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Israël et Abu Mazen interdisent Gaza au pape

samedi 16 mai 2009 - 11h:01

Michele Giorgio
Il Manifesto

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« Le pape Ratzinger aurait dû aller à Gaza parce que l’Eglise catholique doit toujours être à côté de ceux qui souffrent et des plus faibles, comme l’a enseigné Jésus-Christ ».




Le ton de Père Manuel Musallam (voir : http://www.ism-france.org/news/arti...) est sans appel : « Je sais que le Saint père désirait visiter les Palestiniens chrétiens de Gaza, nous dit père Manuel, curé de Gaza City pendant 14 ans, qui vient juste de quitter sa paroisse - et il aurait volontiers apporté son réconfort à toute la population touchée par la guerre (l’offensive israélienne du 27 décembre au 18 janvier, NDR) mais Israël s’y est opposé et malheureusement l’Autorité palestinienne aussi (Anp, présidée - encore, mais hors mandat depuis plusieurs mois - par Abu Mazen, NdT) a donné un avis défavorable ». Du coup, ajoute le religieux qui vit maintenant à Bir Zeit, « la Bande de Gaza a été exclue de la visite de Benoît XVI, à la grande déception de nombreux chrétiens et de toute la population palestinienne. Ça a été une occasion manquée pour diffuser un message de paix et de justice chez ceux qui souffrent ».

Benoît XVI restera loin de la Bande de Gaza, et il ne restera dans les territoires occupés palestiniens que quelques heures : quand il effectuera demain (mercredi 14 mai) une visite à Bethléem et dans le camp de réfugiés de Aida. Le mur de séparation construit par Israël en Cisjordanie palestinienne, il ne le verra que de sa voiture, le long du trajet qui va le conduire de Jérusalem à Bethléem. D’aucuns au Patriarcat latin s’escriment à expliquer que dans le fond une bonne partie du programme du pontife est à Jérusalem-Est, la zone arabe occupée par Israël depuis 1967, où se trouvent les principaux sites religieux chrétiens. Mais l’itinéraire à Jérusalem n’a été fixé qu’avec les autorités israéliennes, et l’Anp elle même a dénoncé la tentative d’Israël d’exploiter l’énorme couverture médiatique de l’événement pour affirmer son contrôle sur toute la ville (au détriment d’une exploitation partagée avec l’Anp... NdT).

Le Vatican, par ailleurs, n’a pas répondu publiquement à la pétition qui a circulé ces dernières semaines, signée par des centaines de religieux catholiques de Gaza et de Cisjordanie, et de divers pays occidentaux et arabes, y compris d’étudiants de théologie de l’université de Berkeley (USA), pour que le pape inclue Gaza dans son voyage. Le porte-parole du Patriarche latin de Jérusalem, Wadie Abu Nassar, s’est limité à affirmer dans une entrevue donnée en avril au Jerusalem Post que « Gaza n’entre pas et n’entrera pas dans l’itinéraire du Pape, il n’y aura pas de changements de programme ». Déclarations qui ont engendré quelque désappointement parmi les 300 palestiniens catholiques de la Bande de Gaza (où les chrétiens sont environ 3.000, en majorité de rite orthodoxe). «  Le pape Jean-Paul II, quand il avait visité le camp de réfugiés de Deheishe, en 2000, avait promis d’aider les Palestiniens ; maintenant, presque 10 ans après, Benoît XVI aurait du parler de paix et de justice aux gens de Gaza », explique le Père Labib Kopti, directeur de la revue catholique al Bushra, et un des promoteurs de l’appel au pape.

Comme l’a expliqué aussi Père Musallam, l’ANP d’Abu Mazen s’est aussi rangée contre une possible visite de Benoît XVI à Gaza. Du quartier général palestinien, on dément et on parle de « manque de garanties de sécurité » et de « décisions israéliennes et vaticanes ». La question en fait est de nature seulement politique : l’Anp et Israël n’entendent pas concéder au gouvernement du Hamas, qui contrôle (contrôle est le terme utilisé par ceux qui ont du mal à accepter que le Hamas ait été élu, majoritairement et démocratiquement, NdT) Gaza depuis deux ans, une reconnaissance de fait de la part du Vatican. «  Mais c’est incompréhensible parce que l’Eglise catholique oeuvre déjà à Gaza en ayant aussi des contacts avec les autorités politiques locales (Hamas) », ajoute Musallam.

Les Palestiniens catholiques espèrent maintenant pouvoir rencontrer le pape à Bethléem. Mais Israël n’a commencé qu’hier à distribuer une partie des autorisations qui permettent de rejoindre la Cisjordanie. «  Depuis ce matin - rapportait hier (11 mai) le nouveau curé de Gaza, Jorge Hernandez - nous faisons la queue au passage d’Eretz pour entrer en Israël. Et finalement, il y a quelques minutes, je suis arrivé à passer, avec deux s ?urs de Mère Teresa qui ont un passeport étranger... Nous risquons d’être les seuls chrétiens de Gaza à être présents. Jusqu’à maintenant (12 mai), les 250 autorisations que le gouvernement israélien nous avait promis n’ont pas été données ».

Edition de mardi 12 mai 2009 de il manifesto - Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio


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