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Des milliards pour liquider la résistance
dimanche 23 décembre 2007 - Abd-el-Bari Atwan

Les pays donateurs qui ont participé à la conférence de Paris la veille, ont promis d’apporter à l’Autorité Palestinienne des aides financières qui s’élèvent à sept milliards et demi de dollars. Soit deux milliards de plus que ce qu’elle réclamait dans un élan de générosité qui suscite beaucoup de doutes, et soulève des points d’interrogation sur ces aides et sur le prix qu’aura à payer le peuple palestinien en échange.

Il n’y a pas d’objection sur une offre d’argent à l’autorité du Président Mahmoud Abbas à Ramallah, à condition que ce ne soit pas un pot de vin en échange de concessions sur les droits immuables du peuple palestinien, ou le début d’une incursion d’envergure des chars israéliens dans la bande de Gaza pour y commettre de nouveaux massacres sous prétexte de liquider l’autorité du Hamas ou de stopper les tirs des roquettes contre Sdérot.

Israël sera le grand bénéficiaire de cet argent que ce soit directement ou indirectement. Car il contrôle de facto la Cisjordanie et il encercle la bande de Gaza. Et ces deux régions forment un marché prospère pour ses marchandises et sa production.

Par conséquent, toute amélioration économique dans ces régions signifie plus de consommation et plus d’importation de ces produits. De plus, ceci implique que les pays donateurs sont en train d’affranchir l’état d’Israël de ses devoirs en tant que pays occupant responsable directement de la population et des territoires sous son contrôle, selon la quatrième convention de Genève à propos des prisonniers de guerre, une responsabilité qui inclut d’assurer des services publics, la sécurité et du travail.

Ces aides financières iront au Président Abbas et pour financer un plan élaboré par son premier ministre Salam Fayyad qui a été désigné pour une période provisoire et exceptionnelle, et voilà qu’il devient un premier ministre permanent, voire plus puissant et plus influent que le président de l’autorité vu ses solides relations avec l’administration américaine, les états européens et les organisations financières internationales.

Le plan présenté par M. Fayyad à la conférence des pays donateurs et qui porte le nom du développement et de la réforme, ce plan donc vise la réalisation de quatre objectifs principaux qui sont la bonne gouvernance, le développement social (la santé, l’enseignement et les affaires sociales), le soutien au secteur privé et enfin la reconstruction des infrastructures de l’économie palestinienne.

La bonne gouvernance signifie l’établissement d’institutions d’état sur des fondements démocratiques et l’élargissement du cercle de participation au pouvoir. Mais nous ne pensons pas que les pratiques du gouvernement de Ramallah concrétisent ces ambitions. Car M. Fayyad est devenue une institution par soi-même bien qu’il ne représente qu’un groupe de deux membres parmi cent trente cinq membres de l’assemblée législative palestinienne, et son gouvernement n’a même pas été agréé par cette assemblée ni pas aucune autre institution sauf le Président Abbas et l’administration américaine, si on veut bien considérer ainsi cette dernière [comme une institution palestinienne].

Et comment cette gouvernance pourrait-elle être bonne alors qu’elle ignore complètement la bande de Gaza qui représente tout de même le tiers de la population totale de l’intérieur [de la Palestine], et qu’elle désigne les habitants de cette bande comme des Gazaouites tandis qu’elle considère les habitants de la Cisjordanie comme de vrais citoyens palestiniens, ce qui est une discrimination sans précédent dans l’histoire du peuple palestinien et de sa lutte ?

Dans tous les états du monde, le gouvernement décompte les salaires des fonctionnaires qui s’absentent ou qui font grève, sauf le gouvernement de M. Fayyad qui fait exactement le contraire. Car il paye les salaires des fonctionnaires qui restent chez eux et ne vont pas faire leur travail dans les services de l’Autorité dans la bande de Gaza, et tout fonctionnaire qui va à son bureau ou qui laisse pousser sa barbe voit sa paye immédiatement coupée par ce gouvernement, même si ce fonctionnaire fait partie du Fatah. Où elle est la bonne gouvernance dans ces pratiques ?

Et ce qui est remarquable c’est que le plan de M. Fayyad demandait des pays donateurs de réserver un montant de quatre cents millions de dollars pour le programme de la bonne gouvernance contre cinq cents millions dollars pour les programmes sociaux comme l’enseignement, la santé et les services essentiels.

