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L’apartheid a un visage

samedi 25 février 2012 - 13h:18

Samah Jabr

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La restriction par Israël à la valeur de la vie humaine, combinée à l’expansion de la répression sociale et au déni, est en train d’éroder la société israélienne comme elle érode celle du peuple qu’elle occupe.

Le mois dernier, en début de soirée et alors que je conduisais sur la route n°1 à Jérusalem, dans le quartier de Sheikh Jarrah, j’ai été agressée par plusieurs garçons de colons. Ils avaient entre 12 et 13 ans et étaient vêtus de la robe religieuse orthodoxe. L’un a jeté et fait exploser un pétard sur ma voiture pendant que j’étais arrêtée à un feu de circulation, me rendant à un cours à l’Institut israélien de psychanalyse.

La police israélienne est arrivée sur les lieux pour voir quelle était cette perturbation, les jeunes étant toujours là. Plutôt que de les réprimander et malgré mon désarroi, la police m’a dit qu’il s’agissait « seulement » d’un jouet de Pourim. Ils m’ont demandé de déplacer ma voiture sinon ils me mettraient une contravention. Des automobilistes arabes qui passaient m’ont dit que ces garçons harcelaient souvent les conducteurs, crachant sur les femmes arabes et lançant des pierres sur les automobilistes arabes dans le secteur. La police ne faisait rien contre cela.

Je suis arrivée à ma classe de psychothérapie psychanalytique en pensant à tous ces gosses palestiniens qui avaient reçu des balles dans les yeux ou derrière les genoux, ou été heurtés par des voitures de colons parce qu’ils étaient accusés d’avoir jeté des pierres sur des voitures israéliennes. L’apartheid est un système de discrimination - semblable à ce système qui contrôle chaque domaine de la vie palestinienne sur notre terre. Chaque jour resté sans solution, mon peuple est contraint de s’enfoncer dans l’injustice et la dépossession.

Jeudi dernier, un camion n’a plus été contrôlé sous la pluie et est entré en collision avec un car palestinien transportant des élèves. Le car s’est retourné et a pris feu, un incendie qui a dévoré six petits enfants et leur enseignant et en a brûlé gravement plusieurs autres.

Des accidents de la circulation ont lieu partout. Partout aussi, des enfants meurent dans des accidents malheureux. Ce qui a été inhabituel dans cette tragédie, c’est qu’elle s’est produite à un endroit qui s’appelle (d’après le système d’apartheid local), « Zone C », près de ce que les Palestiniens appellent le check-point de Jaba et que les Israéliens appellent la place Adam, après la colonie proche. Une équipe d’urgences médicales et une caserne de pompiers israéliennes sont tout près, à moins de trois minutes du lieu de l’accident. En Zone C, l’Autorité palestinienne n’a aucun pouvoir et la plupart du temps, les Palestiniens ont l’interdiction par Israël d’y construire. Tandis que les colonies israéliennes s’agrandissent sur la terre palestinienne et que leurs résidents circulent sur des routes bien construites et sûres, les Palestiniens dans ces zones doivent se débrouiller avec des infrastructures délabrées et l’absence des services de base.

Une vidéo filmée dans les premières minutes de l’accident montre des hommes et des femmes palestiniens, non aguerris contre le feu, accourir sur les lieux et utiliser leurs mains nues, les petits extincteurs de leurs voitures et des seaux d’eau pour éteindre le brasier. D’autres ont pu entrer à l’intérieur du car en feu et en ressortir en portant des enfants qui brûlaient, dont certains furent transportés dans un hôpital dans des voitures particulières. Avant que les ambulances n’arrivent, le feu avait été éteint et les enfants évacués. Des témoins disent que les ambulances sont arrivées 45 à 50 minutes après l’accident. L’hôpital palestinien le plus proche, le Croissant-Rouge palestinien, serait normalement à 20 minutes de là, s’il n’y avait cet enchevêtrement quotidien de circulations provoqué par le check-point de Qalandia, à l’entrée Sud de Ramallah.

Benzion Oring, responsable du ZAKA, un service d’urgences médicales israélien de Jérusalem, a déclaré à Ynet que ses équipes de secours avaient eu des problèmes au début pour rejoindre l’endroit parce que le secteur est proche des villages palestiniens. « Nous sommes arrivés sur place après avoir été assurés d’obtenir les autorisations nécessaires », a-t-il dit. Bon, mais pourquoi les Israéliens n’ont-ils pas besoin de toute cette préparation pour entrer dans le secteur quand il s’agit d’arrêter un Palestinien ? Les soldats postés au check-point à seulement 100 mètres de l’endroit n’auraient certainement pas attendu autour du car en train de brûler, s’il avait transporté des enfants israéliens.

Et bien sûr, les médias israéliens se sont focalisé sur les équipes médicales israéliennes qui finalement sont arrivées sur place et ont aidé à secourir les enfants, emmenant quelques gosses dans les « bons » hôpitaux israéliens, sans mentionner que les check-points et le mur israéliens avaient retardé les sauveteurs. Et ce n’est pas le premier accident où des vies palestiniennes sont perdues parce que les pompiers et et les équipes médicales ne sont pas autorisés à entrer en Zone C, ou parce qu’ils sont retardés par les check-points israéliens, les couvre-feux et les murs, ou le siège de Gaza.

Sous l’occupation israélienne « éclairée », il existe des règlements pour chaque type de discrimination et une loi pour chaque crime. Les droits des personnes et leur chance de survivre dépendent de là où ils vivent. Les cartes d’identité, les plaques d’immatriculation, les possibilités d’accès aux routes, aux hôpitaux et à toutes les sortes de services sont accordées sur la base de l’identité nationale. Les personnes sont classées comme supérieures, alors on leur accorde les droits humains intégraux, ou comme inférieures, et on les laisse survivre sur les restes de leurs occupants. Cette restriction à la valeur de la vie humaine, combinée à l’expansion de la répression sociale et au déni, est en train d’éroder la société israélienne comme elle érode celle du peuple qu’elle occupe.




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L’accident du car des enfants, le jeudi 16 février, près de Qalandya.
(Photo : Qudsmedya.com)

Voir aussi : 20 Minutes



* Samah Jabr, écrivain indépendant, est psychiatre.

L’un des objets politiques de son combat est un État unique pour une perspective de paix et de liberté commune. Ses chroniques touchantes nous parlent d’une vie au quotidien en pleine occupation ; d’un regard lucide, elle nous fait partager ses réflexions en tissant des liens entre sa vie intime, son travail en milieu psychiatrique et les différents aspects politique d’une situation d’apartheid.


De Samah Jabr :

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- La vie des femmes palestiniennes sous occupation
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- Témoigner de la vérité et en payer le prix
- A la recherche de l’insaisissable partenaire israélien pour la paix
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23 février 2012 - Bitterlemons - traduction : Info.Palestine.net/JPP


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