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Nucléaire : le double jeu européen
vendredi 2 novembre 2007 - Salama A. Salama

Une crise s’est déclenchée entre l’Egypte et l’Union Européenne (UE) autour du projet de promulgation d’une résolution de l’Agence internationale de l’énergie nucléaire visant à soumettre toutes les installations nucléaires au Proche-Orient à un système de garanties internationales. Cette mesure ayant pour but de mener à l’éradication des armes nucléaires dans la région.

Cette crise prouve que les nombreuses promesses européennes de faire régner la paix et la sécurité dans la région manquent de bonnes intentions. Donc, compter sur un rôle européen dans la région est une pure illusion à cause des pressions auxquelles il est exposé.

L’Egypte a gardé secrète la crise qui s’est déclenchée au cours des réunions annuelles du Conseil des gouverneurs de l’Agence en septembre dernier. L’Egypte s’est alors contentée de réclamer des éclaircissements quand elle a été surprise par le fait que 47 Etats se sont abstenus de voter au profit du projet, dont 25 Etats européens qui avaient adopté des positions positives avant le vote et qui ont ensuite changé de cap.

Ceci prouve que toute l’Europe, à part l’Irlande, s’est mise d’accord sur une position unie envers la question de la prolifération nucléaire au Proche-Orient. Cette position implique l’accaparement par Israël de l’arme nucléaire, avortant toute tentative de lui imposer un contrôle international. Or, cette position encouragera la course à l’armement dans la région !

Il semble que l’Egypte et les Etats arabes se sont trompés en pensant que l’UE possède une politique extérieure fixe, aux lignes claires et crédibles. Et ce, alors que des expériences précédentes concernant des questions critiques, comme la guerre contre l’Iraq, la position envers le projet américain du bouclier antimissiles auquel s’oppose la Russie et le programme nucléaire iranien, prouvent que les Etats européens n’adoptent pas une position unique et fixe.

Ceci se reflète même sur les relations commerciales extérieures. L’exception à la règle est quand il est question d’Israël qui est toujours capable, grâce au pouvoir de ses communautés dans les Etats européens et grâce à l’alignement américain, d’obtenir le soutien dont il a besoin dans n’importe quelle question.

L’Irlande est l’unique Etat européen qui a voté au profit de la résolution égyptienne, confirmant sa position préalable envers les questions de non-prolifération des armes nucléaires. Les positions des autres Etats européens, en revanche, se basent sur une politique de deux poids, deux mesures.

Il est clair que le refus est venu en même temps que l’escalade des pressions contre l’Iran, dans l’objectif de pratiquer des pressions indirectes qui dévoilent le soutien absolu de l’UE à Israël. Le président français l’a montré de façon claire et nette lors de sa dernière rencontre avec Olmert alors qu’il a qualifié Israël de « miracle du XXe siècle », en promettant que la sécurité d’Israël reste une ligne rouge indépassable !

Il est évident que l’on ne peut s’attendre à une position différente de la part de Sarkozy. Il ne trompera pas ses origines juives, mais il exprime en même temps un revirement dans la position française. Cette position exprime l’enthousiasme exagéré et injustifiable contre l’Iran, en plus de l’escalade du conflit, même si cette escalade mène à une guerre !

Or, d’un autre côté, il faut comparer l’action rapide qu’Olmert a effectuée en Europe pour faire face à la visite réussie de Poutine à Téhéran d’un côté et de l’autre la déception qui s’est installée chez les Arabes après l’échec du vote pour le projet égyptien.

Il est sûr que la réussite des Etats-Unis à convaincre de nombreux Etats arabes que c’est l’Iran qui constitue un danger direct pour leur sécurité et non Israël est significative. Les événements prouvent que les Arabes sont toujours capables de s’auto-détruire.

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Salama A. Salama

Du même auteur :

- Blairisme à la française ?
- Le réalisme syrien
- De Himmler à Eliezer

31 octobre 2007 - Al Ahram Hebdo - Vous pouvez consulter cet article à :
http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahra...