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Les guerres de Bush pour le pétrole : l’Irak

mardi 8 avril 2008 - 06h:45

Hocine Malti - Algeria-Watch

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Cette seconde partie traite de la politique américaine concernant les ressources pétrolières irakiennes.

Première partie : Les guerres de Bush pour le pétrole : l’Afghanistan
Troisième partie : Les guerres de Bush pour le pétrole : l’Asie Centrale

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Chair à canon pour projets impérialistes ... Et à quel coût pour le peuple irakien ?

La guerre en Irak puis son envahissement par l’armée américaine avait pour motif officiel la recherche d’armes de destruction massive que Saddam Hussein était censé posséder ; on se souvient de la prestation ridicule de Colin Powell, secrétaire d’Etat, devant le Conseil de sécurité des Nations Unis, expliquant à la planète entière comment les "chercheurs" irakiens préparaient ces armes à l’intérieur de cabines ressemblant à des camping cars. Depuis tout le monde a compris que la véritable motivation américaine était de s’emparer des immenses richesses pétrolières du pays.

A la veille de l’invasion de l’Irak, plus de la moitié du pétrole brut consommé aux Etats-Unis provenait de l’exportation ; c’était une situation insoutenable selon les termes de la doctrine pétrolière de George W. Bush, telle qu’élaborée par le NEPD group. Les néo cons de la Maison Blanche avaient décrété, bien avant l’élection de novembre 2000, que l’Irak avec ses 10 000 à 30 000 milliards de dollars de réserves pétrolières était vital pour les intérêts nationaux sécuritaires des Etats-Unis. Dans le chapitre ayant pour titre "Rebuilding America’s Defence", contenu dans le programme qu’ils avaient préparé en vue de la conquête de la Maison Blanche (The project for a new American century), ils annonçaient qu’ils s’attacheraient, une fois arrivés au pouvoir, à sécuriser et à étendre l’influence américaine au monde entier ; dans le cas particulier de l’Irak et de la Corée du Nord, leur but était de détrôner les dirigeants de ces deux pays.

Ils savaient par avance que la mise en application d’un tel programme coûterait extrêmement cher, entraînerait des guerres et risquait de ne pas être avalisé par le peuple américain ; il fallait donc, disaient-ils, "pour changer les mentalités aux USA et vaincre les résistances éventuelles, que le pays subisse un nouveau Pearl Harbour !"

Dans ses mémoires "The price of loyalty" (Le prix de la loyauté), Paul O’Neil, secrétaire au Trésor au moment des faits, rapporte que lors de la première réunion du Conseil national de sécurité, tenue le 30 janvier 2001, soit une dizaine de jours après l’arrivée de George W. Bush à la Maison Blanche, Donald Rumsfeld, secrétaire à la défense, déclarait : « Nous devons laisser tomber la politique de Clinton sur Israël et la Palestine et aller chercher Saddam ». Cette recommandation fut transmise au groupe du NEPD qui décida alors qu’augmenter la part des Etats-Unis dans la production et la commercialisation du brut dans le monde devrait être la principale préoccupation de la politique énergétique américaine au plan international, la recherche d’alternatives au pétrole ou la conservation d’énergie ne venant qu’en deuxième ou troisième position.

Il était dit dans le rapport établi par ce groupe que "le but principal de l’administration serait de convaincre, voire obliger les états de la région [le Moyen Orient] d’ouvrir leurs zones pétrolifères à l’investissement étranger et remplacer le contrôle national, c’est-à-dire celui de l’OPEP, par le pouvoir de décision des multinationales soumises au contrôle de l’Amérique et sensibles aux intérêts de l’Occident".

