quatrième Convention de Genève de 1949 relatif à la Protection des Personnes Civiles en Temps de Guerre) Aussi, le Comité sur les Droits Économiques, Sociaux et Culturels a affirmé qu’Israël a le devoir de remplir ses obligations dans la Bande de Gaza en vertu des droits humains internationaux. Dans ce contexte, et en vertu de l’Article 12 du Pacte International relatif aux Droits Économiques, Sociaux et Culturels de 1966, Israël a le devoir de reconnaitre le droit qu’a toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mentale qu’elle soit capable d’atteindre, et est obligé de respecter et de protéger ce droit en améliorant tous les aspects d’une hygiène environnementale et industrielle, et en traitant, contrôlant et prévenant l’apparition de maladies épidémiques, endémiques, professionnelles et autres.

Selon le Comité sur les Droits Économiques, Sociaux et Culturels, « L’hygiène environnementale en tant qu’aspect du droit à la santé […] inclut la prise de mesures non-discriminatoires afin d’atténuer les menaces de la qualité dangereuse et toxique des eaux [Commentaires Généraux du CDESC N°15 de 2002]

Afin de se conformer aux exigences, Israël doit assurer la protection des ressources d’eau naturelle de la contamination avec des substances nuisibles et des microbes pathogènes. De même, Israël doit contrôler et combattre des situations où l’écosystème aquatique sert de milieu permettant aux vecteurs de maladies de présenter un risque pour la vie humaine et son environnement. En outre, Israël doit « assurer un approvisionnement suffisant en eau potable et en hygiène de base ; et la prévention et la réduction de l’exposition de la population aux substances nuisibles, à l’instar de l’irradiation et des substances chimiques nocives ou autres facteurs environnementaux nuisibles qui ont un impact direct ou indirect sur la santé humaine. » [Commentaires Généraux du CDESC N°14 de 2000]

Consultez l’ensemble des récits dans la rubrique Informations PCHR

22 mai 2013 – PCHR Gaza – Vous pouvez consulter l’article en anglais à :
http://www.pchrgaza.org/portal/en/i...
Traduction : Info-Palestine.eu - Niha


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