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Vente d’armes : discorde israélo-américaine
jeudi 14 juin 2007 - Patrick Saint-Paul - Le Figaro
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Ehoud Olmert

Un contrat d’armement est venu jeter un nouveau coup de froid entre Israël et son allié le plus proche, les États-Unis. Le gouvernement du premier ministre, Ehoud Olmert, s’oppose à un projet américain de vente d’armes sophistiquées à l’Arabie saoudite, comprenant des armements guidés par satellite. L’État hébreu estime que ce projet menace son incontestable suprématie technologique sur ses voisins arabes dans le domaine militaire, acquise grâce à l’aide des États-Unis.

Le quotidien israélien Maariv, qualifie de « sévère » la dispute entre Washington et Tel-Aviv. « Ces dernières semaines, les différences d’opinion ont tourné à une mini-confrontation entre responsables de la sécurité américains et israéliens », rapporte le quotidien. Deux hauts responsables du ministère israélien de la Défense ont exposé, la semaine dernière au Pentagone, leurs très fortes réserves concernant la vente d’armes au royaume saoudien.

Cette vente d’armes sophistiquées doit avoir lieu dans le cadre d’un mégacontrat d’armement entre Washington et ses alliés les plus proches au Moyen Orient. Elle doit rapporter aux États-Unis entre cinq et dix millions de dollars, selon une estimation d’experts militaires américains cités par le New York Times. Ces ventes d’armes sont censées permettre aux pays du Golfe, proches de l’Administration Bush, de faire face à une éventuelle riposte de l’Iran au cas où les États-Unis décidaient de frapper les installations nucléaires iraniennes.

Israël partage l’inquiétude de ses voisins arabes face à la montée du péril nucléaire iranien et cherche à oeuvrer discrètement à un rapprochement stratégique avec l’Arabie saoudite sur ce dossier. Cependant, Israël n’a aucunement l’intention de renoncer pour autant à son ascendant militaire sur ses voisins. L’État hébreu s’inquiète notamment de la vente de « bombes intelligentes » guidées par GPS, dont l’armée de l’air israélienne avait fait une utilisation massive lors de la guerre au Liban l’été dernier.

Selon le Maariv, l’establishment militaire israélien décrit la vente de telles munitions comme « un véritable dommage à l’avantage qualitatif d’Israël au Moyen-Orient ». Israël affirme que les États-Unis se sont engagés à préserver la suprématie militaire israélienne dans la région.

Les responsables militaires israéliens envoyés aux États-Unis ont fait valoir que le transfert de tels armements est un pari hasardeux, vu le caractère « instable » du régime saoudien. Ils auraient cité en exemple le régime pro-occidental du shah d’Iran, soutenu militairement par les États-Unis, qui a basculé aux mains des mollahs il y a vingt-huit ans.

Une crise disproportionnée

D’après Israël, les armements que les États-Unis s’apprêtent à transférer à l’Arabie saoudite ont une durée de vie de dix à vingt ans. « Le fait qu’al-Qaida ait été fondé en Arabie saoudite, que ses hommes aient infiltré les quatre coins du régime, y compris dans le domaine militaire, est très inquiétant », écrit le Maariv.

Plusieurs responsables politiques israéliens estiment qu’il serait disproportionné de déclencher une crise avec les États-Unis à propos de cette affaire, enjoignant au passage les autorités militaires israéliennes à « ne pas mordre la main qui les nourrissent » (les États-Unis). Mais le gouvernement israélien a menacé de faire intervenir son puissant lobby au Congrès américain pour faire capoter l’affaire déclenchant la colère de Washington, qui menacerait à son tour Israël de représailles.

L’affaire figurera très probablement au menu des discussions entre Ehoud Olmert et George W. Bush, lors de leur rencontre programmée à la Maison-Blanche le 19 juin.