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Ben Laden : le retour !
lundi 17 septembre 2007 - Ramzy Baroud - Al Ahram Weekly
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Ben Laden... Toujours à point nommmé, et qui roule pour qui ?

Ne doutant de rien, Ben Laden invite tous les Américains à embrasser l’Islam, mais Ramzy Baroud pense qu’est oublié le vrai message du 11 septembre : arrêtez la guerre
Oussama Ben Laden est parvenu de nouveau à monopoliser l’attention et à insister pour sa relation avec les évènements du 11 septembre.

Dans son dernier message audiovisuel diffusé par Reuters quelques jours avant le sixième anniversaire des attaques terroristes sur New York et Washington, Ben Laden a fait des déclarations encore plus absurdes, invitant les Américains à embrasser l’Islam et ainsi de suite.

Mais ce qui est vraiment à relever dans le message de Ben Laden n’est pas le le message lui-même, mais les éléments fondamentaux qui peuvent en être déduits. D’abord, Ben Laden a souhaité faire savoir qu’il est vivant et en bonne santé et que les efforts des Etats-Unis sur le plan militaire avaient échoué lamentablement. En second lieu, sa réapparition — la première depuis octobre 2004 — sera analysé sans répit par des centaines « d’experts » qui inonderont les différents publics avec toutes les interprétations possibles : le fait qu’il ait semblé en bonne santé, qu’il ait teint sa barbe, qu’il se soit vêtu du vêtement arabe par opposition à une tenue militaire avec une kalachnikov ; qu’il ait lu une note écrite, et ainsi de suite.

Les théoriciens de la conspiration ont déjà retroussé leurs manches, certains doutant qu’il s’agisse bien de Ben Laden, et d’autres se demandant pourquoi la bande a été promotionnée par un groupe américain de surveillance du terrorisme [SITE Intelligence Group] avant même sa diffusion par Reuters, et pourquoi [Ben Laden] ne l’a pas envoyé en premier directement à divers sites Web extrémistes, comme c’est habituellement le cas.

Les informations et l’Internet sont déjà inondés avec des histoires liées à la réapparition de Ben Laden. Un savant musulman de renommé a déclaré à l’AFP que la barbe teinte est un « signe de guerre » selon l’école islamique salafiste à laquelle Ben Laden appartient. Oublions la figure. D’autres, qui souhaitent mettre en avant le fait que les efforts sécuritaires des Etats-Unis seraient parvenus à empêcher d’autres attaques sur le sol américain, souligneraient plutôt que Ben Laden n’a pas fait de menaces directes — un signe supposé de faiblesse, disent-ils.

Ben Laden a en effet réussi à détourner l’attention de ce que signifie le 11 septembre 2001 en le ramenant à un seul combat entre un homme en colère --- aux objectifs mal définis depuis la bataille de la montagne de Tora Bora --- et un président qui a entraîné son pays dans une guerre coûteuse, injuste et impopulaire. Mais la réalité est très différente de ce réductionnisme caricatural, et les experts en « terrorisme islamique » échouent à l’expliquer.

Pour ceux qui ont construit leur carrière sur la façon de déchiffrer et décoder Ben Laden, s’inquiéter de ce qui saute aux yeux serait contre-productif.

Mais en effet il y a une évidence que le message de Ben Laden et le bruit qu’il suscite contribuent malheureusement à dissimuler. Alors qu’il y a des leçons qui doivent être tirées de six ans de guerres tragiques, de terreur, de massacres et de destruction éhontées, ces leçons incluent à peine un besoin de massive conversion des Américains à l’Islam (nul besoin d’être un savant islamique pour comprendre qu’un tel appel est non-Islamique).

Que Ben Laden, représente de la sorte l’opposition existante à la politique de Bush est effectivement fâcheux
et diminue la portée des importantes leçons qu’il
faut tirer.

D’abord, bien qu’ils aient exprimés des revendications semblables à celles exprimées par des millions de musulmans (et d’autres) à travers le monde, Ben Laden et Al-Qaeda ne parlent pas pour ou ne représentent pas la large majorité des Musulmans. L’Islam traditionnel s’est historiquement construit sur la tolérance et la modération, qualités que Ben Laden et ses fanatiques comprennent difficilement.

