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Embuscade contre Jeremy Corbyn

vendredi 29 juillet 2016 - 18h:34

Mahmoud Zidan

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L’antisémitisme est un grave problème qui devrait être combattu partout dans le monde. Toutefois, il ne devrait pas être utilisé comme paravent pour étouffer toute opposition à l’oppression.

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Jeremy Corbyn, premier dirigeant du Parti travailliste

Les défenseurs des droits de l’homme des Palestiniens sont confrontés à de nombreuses attaques, mais l’une des plus formidables est l’accusation d’antisémitisme. Les sionistes ont toujours réussi à faire croire au monde entier leur version fabriquée de l’histoire et le mythe que la critique de l’état d’Israël est synonyme d’antisémitisme. Leur affirmation repose sur la notion qu’Israël est un pays juif qui parle au nom de tous les juifs et fut créé en raison de l’Holocauste ; toutes ces affirmations sont des travestissements de l’histoire mais font partie intégrante de la stratégie sioniste.

La semaine dernière, Jeremy Corbyn, le dirigeant du parti travailliste britannique s’est trouvé mis en cause par l’une des stratégies des sionistes. La déclaration qu’il a faite lors de la conférence de presse annonçant le résultat de l’enquête sur l’antisémitisme au sein du parti travailliste a soulevé un énorme tollé. Le motif, une des phrases qu’il a prononcées.

La phrase, qui a enragé plusieurs sionistes, disait : « Nos amis juifs ne sont pas plus responsables des actes de l’état d’Israël ou du gouvernement Netanyahou que nos amis musulmans ne le sont de ceux des divers états et organisations prétendument islamiques. » Les sionistes et leurs sympathisants se sont plaints que M. Corbyn ait comparé l’état d’Israël au soi-disant état islamique, Daesh. Pour eux une telle comparaison est injuste en dépit des similitudes entre les deux, parmi lesquelles celle de théocraties exclusives, de crimes contre l’humanité, et ainsi de suite. Plus important encore, la fixation qu’ils ont faite sur la phrase de M. Corbyn a éclipsé le rapport lui-même.

Le rapport de 41 pages, rédigé par Shami Chakrabarti, concluait qu’il y avait eu de « malheureux incidents » d’antisémitisme dans les rangs du parti. Shami Chakrabarti recommanda que « les membres du parti s’abstiennent de faire usage de métaphores faisant référence à Hitler, aux nazis et à l’Holocauste, évitent les déformations et les comparaisons dans les débats sur la question israélo-palestinienne notamment. » Très peu de personnes n’ont mis en cause cette recommandation en dépit de son caractère insidieux.

Insidieux, parce qu’elle légitime les limites à ce qui peut être comparé et par conséquent, à ce qui peut ou ne peut être dit, bafouant ainsi un droit de l’homme élémentaire, à savoir la liberté d’expression responsable et dressant des obstacles à la divulgation de la vérité. Elle criminalise également le fait de critiquer des régimes oppressifs et d’établir des comparaisons entre eux.

Il est intéressant de noter que cette recommandation va à l’encontre d’une tradition d’antisionistes juifs, qui soulignent, à juste titre, l’idée que l’Holocauste, et toute forme de pogromes d’ailleurs, ne devraient jamais se reproduire. Au cours de l’assaut contre Gaza en 2014, 327 survivants de l’Holocauste et descendants de survivants ont cosigné une lettre dans laquelle ils font des comparaisons que le rapport du parti travailliste recommande de s’abstenir de faire.

Faisant clairement référence à l’Holocauste, la lettre affirme : « Le génocide débute avec le silence du monde … Nous sommes très inquiets de la déshumanisation raciste extrême des Palestiniens dans la société israélienne, qui a atteint un paroxysme. En Israël, les hommes et femmes politiques et les experts ont dans le The Times of Israel et The Jerusalem Post ouvertement appelé au génocide des Palestiniens, et des Israéliens de droite se mettent à arborer des insignes néonazies. » (Soit dit en passant, les auteurs étaient critiques d’un partisan sioniste d’Israël de premier plan, à savoir, Elie Wiesel, décédé samedi dernier.) Si les signataires étaient membres du parti travailliste, ils risqueraient la suspension immédiate voire plus en raison des comparaisons qu’ils établissent.

Par conséquent, le rapport, ainsi que ses recommandations, ne combat pas forcément l’antisémitisme ni ne représente les véritables voix des opposants de l’antisémitisme. Il a plutôt pour objectif de faire taire ceux qui disent la vérité, tandis qu’on force le parti travailliste à régresser au rôle de faire-valoir du sionisme. Comme d’autres formes de racisme – qui devraient être combattues sans relâche – l’antisémitisme est réducteur, bestialise, fabrique des monstres infantilise, et sexualise. Malheureusement, le rapport ne s’attarde pas sur les complexités de l’antisémitisme. Au lieu de cela, il se fait quasiment le porte-parole des sionistes, les derniers à qui l’on devrait avoir recours afin de vaincre l’antisémitisme.

