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Un bon indien est un indien mort
vendredi 14 décembre 2007 - Gamal Nkrumah
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Traversée de l’Esplanade des Mosquées par le criminel de guerre Sharon, provocation qui a déclenché la seconde Intifada.

Dans son livre, Islam : Passé, Présent et Futur, Presse de l’Université américaine du Caire, 2007, Hans Küng souligne que "La Bible hébraïque se distingue par la façon dont elle voit la violence à la fois de la Nature et des êtres humains en tant que réalité terrestre ; le pouvoir du mal ne peut être tenu en échec que provisoirement. La bible fait franchement étalage de la violence contrairement à d’autres cultures anciennes comme l’a montré René Girard où la violence est soit recouverte d’un voile de silence, soit mentionnée de façon indirecte, soit vue à travers des lunettes de spectacle soit enfin exaltée dans les mythes.

Les travaux de Girard auquels se réfère Küng sont la Violence et le Sacré (1979) et Le Bouc Emissaire (1989). Les concepts hébraïques de Terre Promise et Peuple Elu sont sans équivalent chez les peuples anciens du Moyen-Orient. Les anciens Egyptiens étaient convaincus que leur terre si fertile était la plus généreuse de toutes les terres du monde, les Mésopotamiens, l’étaient eux aussi, de la leur. Toutefois, la comparaison s’arrête là. Ce qui est sinistrement troublant, c’est que l’idée d’exterminer la population autochtone pour s’approprier ses terres était justifiée et sanctifiée par la religion hébraïque.

Cette idéologie particulière a créé un précédent dangereux. Dans les derniers siècles, avec la montée du colonialisme, et des migrations de masse de la périphérie vers le centre, le massacre des autochtones a été justifié par des principes bibliques. Le massacre des indiens d’amérique de l’hémisphère occidental, celui des aborigènes d’Australie, des peuples autochtones de l’Afrique australe, de l’Algérie, du Kenya et d’autres parties du continent africain s’est fait sous le joug de la conquête et du colonialisme avec la bénédiction de l’Ancien Testament.

L’ironie de l’Histoire, c’est que les peuples des anciennes colonies regardent maintenant les anciennes métropoles coloniales comme leurs propres Terres Promises.Dans les années soixante, d’abord, ces peuples ont été délibérément attirés dans les capitales européennes comme main-d’ ?uvre bon marché. Un demi-siècle plus tard, ils prennent volontairement d’assault ces métropoles au risque de leur vie à la recherche de verts pâturages et ce en dépit de l’hostilité des descendants des anciens maîtres coloniaux, hostilité qui rappelle celle des anciens Israélites pour les Philistins.

Un thème revient centralement dans la Bible : après leur arrivée dans la Terre Promise, les tribus d’Israël du nord ont été maintes fois punies pour n’avoir pas exterminé la population autochtone. Les tribus de Juda du sud par contre, sont présentées comme des champions : elles ont impitoyablement massacré les autochtones. "Dans la Bible, les tribus du Nord sont systématiquement décrites comme formées d’êtres faibles sans courage avec une tendance prononcée pour le péché.

Ceci est particulièrement clair dans le livre des Juges qui raconte les luttes des tribus d’Israël contre les peuples idolâtres. Dans leur chef d’ ?uvre, la bible dévoilée, Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, , notent que « parmi les descendants des douze tribus de jacob, seules les tribus de Juda et de Simeon ont réussi à conquérir toutes les enclaves canaanites de leur Héritage Divin. Le résultat, c’est qu’au sud du pays, il ne restait plus de canaanite, plus de femmes canaanites à épouser ou à être attirées par elles ». Non seulement, la pureté raciale a été portée comme idéal mais pire encore, l’acte d’extermination des autochtones même a été présenté comme une preuve de piété.

Finkelstein et Silberman concluent que "[Les tribus du Nord] Benjamin, Manassé, Éphraïm, Zabulon, Asher, Naphtali, et Dan n’ont pas accompli leur devoir religieux qui était d’exterminer les Cananéens et par conséquent, ces tribus restaient sous la tentation permanente du péché ".