Les choses allaient devenir encore plus claires suite à la plus grande collaboration qui s’instaura alors entre le NSC (National Security Council) et le NEPD et à la fusion de leurs objectifs respectifs ; ainsi, "revoir la politique opérationnelle à adopter envers les états voyous", des uns (le NSC), devint "les actions à mener pour capturer des champs de pétrole et gaz existants ou à découvrir", des autres (le NEPD). C’est toujours Paul O’Neil qui nous dit cela dans ses mémoires, lui qui a été membre des deux groupes ; il nous rapporte aussi qu’en mars 2001, les plans pour envahir et occuper l’Irak étaient déjà prêts et qu’il y était prévu, la prise en mains des champs pétroliers, l’installation de forces de "maintien de la paix" et la création de tribunaux pour juger les crimes de guerre.
De son côté Alan Greenspan, ex président de la Réserve fédérale, nous dit dans ses mémoires "The age of turbulence" (L’âge de la turbulence) : « Je suis atterré de constater qu’il est politiquement incorrect d’admettre ce que tout le monde sait, à savoir que la guerre en Irak a pour raison essentielle le pétrole ». Il explique clairement « qu’à partir du moment où l’ex-allié Saddam Hussein était devenu un ennemi, il fallait l’enlever pour que la source du pétrole irakien ne reste plus entre ses mains et soit transférée aux forces du marché », c’est-à-dire les multinationales. Tout comme les membres du NEPD Group, Alan Greenspan pensait qu’il fallait soustraire le pétrole au contrôle de Saddam, mais aussi à celui de tout gouvernement irakien ; ainsi disait-il, « on empêcherait une OPEP affaiblie d’exercer une pression quelconque sur les Etats-Unis ». La vision des néo cons de la Maison Blanche allait d’ailleurs au-delà, puisque pour eux l’Irak ne représentait qu’une première étape, le but ultime étant l’Iran. Leur mot d’ordre de l’époque était "Everyone wants to go to Baghdad. Real men want to go to Tehran"(Tout le monde veut aller à Bagdad. Les vrais hommes veulent aller à Téhéran).

Mais revenons encore une fois aux mémoires de Paul O’Neil, qui nous rapporte que le point n° 1 de l’ordre du jour de la première réunion du NSC, tenue le 30 janvier 2001, soit quelques jours après l’arrivée de George W. Bush à la Maison Blanche, était l’Irak. La réunion suivante, tenue le 1er février 2001, ne portait elle que sur l’Irak. Parmi les documents remis aux membres du NSC, figurait une étude de la DIA (Defence Intelligence Agency) qui listait les champs de pétrole et de gaz irakiens avec leurs caractéristiques, qui indiquait quelles seraient les compagnies pétrolières américaines candidates à la prise en mains de ces champs, ainsi que les blocs d’exploration à attribuer avec des propositions quant aux éventuels attributaires.
Un autre témoignage nous est fourni par Falah Al Jaboury, un consultant pétrolier ayant la double nationalité américaine et irakienne et qui avait déjà servi de contact avec Saddam Hussein, du temps de la présidence de Ronald Reagan ; il nous dit comment pendant que Colin Powell cherchait à nous convaincre que la guerre qui se profilait contre l’Irak avait pour unique but la recherche d’armes de destruction massive, le Département d’Etat était en possession d’un plan pour le pétrole irakien, établi par les "majors" pétroliers, avec l’assistance de l’université Rice au Texas, qui prévoyait de maintenir en l’état la compagnie nationale des pétroles INOC, mais d’y nommer des managers acquis aux thèses américaines, avant de l’ouvrir à la privatisation.

De son côté, la BBC a diffusé le plan secret du Pentagone, établi avant la guerre, qui consistait à vendre tous les gisements pétroliers irakiens aux multinationales et à augmenter la production de tous les champs nettement au-delà du quota arrêté par l’OPEP, de manière à affaiblir puis détruire cette organisation.

La revue spécialisée Oil & Gas International révélait, dans une parution d’octobre 2002, sa version des plans pétroliers de George W. Bush pour l’Irak, en 3 points :

a/ - Comment réhabiliter l’industrie pétrolière irakienne et comment augmenter l’exportation de pétrole pour couvrir le coût de l’occupation militaire du pays ;

b/ - Fallait-il revoir la participation de l’Irak à l’OPEP ?

c/ - Fallait-il ou non honorer les contrats attribués par Saddam Hussein à des compagnies pétrolières non américaines ?