De fait, de nombreux experts – dont certains sont des juifs qualifiés par les sionistes de juifs « se haïssant eux-mêmes » – argumentent de façon très convaincante qu’historiquement le sionisme repose sur l’antisémitisme. Dans un article intitulé « The Last of the Semites, » (Le dernier des sémites) Joseph Massad affirme que le sionisme a réalisé le rêve antisémite : expulser les juifs d’Europe. Il ajoute que le sionisme était de connivence avec les régimes nazi et antisémites.

Theodore Herzl, le « père » du sionisme, était lui-même antisémite et se sentait supérieur aux juifs allemands qui parlaient le Yiddish et qui refusaient de s’intégrer à la société allemande. Plus monstrueux encore, il rendit les juifs responsables de l’antisémitisme en suggérant que c’était leur présence même en Europe qui était la cause de l’antisémitisme.

Il comptait en outre sur l’aide de pays antisémites. Dans Der Judenstaat, il écrit, « Les gouvernements de tous les pays frappés par le fléau de l’antisémitisme auront forte envie de nous aider à obtenir [la] souveraineté que nous voulons. » Dans son journal intime, il prédit que « Les antisémites vont devenir nos amis les plus fiables, les pays antisémites nos alliés. »

Conformément à la vision de Herzl, les sionistes ont démarché Lord Arthur Balfour, antisémite lui-même, qui a donné son nom à la Déclaration Balfour. L’une des raisons principales qui l’a incité à signer cette déclaration était son désir de mettre un coup d’arrêt à l’immigration juive au Royaume Uni. Par ailleurs, en signant un accord avec le gouvernement nazi les sionistes ont rompu le boycott des nazis qui avait été lancé par des juifs américains et britanniques en 1933.

Dans son principe, la justification de l’établissement d’un état exclusivement juif reproduit la logique des antisémites. Norman G. Finkelstein, fils de survivants de l’Holocauste, explique, « L’argument sioniste en faveur d’un état juif vaut l’argument antisémite pour un état ethnique qui marginalise les juifs. » Dans son livre Precarious Life, l’intellectuelle juive Judith Butler réagit à l’affirmation qu’Israël est un état juif en disant : « L’argument selon lequel tous les juifs ont un sincère intérêt dans l’état d’Israël est tout simplement faux, » énumérant différentes sources d’identifications pour les juifs autres que l’état d’Israël. En d’autres termes, les juifs et la question juive au demeurant ne se réduisent pas à Israël.

Donc quel est le message des sionistes lorsqu’ils invoquent l’antisémitisme en réponse à tout point de vue critique de l’état d’Israël ? “Zionism, Anti-Semitism and Colonialism” de Massad suggère que « l’antisémitisme dans le discours israélien n’est rien d’autre que de l’enfumage pour pouvoir poursuivre la colonisation juive de la Palestine. »

L’antisémitisme est un grave problème qui devrait être combattu partout dans le monde. Toutefois, il ne devrait pas être utilisé comme paravent pour étouffer toute opposition à l’oppression. Au contraire, il devrait contribuer à remédier à la situation critique dans laquelle se trouve le monde actuellement, dont l’atmosphère culturelle et politique abominable de Occident, qui baigne dans le racisme et la xénophobie, notamment après la décision des Britanniques de quitter l’Union Européenne. Combattre le véritable antisémitisme signifie nécessairement combattre toute forme de racisme y compris l’islamophobie et le racisme contre les Palestiniens. Il implique également d’isoler les Trump, Farage, Jhonson, Gove, Breivik, Fico, Le Pen, etc...

Faisant des observations sur la phrase de M. Corbyn, le journaliste de Haaretz, Alan Johnson, critiqua le parti travailliste pour avoir « laissé passer un moment instructif important. » En fait, ce « moment instructif » devrait nous enseigner l’inverse. Utilisant des prétextes fallacieux, les sionistes, leurs partisans, et les racistes pourraient réussir à mettre un terme à la carrière politique de M. Corbyn, mais ils ne réussiront pas à faire disparaître ses idées – telles que son soutien à la Palestine – et ne réussiront pas à empêcher que la vérité soit dite. Ce « moment instructif » donc nous donne cette leçon à retenir : Peines du sionisme perdues.

* Le professeur Mahmoud Zidan vit en Jordanie. Cet article est une contribution à PalestineChronicle.com.

Du même auteur :

- La volonté invincible de Mohammed al-Qeeq - 15 mars 2016

5 juillet 2016 - The Palestine Chronicle - Traduction : Info-Palestine.eu - MJB


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