Cette idéologie dans le sens propre du terme est utilisée aujourd’hui par les sionistes pour anéantir le peuple palestinien. Le génocide est un droit divin pour conquérir la Terre Promise, c’est une condition préalable et une preuve de piété pour une nation qui craint Dieu.

La mort de Ian Smith cette semaine, vient rappeler violemment la sombre période coloniale européenne en Afrique. C’est en s’écrasant en Egypte en tant que pilote de chasse de la Royal Air Force, que Ian Smith s’est blessé à l’ ?il mais si cette blessure n’a pas diminué sa vision de la supériorité européenne, elle a par contre renforcé sa détermination pour dominer la majorité africaine. Il a proclamé unilatéralement face à la puissance occupante (Grande-Bretagne) l’indépendance [de la Rhodésie, Zimbabwe actuellement ndt] et il l’a gouverné avec une poigne de fer, convaincu par cette idée biblique de la supériorité de l’homme blanc et de sa mission civilisatrice pour contrecarrer les aspirations des autochtones.

Les Boers d’Afrique du Sud, bien avant Smith, avaient mis en ?uvre l’idée d’éradiquer et d’asservir les peuples autochtones de l’Afrique australe, inspirés par leur tradition protestante très liée à l’Ancien Testament, tradition beaucoup plus proche de leurs prédécesseurs juifs et plus rigide que celle des catholiques. Ils ont proclamé leurs ambitions politiques dans un langage biblique tout à fait explicite. Ils se sont, eux aussi, considérés comme le Peuple Elu avec les Africains en lieu et place des Cananéens à conquérir. L’Afrique était leur Terre Promise. Remarquez que l’expérience douloureuse endurée par les indigènes du Sud et du centre de l’Amérique ne dit rien qui vaille des protagonistes catholiques.

Le Front Rhodésien de Ian Smith et le régime de l’Apartheid du Parti National de l’Afrique du sud ont parodié ce qui s’est passé en Terre Sainte. Les colons britanniques au Kenya et les Pieds Noirs français en Algérie ont également adopté une logique biblique, même s’ils ne l’ont pas reconnue tout à fait officiellement.

Kamal Salibi, dans son célèbre et très controversé ouvrage La Bible vient de l’Arabie, est arrivé à la même conclusion. Salibi, chrétien libanais linguiste et professeur émérite à l’Université américaine de Beyrouth, est également un ancien directeur de l’Institut Royal de Amman pour les études interreligieuses. Salibi note que "parmi les religions connues de l’ancien Proche-Orient, le judaïsme tient une place à part. Les tentatives d’expliquer ses origines en partant des religions de la Mésopotamie, de la Syrie et de l’Égypte n’ont pas jusqu’ici véritablement réussi, sauf en termes d’emprunts mythiques".

"Selon les livres historiques de la Bible hébraïque, le royaume israélite a été créé en grande partie au détriment de certaines communautés comme les Philistins et les Cananéens. Vaincus et démoralisés par les Israélites dans des guerres successives, ces Philistins et Cananéens", observe Salibi, ont été sacrifiés pour la cause de YHWH, le Dieu hébraïque. Pire, les victimes ont été décrites comme des mauvais génies qui tentaient de corrompre les israélites.

Selon Finkelstein et Silberman, les récentes découvertes archéologiques ont permis aux scientifiques de mieux comprendre le lien qui existe entre l’étude des textes bibliques et les découvertes archéologiques. "Une grande partie du récit biblique est un produit des espérances, des peurs et des ambitions du Royaume de Juda. Le coeur historique de la Bible est né des conditions politiques sur les plans sociaux et spirituels et il a été marqué par la créativité et la vision extraordinaire sans aucun doute de femmes et d’hommes, mais ce qui est communément pris pour de "l’Histoire" à savoir les histoires des patriarches, l’exode, la conquête de Canaan, et l’épopée de la glorieuse monarchie unifiée de David et Salomon, est en réalité le produit de l’imagination et l’expression créative du mouvement de la réforme religieuse qui s’est épanoui dans le royaume de Juda à la fin de l’âge du fer". Cette « histoire » est plus influencée par l’idéologie et la vision du monde de ses rédacteurs que par un quelconque événement historique réel de l’époque.