Rappelons enfin comment l’armée américaine, une fois entrée dans Bagdad, avait laissé faire des bandes de casseurs qui avaient envahi tous les bâtiments publics, y avaient dérobé tous les objets de valeur et y avaient souvent mis le feu ; il n’est pas jusqu’aux musées qui n’ont été laissé à l’abandon et d’où ont disparu des trésors de l’humanité, dont certains ont été ensuite retrouvés aux Etats-Unis. Un seul bâtiment a échappé à ce genre de razzia, le ministère des pétroles qui a été gardé comme une véritable forteresse.

Mais là n’est pas la fin de l’histoire. S’accaparer des immenses richesses pétrolières de l’Irak continue d’être l’unique objectif de l’administration américaine et des Républicains en particulier. N’a-t-on pas entendu John Mc Cain déclarer que, si nécessaire, l’armée américaine resterait encore mille ans en Irak ?

La privatisation de l’entreprise nationale des pétroles n’a cependant pas abouti en raison de l’opposition d’une partie du clergé chiite et de la résistance irakienne. C’est à partir du moment où ont commencé à circuler les rumeurs de privatisation que celle-ci a déclenché des opérations de sabotage des installations pétrolières, des pipelines en particulier. Un seul a échappé à la vague de dynamitage, c’est l’oléoduc qui évacue le pétrole de la région de Kirkouk, au nord de l’Irak vers le terminal de Ceyhan en Turquie. Ce n’est pas par hasard que ce pipeline a d’emblée été ultra sécurisé ; l’administration américaine tenait à favoriser, par ce geste, le pouvoir en place au Kurdistan pour la loyauté et le soutien qu’il lui avait exprimés depuis longtemps. L’idée derrière ce calcul était de provoquer la guerre civile dans le pays, voire la scission en trois zones autonomes, (nord, sud et centre), car il était prévu que chacune de ces zones collecterait à son seul bénéfice les revenus engrangés par les richesses pétrolières qu’elle recèle. Sachant que le pétrole se trouve essentiellement au nord et au sud de l’Irak, que la région de Bassorah est restée relativement calme depuis le début du conflit, c’était aussi là une manière de sanctionner la région centre, celle qui avait détenu le pouvoir du temps de Saddam Hussein. Ce calcul a failli réussir car il correspondait, dans une certaine mesure, au ressentiment éprouvé par les populations du nord et du sud, vis-à-vis de leurs concitoyens du centre du pays.

C’est finalement grâce à la sagesse et à la clairvoyance de certains députés - il en existe encore, ce qui n’est pas le cas des parlementaires et du président algériens qui ont été sur le point de brader les richesses pétrolières de leur pays en raison, nous avait-on dit, des menaces proférées par les Américains - mais c’est grâce aussi au réflexe patriotique d’une partie du clergé chiite, que le pétrole irakien n’est pas tombé dans l’escarcelle américaine. C’est la nouvelle constitution irakienne, adoptée par référendum en octobre 2005 qui a, en fin de compte, tué l’idée de privatisation, puisque l’article 109 de ce texte dit clairement que les hydrocarbures sont propriété nationale irakienne.

La nouvelle loi sur les hydrocarbures, non encore adoptée par le parlement, confirme également le statut d’entreprise nationale de l’INOC et que les revenus du secteur pétrolier doivent être répartis entre les différentes régions du pays, au prorata de la population de chacune. Les Américains ont néanmoins réussi à faire nommer à tous les postes de responsabilité de la compagnie nationale des hommes qui leur sont totalement acquis, tout comme ils ont réussi à inclure dans cette loi des dispositions qui garantissent aux compagnies pétrolières américaines des profits exceptionnels dans les gisements sur lesquels elles sont présentes. De même ces compagnies bénéficieront de très gros avantages financiers si elles venaient à investir dans la recherche pétrolière.

Signalons enfin que les Américains n’ont toujours pas renoncé à l’idée d’éclatement de l’Irak, puisque qu’ils soutiennent toute proposition qui va dans ce sens, dans le débat sur le partage du pactole pétrolier qui n’est pas complètement clos.

21 mars 2008 - Algeria-Watch - Vous pouvez consulter l’intégralité de cet article à :
http://www.algeria-watch.org/fr/art...


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