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Les changements démographiques entre la mer et le fleuve

mardi 27 mai 2008 - 10h:34

Dr. As’ad Abdou Ar-Rahman/CPI

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Depuis la fin des années soixante, la religion est revenue sur la scène internationale, après le recul des idéologies laïques, nationales et socialistes.

Désormais, c’est un nouveau monde. L’Occident s’attache au christianisme. Israël au judaïsme. Les organisations islamiques à l’Islam.

Par contre, cette vision ne flotte pas à la surface pour une raison spirituelle, loin de là. C’est tout simplement pour donner une sorte de légitimité à quelques politiques visant à mettre la main sur le monde. Cette tendance religieuse ajoute une nouvelle difficulté à la question palestinienne dont la solution est trop loin à atteindre. Et un « Etat juif » est pratiquement irréalisable. En effet, la « nationalité juive » n’a rien à voir avec le terme de la nationalité.

Raja Kamal, professeur à l’université de Chicago, a réalisé une étude intitulée L’inquiétude démographique d’Israël. Il y écrit : « Les deux partis s’attachent de plus en plus fortement à des croyances religieuses, dans la politique de l’un envers de l’autre. Ce qui fait plus peur, c’est qu’en Israël, le zèle religieux se montre fort autour de ces changements démographiques qu’Israël connaît ».

Ces changements pourront être le défi le plus fort pour ceux qui cherchent une solution pacifique au conflit palestino-israélien. Désormais, deux changements démographiques affectent les politiques israéliennes. Le premier : les habitants orthodoxes et extrémistes sont de plus en plus forts. Le deuxième : le départ incessant des savants, des chercheurs et des intellectuels d’Israël.

Selon les statistiques du gouvernement israélien, le niveau de natalité chez les Juifs fondamentalistes est estimé à 7,6 enfants pour une femme, trois fois plus élevé que la moyenne nationale. Ainsi, dans une société si divisée comme Israël, un petit parti religieux pourra fortement influencer un gouvernement relativement faible.

La politique d’incessante colonisation, en dépit du refus international, en est l’image probante, de cette influence. Cette politique est adoptée par des petits partis, Chass en tête. Et le faible Premier ministre ne peut y rien faire.

Quant à l’émigration des savants et des chercheurs, Israël les chassent. 25% d’entre eux vivent désormais aux Etats-Unis.

Parmi les éléments qui les chassent se trouvent les rémunérations trop basses, croit Dan Ben David, professeur à l’université de Tel-Aviv. Il y a aussi le manque de laboratoires.

Selon le quotidien hébreu Yadiot Ahranot, pour deux raisons, des savants et des académiciens bien connus quittent le pays pour aller s’installer aux Etats-Unis. La première, c’est qu’Israël ne peut plus faire contrepoids face au billet vert américain. La deuxième réside dans la situation de sécurité tendue à longueur de temps. Et Israël, qui ne veut perdre aucun élément de sa population, voit dans cette émigration un échec de sa politique consistant à attirer vers elle les Juifs du monde, et non le contraire. C’est un vrai danger démographique, surtout face à la croissance des habitants palestiniens.

Nombreux sont ceux qui croient qu’Israël sera bientôt perdante, démographiquement parlant. Bientôt, les Palestiniens seront majoritaires. La tendance est bien claire pour le chercheur démographique israélien Sérjo Do La Birgola : « Avant la fin de l’actuelle décennie, les Juifs seront minoritaires dans les territoires comprenant Israël, la Cisjordanie et la bande de Gaza ».

Les Juifs d’entre la Méditerranée et le fleuve du Jourdain sont très faiblement majoritaires, ajoute-t-il.

Il est important de noter que le mouvement sioniste, à son départ, voyait que les grands problèmes des Juifs sont l’intégration dans les grandes sociétés, les crises économiques et les oppresseurs qui les frappent. Il croyait que la solution se trouvait dans le rassemblement en un seul lieu. Mais soixante ans après la création d’Israël, ce rêve reste inachevé ; deux tiers des Juifs du monde vivent encore à l’extérieur d’elle.

Par ailleurs, la tendance religieuse ne marque pas uniquement "Israël". Les nouveaux conservateurs des Etats-Unis s’attachent, pour leur part, au patrimoine judéo-chrétien. Et chez nous, en Palestine, nous avons le Hamas et le Djihad Islamique. Au Liban, il y a le Hezbollah. Et partout dans le monde arabe, le mouvement des Frères musulmans s’étend. Et dans beaucoup de pays musulmans, les fondamentalistes islamiques ne sont pas peu nombreux. Partout dans le monde, les mouvements qui mélangent la politique et la religion ne cessent de s’accroître en nombre. Et monsieur George Bush ne fait que mettre de l’huile sur le feu avec sa politique.

Revenons à Israël où le fondamentalisme extrémiste n’est plus qu’un mur. Il divise les Juifs entre eux et fait barrage face aux Palestiniens et aux Arabes. Mais ce qui est plus dangereux, c’est que s’est ratée la volonté de rassembler les Juifs autour de notions comme la citoyenneté, l’égalité, la démocratie, la diversité dont la diversité religieuse, les intérêts économiques, culturels, historiques... Pour se rassembler, les Israéliens n’ont plus que l’animosité avec les Palestiniens et tous les Arabes. La démographie était et restera alors un élément très important pour tout règlement entre les Palestiniens et Israéliens.

26 mai 2008 - Centre palestinien d’informations - Article résumé et traduit par le CPI


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