Ce qui est tragique, c’est que cette même idéologie est aujourd’hui à l’ ?uvre sur un mode encore plus brutal. En premier et avant tout, la conséquence de la persistance de cette idéologie se traduit par la souffrance du peuple palestinien. À Gaza, notamment car sous prétexte de boycotter le Hamas, les sanctions économiques les plus rigoureuses sont appliquées dans la plupart du temps. Les Palestiniens restent pendant des mois sans percevoir leur salaire, et ils sont réduits à vendre leurs mobiliers et leurs bagues de mariage juste pour nourrir leurs familles. Selon les statistiques de la Banque mondiale 70% pour cent des 1,5 million de Palestiniens résidant dans la bande de Gaza vivent en dessous du seuil de pauvreté. Environ deux tiers des 100 000 travailleurs du secteur privé et de 165 000 travailleurs du secteur public sont en chômage. En outre, des dizaines de milliers de Palestiniens qui trouvaient à s’employer en Israël, sont désormais interdits d’emploi dans ce pays.

C’est dans ce contexte que nous devons examiner la poursuite de la controverse sur les travaux de fouilles des archéologues israéliens, et les discours et les actes de provocation des politiciens israéliens aboutissant à la profanation des lieux saints islamiques au nom de la recherche d’un héritage juif en Palestine. Ariel Sharon, le fameux ancien Premier ministre israélien, s’est rendu en 2000 sur l’esplanade des mosquées accompagné de fanatiques religieuxs juifs, provoquant des émeutes palestiniens connues depuis sous le nom de la deuxième Intifada.

Al Haram al Qudsi al Sharif (« Mont du Temple ») est considéré comme le troisième lieu saint de l’islam après Masjid Al Haram à la Mecque et Masjid Al Rasool à Médine. Depuis le régime colonial britannique, les Hashemites en tant que descendants du Prophète Mahomet, ont obtenu la tutelle des lieux saints islamiques tant en Palestine qu’ en Israël. Jusqu’à ce jour, la mosquée Al-Aqsa relève de la tutelle du Ministère jordanien des Awkaf (fondations religieuses), même si à strictement parler, la Jordanie n’a administré la Cisjordanie que de 1948 à 1967.

En février 2007, l’Administration israélienne des antiquités a lancé la construction d’une nouvelle passerelle pour atteindre l’esplanade des mosquées. La mosquée Al Aqsa est elle-même censée être construite sur le site du temple de Salomon. "Ce que fait Israël en pratique et par ses attaques contre nos sites sacrés musulmans à Jérusalem et Al-Aqsa est une violation flagrante qui n’est acceptable sous aucun prétexte", a déclaré le Roi Abdallah du Royaume hachémite de Jordanie. Jérusalem-Est, était bien entendu territoire jordanien jusqu’en 1967 au moment où es Israéliens ont occupé la Cisjordanie.

Selon l’éditorial de Haaretz, les provocations israéliennes contre la mosquée Al-Aqsa ont pris un mauvais tournant cette année quand, en mai, un groupe de rabbins sionistes religieux a pénétré dans le site de façon consciente mais tout à fait irresponsable en risquant de mettre le feu à la poudrière du Moyen-Orient". L’incident a divisé les autorités religieuses israéliennes. D’une part, les faucons qui veulent que tout juif puisse avoir accès à l’esplanade des mosquées sont représentés par le rabbin Shear Yishuv HaCohen, le Grand Rabbin de Haïfa, et le rabbin Dov Lior, le rabbin de Kiryat Arba. D’autre part, les colombes qui rejettent les arguments des premiers en mettant en avant les enjeux politiques sont représentés par le rabbin Yona Metzger, le grand rabbin ashkénaze d’Israël, et le grand rabbin sépharade, Shlomo Amar.

En tout cas, même si les archéologues israéliens ne sont pas autorisés à continuer les travaux de fouilles autour de la zone d’Al Aqsa, il a été annoncé le mois dernier que les archéologues israéliens ont trouvé la preuve définitive du temple de Jérusalem, qui aurait été construit par le roi Salomon. En pratique, cela signifie qu’en dépit de l’autorité du Waqf et de sa pleine autonomie sur les lieux saints islamiques, les archéologues israéliens se débrouillent pour se glisser dans la zone et creuser afin de découvrir la preuve qui permettra d’éliminer la Palestine de l’histoire et de l’héritage divin des sionistes.

