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Lettre à George W. Bush : le sociocide d’Irak
jeudi 9 janvier 2014 - Ralph Nader
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L’Irak qui était autrefois un pays prospère a été laissé par les États-Unis dans un état de chaos et de violence indescriptibles... Tout cela pour le plus grand bénéfice d’Israël - Photo : AP/SIPA/Karim Kadim

Cher M. Bush,

Il y a quelques jours, j’ai reçu, de la part de votre Centre Présidentiel, une lettre personnalisée accompagnée d’une carte d’invitation à faire un don. C’est cette même invitation qui a donné les mots à ma présente réponse. Cette sollicitation faisait apparaître des mentions telles que « Je suis honoré de contribuer à raconter l’histoire de la présidence Bush » et « Je me réjouis que le Bush Institute soutienne des principes intemporels et propose des solutions pratiques face aux défis que relève notre monde. » (Mentions en dessous desquelles figuraient des montants à partir de 25 $ « déductibles de mes impôts. »)

Entendez-vous par « principes intemporels » les mêmes principes selon lesquels vous et M. Cheney avez décidé d’envahir l’Irak, qui, contrairement à vos inventions, allégations mensongères et dissimulations, n’a jamais menacé les États-Unis ? Avec son dictateur et son armée délabrée, l’Irak n’était pas plus en mesure d’en faire de même avec ses voisins autrement plus puissants, et ce même si le régime irakien en avait l’intention.

Aujourd’hui, l’Irak reste un pays (d’environ la taille et la population du Texas) que vous avez détruit. Un pays dans lequel plus d’un million d’Irakiens, dont de nombreux enfants et nourrissons (vous vous souvenez de Falloujah ?), ont trouvé la mort. Des millions sont tombés malades ou ont été blessés et des millions encore sont devenus des réfugiés, des chrétiens d’Irak pour la plupart. L’Irak est un pays déchiré par des conflits sectaires et votre invasion prolongée n’a contribué qu’à en faire des conflits militaires ouverts. L’Irak est maintenant un pays où Al-Qaïda sème les explosions, fauchant 20, 30, 40, 50, 60 vies chaque jour. Cette semaine, il nous est parvenu que les États-Unis ont fourni aux forces aériennes irakiennes des missiles air-sol Hellfire destinés au bombardement des camps de « la branche locale d’Al-Qaïda. » Al-Qaïda n’était pas là avant votre invasion. Al-Qaïda et Saddam Hussein étaient des ennemis jurés.

Malgré le temps qui passe, le sociocide de l’Irak mené par l’administration Bush/Cheney, allié à la perte de dizaines de milliers de soldats américains, à d’innombrables blessés et malades, ne fait l’objet d’aucune reconnaissance de votre part comme ayant été une erreur. Vous n’avez pas non plus endossé la responsabilité de l’illégalité de votre intervention militaire menée sans l’aval du Congrès. Vous avez même tourné le dos aux Irakiens qui ont porté assistance aux troupes d’occupation américaines en tant que chauffeurs, traducteurs etc. au péril de leur vie et de celles de leur famille alors qu’ils réclamaient désespérément, souvent même avec le soutien des soldats américains, des visas pour les États-Unis. Votre administration a accueilli moins d’Irakiens que la Suède durant cette même période. Les réfugiés vietnamiens ont même été bien plus nombreux à entrer aux États-Unis au cours des années 70.

Lors de votre campagne, je vous avais comparé à une corporation déguisée en homme dans la course à la Maison Blanche. Vous avez alors donné vie à ce qui n’était qu’une métaphore. Telle une corporation, vous n’exprimez aucun remords, ne connaissez ni la honte, ni la compassion et ne reconnaissez jamais avoir fait une quelconque erreur.

Jour après jour, les Irakiens et leurs enfants continuent de mourir ou de souffrir terriblement. Lorsque, l’an dernier, le vétéran paraplégique de l’armée américaine Tomas Young vous a adressé une lettre en quête d’une forme de reconnaissance de votre part que les choses ont très salement tourné pour de nombreux soldats américains et Irakiens, vous n’avez pas daigné répondre. Vous n’avez pas non plus répondu à Cindy Sheehan qui a perdu son fils, Casey, en Irak. Comme vous l’avez dit : « Ce qui est intéressant, quand on est président, c’est que l’on n’a (ou plutôt vous n’avez) pas l’impression de devoir vous justifier face à quiconque. » Rien n’a changé maintenant que vous êtes ancien président alors que vous donnez des conférences très lucratives pour des multinationales et que vous réclamez, sans aucune honte, de l’argent auprès des Américains pour soutenir votre « service public continu. » Les sondages rapporteraient que la vie en Irak est, de nos jours, plus difficile que sous la dictature brutale de Saddam Hussein. Ils diraient aussi que George W. Bush a laissé l’Irak dans un pire état que quand il y était entré, et ce malgré les sanctions adressées au préalable par les États-Unis en 2003 qui auront pris la vie de tant d’enfants irakiens et porté préjudice à la santé d’autant de familles de civil.

Votre conseillère à la sécurité nationale, Condoleezza Rice, a publiquement affirmé en 2012 que même si le « cours de l’histoire » se montrera peut-être plus clément pour l’Irak post-invasion que le violent chaos d’aujourd’hui, elle « endossait personnellement la responsabilité » des pertes et des dommages subis. Le feriez-vous ?

Pourriez-vous, au moins, appeler publiquement le gouvernement fédéral à accueillir plus de civils irakiens qui ont servi l’occupation américaine et les aider à fuir les représailles qu’ont déjà subies leurs collègues dans la même situation ? N’est-ce pas là le moins que vous puissiez faire pour apaiser, ne serait-ce qu’un soupçon, les profondes blessures causées par votre politique militaire irréfléchie ? Peu après avoir quitté son poste, votre coordinateur national contre le terrorisme, Richard Clarke, a écrit dans son livre Against All Enemies : Inside America’s War on Terror* que les États-Unis ont « précisément joué au jeu d’Oussama Ben Laden en envahissant l’Irak. »

Seriez-vous en train de réfléchir en privé aux conséquences de votre invasion de l’Irak sur les Irakiens et les familles des soldats américains, sur l’économie et sur l’intensification des attaques d’Al-Qaïda dans de nombreux pays ?

Respectueuses salutations,
Ralph Nader

P.S. je joins comme contribution à la bibliothèque de votre Centre Présidentiel l’ouvrage Rogue Nation : American Unilateralism and the Failure of Good** de Clyde Prestowitz (2003) que vous connaissez sûrement. Vous remarquerez la note positive du général Wesley Clark au dos.

* Contre Tout Ennemi : Au Sein de la lutte des États-Unis Contre le Terrorisme
** L’État Hors-la-loi : L’Unilatéralisme Américain et l’Échec du Bien

Du même auteur :

- Pour Obama, il y a des enfants qu’il est légitime de tuer->http://www.info-palestine.eu/spip.php?article13438] - 16 avril 2013
- Le cauchemar des prisonniers de Gaza - 4 mai 2012

2 janvier 2013 - The Palestine Chronicle - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.palestinechronicle.com/l...
Traduction : Info-Palestine.eu - Alexandre C.