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Après la défaite américaine en Irak
dimanche 9 septembre 2007 - Saleh Al-Naami - Al Ahram Hebdo
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7 septembre 2007, Bassorah - Des partisans de Muqtada al-Sadr fêtent le départ des troupes britanniques - Photo : AP/Nabil al-Jurani

Il y a une lampe allumée dans le bureau d’Ehud Barak, dans le district d’Harkiyah à Tel Aviv, pratiquement jusqu’au point du jour. Le ministre israélien de la défense et son équipe ont travaillé 19 heures de rang, s’acharnant sur ce qui a été présenté comme un document « extrêmement vital ». Le document en question est une compilation des résultats de cinq groupes d’étude --- du ministère de la défense, du renseignement militaire, du service de planification de la défense et du conseil de sécurité nationale --- sur les effets sur les intérêts stratégiques israéliens du retrait maintenant certain des troupes américaines d’Irak.

Les tas de mégots trouvés dans les bureaux concernés témoignent de l’ampleur du travail et de l’intensité de la concentration investis dans cette étude, qui, selon des informations parues dans la presse israélienne cette semaine, prédit « un nouveau Moyen-Orient » dans le plein sens du terme.

D’après les analystes qui ont entamé leur étude dans un complet secret il y a trois mois, la prochaine forme de la région sera plus préjudiciable que n’importe quoi qu’Israël ait jamais prévu. Le retrait américain d’Irak, d’après eux, équivaudra à un « tsunami » qui secouera tous les alliés des Etats-Unis dans la région, le coup le plus dur étant réservé à Israël. Toujours selon ces analystes, le retrait effectif des troupes peut débuter dès septembre, après que se soient tenues les auditions au congrès américain sur le rapport soumis par le général David Petraeus, commandant américain en Irak.

Les auditions renforceront les actuelles pressions exercées sur la Maison Blanche, car elles placeront inévitablement le président George Bush au centre de la polémique interne à propos de l’Irak et elles aggraveront les relations déjà tendues entre son administration et le gouvernement irakien en place.

Selon l’opinion israélienne, la preuve que l’administration de Bush s’est préparée à un retrait anticipé d’Irak est attestée par sa décision d’amplifier l’aide militaire américaine destinée à Israël de 25% jusqu’à ce que cette aide atteigne 30 milliards de dollars dans les 10 années à venir, et dans l’énorme contrat d’armements pour 20 milliards de dollars entre Washington et l’Arabie Saoudite.

Toujours d’après l’étude, le montant de l’aide militaire et ce contrat d’armements ont pour objet d’anticiper les contrecoups subis par les israéliens et les saoudiens suite à la décision des Etats-Unis de se retirer d’Irak, en leur donnant le sentiment de pouvoir faire face aux retombées de cette décision. Les analystes ajoutent que c’était la raison pour laquelle le roi Abdullah, en forme de protestation, a repoussé une visite à Washington et a fait à la place des ouvertures pour développer la communication avec l’Iran.

Les analystes israéliens craignent que le retrait des USA ne libère trois menaces.

En premier, ce qui sera vu dans tout le monde islamique et arabe comme une défaite retentissante des Etats-Unis aura l’effet d’un énorme encouragement pour les mouvements islamistes radicaux qui intensifieront leur action pour déstabiliser des régimes [présentés comme] modérés dans la région, et renforcera les régimes qui sont hostiles aux Etats-Unis.

Pour Israël, la conséquence la plus désastreuse serait la déstabilisation du régime en Jordanie qui d’après ces études « est d’une importance stratégique capitale pour Israël dans la région car qu’il forme un tampon entre Israël et le croissant de chiite, lesquels fusionneront après le retrait des Etats-Unis d’Irak. De plus, le régime jordanien est un adversaire déclaré des mouvements islamistes radicaux et il remplit la tâche de sécurité essentielle d’empêcher l’infiltration des terroristes en Israël à travers la longue frontière qu’il partage avec ce pays. »

L’étude israélienne estime que l’Irak d’après le départ américain, deviendra un refuge pour des activités terroristes poussant à l’insurrection les mouvements d’opposition au régime jordanien. La Syrie, naturellement, prêtera la main, autorisant les menées anti-jordaniennes depuis son territoire. La chute du régime jordanien, poursuit le rapport, transformerait ce pays en territoire ennemi, ramenant Israël aux toutes premières années de son existence.

Pour écarter ce danger, le rapport conseille que tous les efforts soient faits pour soutenir le régime jordanien avec une aide internationale et américaine pour résoudre le problème du manque d’eau et en équipant les forces jordaniennes de sécurité avec autant de technologie militaire que possible.