Salibi justifie sa théorie selon laquelle la vraie Terre Sainte ne se situe pas en Palestine mais dans l’actuelle Arabie. Les évènements selon lui, que raconte l’Ancien Testament ont effectivement eu lieu sur les paradisiaques pentes maritimes du sud-ouest, notamment dans la province d’Asir. Etudiant un article saoudien en 1977, Salibi a été frappé par le fait que les noms des lieux dans cette province n’étaient pas d’origine arabe d’une part mais que l’on les retrouvait dans l’Ancien Testament d’autre part. Salibi apporte des preuves linguistiques pour justifier sa théorie. Salibi affirme que "C’est la survivance des noms de lieux qui [lui] a facilité son analyse toponymique amenant dans certains une meilleure compréhension de la géographie de la Bible hébraïque que celle de l’archéologie". Par exemple, le Joudain de l’Ancien Testament (h yrdn) selon Salibi n’est pas un fleuve (qui se dit nhr en hébreu et en arabe) mais la chaîne de montagnes appelée aujourd’hui Sarat, qui va de Taëf dans le sud du Hedjaz au Yémen. La racine yrd signifie tant en hébreu qu’en arabe "descendre" et donc h yardn hzh signifie escarpement ou crête. Imaginez la réaction des sionistes si des fouilles venaient à confirmer la théorie de Salibi ! Juda en Arabie ? L’enfer s’ouvrira sous les pieds des sionistes s’il s’avère qu’ils viennent du Hedjaz et de l’Asir ? La vraie Terre promise ? C’est l’Armageddon qui s’ensuivra mais il ne s’agit que d’une hypothèse qui n’est pas à l’ordre du jour pour le moment.

Le c ?ur de mon argumentation est que, historiquement il y a eu plusieurs Terres Promises, en Afrique, en Amériques et en Australie. Et, ces Terres Promises ont toutes été peuplées par des colons armés ayant pour objectif le génocide des autochtones et la dépossession de leurs terres. C’est une idéologie pratique pour dissimuler les intentions criminelles de l’appropriation des terres.

Finkelstein et Siberman soulignent que "pendant des siècles, les lecteurs de l’Ancien Testament ont pris pour argent comptant le fait que les Ecritures sont à la fois une Révélation Divine transmise directement par Dieu à une variété de sages israélites, prophètes et prêtres et une Histoire exacte. Les Autorités religieuses tant juives que chrétiennes ont laissé naturellement supposer que les cinq Livres de Moïse ont été couchées par écrit par Moïse lui-même juste avant sa mort sur le mont Nebo comme le rapporte le Deutéronome".

Finkelstein et Siberman s’interrogent ironiquement : "La première question que l’on doit se poser est savoir si Moïse pouvait être vraiment l’auteur des cinq livres alors que le Deutéronome décrit de manière très détaillée le moment et les circonstances de son propre décès". Les auteurs concluent que les narrateurs bibliques ont en pratique inventé l’idéologie fondé sur la notion de Peuple Elu pour favoriser l’expansion territoriale.

La Bible hébraïque contraste fortement avec le Nouveau Testament (Bible chrétienne) sur la vision et la fétichisation des sites sacrés. Dans l’Évangile selon Marc, Jésus répond à une Samaritaine qui lui demandait si Jérusalem ou le sanctuaire samaritain a été trouvé au mont Gerazin : Ce n’est "Ni sur le présent Mont ni à Jérusalem que vous adorez le Père. Mais l’heure est à venir et le moment est venu où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et dans la Vérité". Il aurait mieux valu pour l’Humanité que les chrétiens adoptent l’attitude du fondateur de leur religion au lieu de prendre le modèle hébraïque pour idéal.

* Gamal Gorkeh Nkrumah est journaliste à Al Ahram Weekly

Du même auteur :

- Les empreintes de l’histoire

30 Novembre 2007 - Al-Ahram Weekly - Vous pouvez consulter cet article à :
http://weekly.ahram.org.eg/2007/873...
Traduction : Alverny