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Un échec cinglant
vendredi 15 juin 2007 - Editorial du Monde

Amer, désabusé, Alvaro de Soto dresse, dans un rapport de fin de mission rédigé après deux années comme envoyé spécial de l’ONU au Proche-Orient et destiné à rester confidentiel, un constat accablant sur le conflit israélo-palestinien. Sévère, il dresse aussi le réquisitoire d’un échec diplomatique cinglant et, tout en n’épargnant ni l’Europe ni l’ONU, pointe la lourde responsabilité de l’administration Bush, qui a soutenu une politique israélienne menant à une impasse. Une politique qui a souhaité, voire encouragé, les violences interpalestiniennes qui aboutissent aujourd’hui à la violente offensive des islamistes du Hamas pour prendre le contrôle de la bande de Gaza.

Que dit crûment Alvaro de Soto ? Que ce chaos et cette violence sont, outre le résultat d’un règne sans partage du Fatah dominé par la corruption, le produit de l’aveuglement qui a saisi l’Occident après la victoire électorale du Hamas. Il accuse les Etats-Unis, plus que jamais alignés sur Israël, d’avoir été résolument hostiles aux "ambiguïtés constructives", seules susceptibles de convertir les islamistes au réalisme politique, et d’avoir "poussé à une confrontation entre le Hamas et le Fatah". Au détour de son récit, l’émissaire des Nations unies rapporte la satisfaction d’un haut diplomate américain devant les affrontements fratricides. "J’aime cette violence", se ravissait-il, convaincu d’y voir le début de la fin du Hamas.

Cette obstination américaine a précipité l’échec du gouvernement d’union nationale palestinien et ruiné l’offre de paix globale de la diplomatie saoudienne, qui prévoit une normalisation totale des pays arabes avec Israël en échange de la création d’un Etat palestinien sur la base des frontières de 1967. M. de Soto estime dorénavant de plus en plus difficile, voire "impossible", la création d’un Etat palestinien. Il dénonce "la prison à ciel ouvert" qu’est devenue la bande de Gaza.

L’émissaire de l’ONU s’indigne de la politique des "faits accomplis" d’Israël, reprochant à l’ONU d’avoir traité l’Etat juif "avec une extrême considération, presque de la tendresse". "Je ne crois honnêtement pas, écrit-il, que l’ONU rende service à Israël en ne parlant pas franchement de ses manquements dans le processus de paix. Nous ne sommes pas un ami d’Israël si nous permettons à ce pays de s’autosatisfaire que les Palestiniens soient les seuls à blâmer." M. de Soto appelle les diplomates internationaux à mettre fin à une situation qu’il estime être de l’"autocensure" vis-à-vis d’Israël.

Le 24 juin 2002, George Bush exposait dans un discours sa "vision" de la Palestine. Cinq ans après, presque jour pour jour, les Palestiniens paient au prix fort, à Gaza et dans les autres territoires d’une Palestine déchirée, la politique d’Israël, des Etats-Unis et de la diplomatie internationale.

Editorial du quotidien Le Monde, le 14 juin 2007