Même si on suppose que ce gigantesque pot de vin n’est pas miné et ne contient aucune condition, comment va-t-il donner ses fruits en relevant l’économie palestinienne de sa chute actuelle sous les contraintes imposées sur l’Autorité Palestinienne, sur les Palestiniens et leurs mouvements en Cisjordanie, comme la présence des cinq cents barrières et les cent trente colonies sauvages autres que les colonies « légales » établies par le gouvernement israélien ?

Cet argent sera réservé à un groupe très limité parmi les baleines du secteur privé et quelques-uns qui rodent autour du bureau du Président Abbas et qui profite de son pouvoir. Mais le reste du peuple palestinien ne verra pas ses conditions [de vie] changer, car ne restera pour lui que les miettes.

Cet argent est attribué théoriquement pour la Cisjordanie et la bande de Gaza, et nous avons entendu M. Abbas parler avec beaucoup d’émotion du blocage de la bande, et Mlle Condoleezza Rice a failli pleurer durant son discours en parlant de la souffrance de ses habitants, mais aucun parmi les deux ne nous a dit comment il va procéder dans les circonstances actuelles avec ce territoire, et comment on va lui envoyer de l’argent en présence du gouvernement du mouvement Hamas rejeté par les américains, les israéliens et Abbas ?

Deux scénarii sont possibles pour sortir de ce piège qui s’appelle la bande de Gaza. Le premier est de recommencer le dialogue entre l’autorité de M. Abbas et l’autorité de M. Ismaïl Haniyeh à Gaza en vue d’aboutir à un accord de réconciliation et à un retour de solidarité entre les territoires occupés sous un gouvernement d’unité nationale forte. Et le deuxième c’est une incursion israélienne d’envergure dont Ehud Barak, son metteur en scène, pense qu’elle lui permettra de détruire le Hamas et les autres organisations de la résistance, et de rendre ce territoire à l’autorité de Ramallah sur un plateau de sang.

Le premier scénario, c.-à-d. le retour au dialogue est complètement exclu, car Israël a laissé à Abbas le choix entre le dialogue soit avec lui ou avec le Hamas, il a alors choisi le premier et a complètement tourné le dos au deuxième, et il a mis tous ses ?ufs dans le panier de la conférence d’Annapolis et les négociations qui en seront issues, dans l’espoir de parvenir à l’état palestinien qu’il veut, quel que soit sa forme et son image. Par conséquent le scénario de l’incursion d’envergure est le plus probable, d’ailleurs Barak a déjà menacé la veille qu’il mettrait fin à la question des tirs de roquettes depuis la bande de Gaza d’une manière définitive.

Les quarante milliards que les gouvernements égyptiens successifs ont obtenus après les accords de Camp David, à raison de deux milliards de dollars annuels, étaient le prix payé pour isoler l’Egypte et la détacher militairement de la question palestinienne. Les milliards que vont obtenir le Président Abbas et son premier ministre Salam Fayyad sont eux aussi en échange de l’abandon du droit au retour et de la grande partie de Jérusalem occupée, et l’acceptation des grandes colonies israéliennes qui l’entourent.

Nous retenons notre souffle, car ce qui se passe actuellement fait partie des accords secrets, et n’est qu’une application des études détaillées réalisées préalablement avec un financement occidental en vue d’introduire la solution des deux états, la dernière de ses études étant celle préparée par le groupe d’AIX et qui décrit avec un détail lassant comment appliquer ses accords sur le terrain. Cette étude a été réalisée par deux équipes, l’une israélienne sous la responsabilité du professeur Arye Arnon de l’université de Ben Gourion et l’autre palestinienne sous la responsabilité de Saeb Bamya, secrétaire du ministère de l’économie de l’autorité palestinienne, et sous la présidence du professeur Gilbert Benhayoun de l’université Paul Cézanne. Ce groupe a été financé par le ministère des affaires étrangères français.

Nous avons le rapport de ce groupe sous la main, et il contient des détails effrayants sur l’annulation du droit au retour en le considérant non pratique. Il prévoit huit milliards dollars pour installer et dédommager les réfugiés. Encore une fois, nous disons que c’est une générosité américaine et européenne minée si ce n’est empoisonnée. Et il se peut que ce soit un acompte contre l’abandon à priori de tout ce qui reste de la Palestine et des fondements nationaux immuables.

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Abdel Bari Atwan

Du même auteur :

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19 décembre 2007 - Al Quds Al Arabi - Vous pouvez consulter cet article à :
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Traduction de l’Arabe : Iyad