En second lieu, le retrait américain d’Irak fournira une nouvelle motivation aux mouvements de résistance arabes, notamment le Hizbullah, pour abattre l’état israélien, et l’Irak redeviendrait une source potentielle de tirs de missile en direction d’Israël. En effet, certains protagonistes pourraient trouver leur intérêt à fournir des jihadistes en missiles à longue portée, au début à cette fin et ensuite dans l’espoir que les missiles seraient dirigés contre la Jordanie.

La troisième menace, explique encore le rapport, c’est que l’Iran soit alors libéré des pressions qu’elle subit aujourd’hui et soit alors libre de ses gestes pour mener à bien son programme nucléaire et pour fabriquer sa propre bombe. L’Iran pourrait même agir en coordination avec la Syrie qui aurait neutralisé les tentatives américaines d’accroître les pressions sur le régime de Damas. D’ici 2009, avertissent les analystes, la Syrie aura terminé la modernisation de son armée. Cette année-là, ajoute le rapport, coïncidera avec la fin de du deuxième mandat de Bush, après quoi les Etats-Unis changeront de politique à l’égard de l’Irak et en partiront au plus tôt.

De façon évidente, le document en question représente le point de vue de la plupart des experts à Tel Aviv qui ont participé à sa rédaction. Mais une minorité parmi les groupes d’étude a suggéré que le retrait des américains d’Irak pourrait signifier une bonne chose pour Israël. Le commandement américain en Irak s’est énergiquement opposé à une attaque américaine contre les installations nucléaires iraniennes dans la crainte que l’Iran n’exerce des représailles contre des forces américaines en Irak. Le retrait des Etats-Unis soulèverait cet obstacle, préparant le terrain pour une possible frappe américaine contre l’Iran.

Bien avant que soient publiées des informations à propos de cette étude, les experts stratégiques israéliens avaient invité les décideurs à Tel Aviv à ne pas compter sur une présence américaine permanente en Irak et à prendre de façon indépendante l’initiative de contrer le programme nucléaire de l’Iran.

Uzi Arad, ancien directeur du renseignement pour le Mossad et actuellement président du centre interdisciplinaire Herzliya, a déclaré qu’Israël devait mobiliser toutes ses énergies pour contrecarrer le programme nucléaire iranien même au prix d’aller à l’encontre de Washington. Faisant écho à cette opinion, l’ancien ministre adjoint de la défense Ephraim Sneh soutient que tous les signaux indiquent que les Etats-Unis sont sur le point de quitter l’Irak avant d’avoir bloqué la menace nucléaire iranienne et qu’Israël devrait remédier seul à ce problème. Le « Président Ahmadinejad ne doit pas utiliser l’arme nucléaire contre nous ou même menacer de l’employer. La plupart des Israéliens quitteront Israël au moment où ils entendront dire que l’Iran a développé une arme atomique, » a-t-on pu entendre sur la radio israélienne.

Mais on entend par moments des voix discordantes en Israël.

Shlomo Avineri, ancien directeur du ministère israélien des affaires étrangères, a prévenu ses chefs de ne pas souhaiter que les Etats-Unis restent en Irak. « Pour les Américains l’Irak est une histoire terminée. Ils ne voient rien d’autre qu’un échec, toutefois ils pourraient essayer de donner l’impression que la situation s’améliore. Ils vont se retirer d’Irak tôt ou tard, et le plus tôt sera le mieux, parce que plus ils resteront, plus les dégâts infligés à la stature internationale des Etats-Unis seront considérables. »

Avineri poursuit en expliquant que si la posture internationale des Etats-Unis était sévèrement affaiblie, cela aurait des répercussions dangereuses parce que le prestige des Etats-Unis est l’un des premiers piliers de la force israélienne.

L’auteur israélien Yaakov Ahmeir prévient les supporters juifs-américains de ne pas présenter l’état hébreu comme la raison d’envoyer plus de troupes américaines en Irak et de faire usage d’une plus grande violence à un moment où tous les signes indiquent l’inévitable et lamentable échec de cette entreprise.

Il ajoute que la position israélienne aux Etats-Unis s’est beaucoup dégradée du fait qu’il y a des personnes qui expliquent que les Etats-Unis sont allés faire la guerre en Irak afin de défendre Israël. Israël ne doit pas présenter la situation « comme s’il était dans les intérêts de l’état juif que les Américains maintiennent leur présence mortelle et inutile en Irak. »

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7 septembre 2007 - Al-Ahram Weekly - Vous pouvez consulter cet article à :
http://weekly.ahram.org.eg/2007/861...
Traduction : Claude Zurbach