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Nous faisions confiance à Madrid
lundi 15 janvier 2007 - Rami Bathish

Alors que j’étais adolescent et que je vivais à Vienne, en Autriche, la disparition de l’Union Soviétique à la fin des années 80 et au début des années 90 est clairement marquée dans ma mémoire comme l’évènement historique le plus important. Caractérisée par l’aube dun « nouvel ordre mondial », cette période a redessiné les rapports de forces entre les nations et modelé la dynamique des évènements (et tragédies) à l’échelle régionale et globale jusqu’à aujourd’hui.

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L’ancien premier ministre espagnol Felipe Gonzalez (à droite), la commissaire européenne Benita Ferrero-Waldner et l’ancien ministre espagnol des affaires étrangères Bernardino Leon échangent des plaisanteries à l’occasion de la conférence Madrid de 2007 - Photo : AFP/Pedro Armestre

En attendant, en tant que Palestinien, en premier lieu, je me rappelle également que les vents du changement avaient sans aucune erreur possible soufflé dans une autre direction, plus proche de la maison et plus près du coeur. C’était le 30 octobre 1991 que la conférence pour la paix à Madrid a été réunie ; à cette occasion nos aspirations nationales ont été affirmées pour la première fois depuis Al-Nakba sur la plus grande échelle possible. Dans le contexte du conflit israélo-palestinien, ce fait en soi était aussi historique que la fin de la guerre froide.

Aujourd’hui, plus de 15 ans après Madrid, les Palestiniens se trouvent désespérément emprisonnés entre la menace évidente que représentent les divergences internes et une occupatioin israélienne permanente qui s’est multipliée dans sa forme et dans son ampleur depuis 1991. Sous la main impitoyable du temps, le rêve d’un état palestinien indépendant et véritablement viable est devenu une perspective éloignée et vague dans notre rétroviseur.

La désunion nationale, en particulier à la suite des secondes élections pour le Conseil Législatif Palestinien en janvier 2006, a dépassé le niveau du conflits politique entre le Fatah et le Hamas et prend de plus en plus l’allure d’une confrontation militaire avec un prix tragique qui est le sang palestinien. Israël de son côté continue sans répit sa colonisation de ce qu’il reste de la Palestine (les territoires illégalement occupés depuis la guerre de 1967), en emprisonnnant la bande de Gaza, en étendant et construisant des colonies, en construisant le Mur d’Annexion, en voulant modifier en sa faveur la démographie en Cisjordanie, créant des réalités irréversibles sur le terrain et déterminant à l’avance tout accord sur un statut final tout en éloignant toute perspective de négociation.

Aujourd’hui les Palestiniens se retrouvent diplomatiquement et économiquement isolés, politiquement marginalisés, et peu d’entre eux considèrent l’avenir avec optimisme concernant leur libération et la paix.
C’était donc avec une certaine amertume, et un léger désir de retour au passé que les Palestiniens ont regardé la conférence de Madrid+15 qui s’est tenue plus tôt cette semaine avec la participation de représentants de Palestine, d’Israël, de la Jordanie, de l’Egypte, de la Syrie, du Liban, et d’Arabie Saoudite, en plus de l’Europe et des Etats-Unis. Cette conférence s’est terminée vendredi [13 janvier] sur la décision de faire revivre le processus de paix israélo-palestinien avant la fin du premier semestre 2007, et sur l’affirmation que la solution à deux-états était la seule solution viable pour mettre fin au conflit.

Mais c’est plus que la simple nostalgie qui a attiré l’attention des Palestiniens sur la conférence de Madrid+15. Le processus de paix lancé en 1991 qui a précédé les accords d’Oslo aujourd’hui condamnés, était fondé sur une interprétation rationnelle des racines du conflit, avec de claires références à la légalité et la légitimitée des aspirations nationales des Palestiniens. Ce processus traitait l’occupation de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza comme une réalité d’ensemble qu’il n’était pas possible de travestir, tout à fait éloignée de ce qui a suivi avec les Accords d’Osl, c’est-à-dire des accords en retrait sur des questions techniques fragmentées (les passages, les frontières, la sécurité, les prisonniers, etc...).

Peut-être plus important, ce sont les éléments contenus dans la position palestinienne lors de la première conférence de Madrid qui ont permis le relatif succès, quoique de courte durée, du processus.

Ces élements étaient de deux sortes :

1) L’unité nationale palestinienne et la base populaire et en même temps institutionnelle qui ont approuvé le principe de ces négociations étaient un catalyseur pour la légitimitée de la conférence de Madrid. Par opposition au secret qui a marqué les négociations d’Oslo en évitant toute responsabilité et tout examen minutieux des accords devant l’opinion publique palestinienne, Madrid s’est déroulé dans un esprit de transparence et de franchise qui a garanti un large appui de la part des Palestiniens.

2) Avec la bénédiction de la direction de l’OLP (alors en exil), la délégation palestinienne de Madrid comprenait des dirigeants venant des Territoires Occupés, lesquels possédaient à la fois la connaissance de première main des problèmes, et la confiance du peuple Palestinien. Il s’agissait de professeurs d’université, de responsables de la société civile, et de militants, comme les docteurs Hanan Ashrawi Haidar Abdel-Shafi et du défunt Faisal Al-Husseini, entre autres, qui ont été à l’origine de la première évolution des Palestiniens depuis la résistance armée jusqu’au dialogue politique face à leurs occupants. Ceci avait l’apparence d’un triomphe dans la mesure ou d’anciens prisonniers et d’anciens dirigeants populaires en fuite étaient maintenant assis face-à-face avec leurs oppresseurs, et en tant qu’égaux.

On peut espérer que les déclarations de toutes les parties représentées à la dernière conférence en Espagne se matérialiseront dans les mois à venir et sauront s’imposer ; en effet, si c’est le cas, alors c’est seulement en Madrid que nous pourrons à nouveau avoir confiance.

Rami Bathish est directeur du MIFTAH (Palestinian Initiative for the Promotion of Global Dialogue and Democracy). Il peut être contacté à : mip@miftah.org

13 janvier 2007 - MIFTAH - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.miftah.org/Display.cfm?D...
Traduction : Claude Zurbach