En second lieu, l’extrémisme dans le monde musulman peut être en augmentation, mais ceci ne concerne Ben Laden et ses rares messages. Le fait évident est que l’extrémisme (des musulmans ou de tout autre) est intrinsèquement lié aux zones de conflit et ne se produisent jamais dans un vide ou sous des réalités socio-économiques stables. Une étude des attaques-suicide et des occupations étrangères, de l’oppression et de l’interprétation radicale de textes religieux (ou idéologiques), des massacres, des tueries délibérées et des appels à la vengeance prouveront que chacun de ces facteurs est largement lié à l’autre.

Troisièmement, la guerre contre l’Irak était une opération préméditée remontant à 1992 lorsque Paul Wolfowitz et sa clique néo-conservatrice a commencé à faire pression pour une politique étrangère américaine puissante et hostile. Les événements du 11 septembre ont simplement fourni l’occasion de justifier une telle guerre, quoique les responsables n’aient rien eu à voir avec l’Irak.

Quatrièmement, la combinaison de la crainte, la panique dans le public et de la guerre continuent à miner la démocratie américaine. Sous l’apparence d’une guerre mal définie contre la terreur, les Américains ont payé un prix irréparable — plus d’Américains sont morts en Irak que le jour du 11 septembre ; le nombres des blessés en Irak atteint 28 000 ; les Américains sont espionnés ; les gens intègres perdent leur emploi pour avoir pris une position morale et s’être opposé à l’administration Bush ; des intellectuels respectés sont interrogés dans les aéroports et des groupes de citoyens consciencieux sont surveillés comme menaces de sécurité.

Cinquièmement, c’est la guerre génocidaire américaine contre l’Irak, des tueries non révélées en Afghanistan, et le soutien aveugle au financement de l’occupation brutale de la Palestine par Israël qui en grande partie fournissent le combustible pour le terrorisme et l’extrémisme et font perdre aux Etats-Unis sa prétendue bataille pour « les coeurs et les esprits ». La vérité évidente est qu’une telle bataille ne peut jamais être gagnée quand un million d’Irakiens sont tués et que quatre millions sont à présent sans foyer dans leur propre pays.

Aucun coeur et aucun esprit ne peuvent être gagnés quand des Palestiniens sont abattus dans les missions israéliennes « de routine » dans Gaza et en Cisjordanie, ou quand de malheureux paysans afghans sont mis en pièces lors des « recherches » hasardeuses de Ben Laden.

En effet, il est dans l’intérêt de l’administration Bush que Ben Laden distribue ses messages à un moment où on des questions déjà anciennes et importantes doivent être posées. Ce n’est pas Ben Laden et sa barbe teinte qui devraient apparaître sur nos écrans en ce jour tragique, mais les visages sans honneur de ceux qui ont exploité la tragédie d’une nation meurtrie pour infliger des tragédies à d’autres.

Le jour du 11 septembre nous devrions nous souvenir de ceux qui sont morts à New York, à Washington et en Pennsylvanie, mais également à Kaboul, à Bagdad et dans Gaza, de sorte que nous puissions travailler ensemble à ceux que tous les coupables aient à rendre compte.

(*) Ramzy Baroud est l’auteur de « The Second palestinian Intifada : A Chronicle of a People’s Struggle » et rédacteur en chef de PalestineChronicle.com »

Site Internet :
www.ramzybaroud.net

Du même auteur :

- La lutte entre Shiites : pas vraiment une bonne nouvelle pour les Etats-Unis !
- Arabes et Musulmans aux Etats-Unis : la recherche d’une identité commune
- Les dividendes de l’opportunisme
- Le véritable agenda palestinien de Bush

14 septembre 2007 - Al-Ahram Weekly - Vous pouvez consulter cet article à :
http://weekly.ahram.org.eg/2007/862...
Traduction : Claude Zurbach