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Un conflit avec l’Iran sonnerait la fin des réformes dans les monarchies arabes

mardi 25 septembre 2007 - 06h:28

Philippe Mischkowsky - Le Courrier international

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Le chef de l’opposition chiite du Bahreïn, Ali Salman, se félicite que la France cherche à renforcer sa présence dans les pétromonarchies. Mais, selon lui, un alignement de Paris sur les positions américaines risquerait d’anéantir son prestige dans la région.

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Ali Salman (AFP)

Ali Salman est le chef du Wifaq, principale organisation représentative de la majortité chiite de Bahreïn, qui regroupe aussi bien des technocrates pro-occidentaux que d’authentiques intégristes religieux. Lui-même modéré, il est la principale figure de l’opposition chiite dans ce pays gouverné par une dynastie sunnite. Il était de passage à Paris ces derniers jours pour y rencontrer des officiels, des représentants religieux et des spécialistes de la région. Le voyage a été organisé par le ministère des Affaires étrangères français.

Ali Salman se félicite de ce genre d’initiatives. "Traditionnellement, la France ne s’intéresse pas au Golfe et c’est depuis quelques années seulement qu’elle cherche à y étendre son influence. Jusqu’alors, cela passait exclusivement par des contrats d’armement, notamment avec le Qatar. Or, depuis peu, elle souhaite également toucher la population, à travers notamment la création de succursales de la Sorbonne et du Louvre dans les Emirats arabes unis. A Bahreïn également, elle a commencé à organiser un certain nombre d’activités culturelles."

Quel rôle, selon lui, devrait jouer la France dans la région ? "Le principal atout de la France réside dans le fait qu’elle n’est pas alignée sur les positions américaines. Depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy à la présidence, on est un peu dans l’expectative, pour voir comment la diplomatie française évoluera concrètement." Et les récentes déclarations de Bernard Kouchner sur l’éventualité d’une guerre contre l’Iran ? "Il paraît qu’il s’agissait d’une erreur malencontreuse", balaie-t-il.

Il faut dire que la communauté chiite de Bahreïn - très largement majoritaire dans la population, mais jusqu’à aujourd’hui marginalisée dans l’appareil de l’Etat - est soupçonnée par certains représentants du régime d’être une cinquième colonne de l’Iran. Le fait que Téhéran n’ait jamais totalement renoncé à ses prétentions d’annexer Bahreïn n’arrange pas les choses. Cette île de 700 km2, peuplée de moins de 1 million d’habitants et largement dépourvue de richesses pétrolières, ne manquerait pas de faire les frais d’une montée des tensions régionales.

Ali Salman, qui a fait des études religieuses en Iran - à Qom, l’université dont est issue une grande partie du clergé iranien -, se ferait-il l’avocat des intérêts de Téhéran ? Il s’en défend. "Après la révolution de 1979, le régime iranien cherchait à étendre son influence en s’appuyant sur les communautés chiites des pays du Golfe. Cela a bien changé. Aujourd’hui, il a plus intérêt à avoir de bonnes relations avec les régimes. Ces régimes sont tous sunnites et, malgré cela, ils sont eux aussi très préoccupés par la perspective d’une nouvelle guerre dans la région. Nous avons connu trop de guerres. Une nouvelle source de tensions créerait tout simplement un climat peu propice aux réformes. C’est après la libération du Koweït, en 1991, que les choses ont commencé à bouger dans nos pays. Cela ne peut se faire que dans un climat apaisé. Cela dépend aussi beaucoup de l’issue de la crise irakienne : une aggravation continue signifierait la fin de toutes les expériences d’ouverture politique dans le monde arabe."

Il y a tout juste un an, il avait conduit l’opposition à une victoire éclatante aux élections législatives de Bahreïn. Cela avait été considéré comme un pas majeur sur la voie des réformes démocratiques engagées par le roi depuis son arrivée sur le trône, en 1999. On ne parle plus désormais de "l’Intifada chiite" des années 1990, un soulèvement populaire qui fit des dizaines de morts et dont le souvenir continue de hanter les mémoires et de nourrir les tensions. Ali Salman continue à revendiquer ce choix de la participation politique, bien qu’il soit tenu à l’écart du gouvernement et que la population puisse à nouveau perdre patience face aux obstacles mis par la famille royale devant une participation effective au pouvoir.

La France, qui se targue d’être le pays des droits de l’homme, a-t-elle joué un rôle pour faire avancer les choses ? "La présence française dans le Golfe est encore trop faible pour cela. L’Union européenne joue un certain rôle, mais, de manière générale, les pressions des Etats étrangers sont problématiques et les réformes se font surtout en raison des pressions intérieures. Ce sont les organisations internationales - surtout américaines - des droits de l’homme qui nous aident. J’ai été plusieurs fois invité par la fondation Carnegie", fondation américaine qui promeut la démocratie au Moyen-Orient, explique-t-il.


A propos de l’Iran :

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Philippe Mischkowsky - Le Courrier international, le 24 septembre 2007


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