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Égypte : un tortionnaire notoire à la tête de l’enquête sur le meurtre de Giulio Regeni

samedi 13 février 2016 - 15h:03

Giuseppe Acconcia

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Selon Masry al-Youm, le téléphone de Giulio était sous écoute. Le journal égyptien pro-gouvernemental accrédite la piste d’un enlèvement planifié, et non pas d’une arrestation dans le cadre d’une opération répressive à grande échelle.

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Dépôt de fleurs devant l’ambassade d’Italie au Caire, à la mémoire de Giulio Regeni, torturé à mort par la police de la dictature - Photo : EPA

Dans le cas de Giuilio Regeni, tout est faux, injuste et tragique. Chaque nouvelle pourrait confondre, tromper et brouiller les cartes. Mais une chose est certaine : la seule voix en Égypte qui s’est levée jusqu’à présent pour confirmer les tortures que le jeune doctorant italien a subies, est Ahmed Nagy, la tête de la police de Gizeh.

Mais d’un autre côté, le responsable de la police chargé de l’enquête et qui suit l’affaire, Khaled Shalaby - c’est -à-dire l’officier qui avait voulu faire passer l’assassinat de Giulio Regeni pour un accident de voiture - avait été condamné pour tortures, par la cour d’Alexandrie en première instance en 2003, selon les militants Mona Seif et Ahmed Ragab.

Ainsi une ombre menaçante tombe sur toutes les enquêtes ainsi que sur l’efficacité du partenariat que les autorités égyptiennes peuvent fournir à l’équipe d’enquête du Ros (Raggruppamento Operativo Speciale) qui est arrivé en Égypte il y a quelques jours.

Dans la ville côtière elle-même, les cas d’enlèvements et de tortures ont augmenté de façon incroyable. En l’espace de quelques jours, pas moins d’une vingtaine de cas de disparitions se sont produits, selon le site indépendant Mada Masr citant le Centre arabe africain des droits de l’homme.

Les enquêteurs italiens au Caire ne peuvent guère avancer. « Le cas Julius Regeni est déjà enterré », murmure-t-on dans les milieux de l’opposition. Et n’en parlez pas trop, il faut tout couvrir et tout interrompre... Hier l’ambassadeur égyptien à Rome, Amr Helmy, avait nié toute accusation d’une arrestation par la police, ajoutant que les autorités égyptiennes ne sont pas si « naïves » au point de tuer un jeune italien et de jeter son corps à la rue le jour même de la visite de la ministre Guidi au Caire.

Quand Giulio a été retrouvé mort le 3 février, c’était au moment où dans la capitale égyptienne se trouvait une mission économique italienne, immédiatement interrompue. Cependant, il n’y a jusqu’à présent pas de signe concret du côté italien, que l’affaire aura un effet notable sur les relations bilatérales avec le Caire.

Les enquêteurs du Ros ont pu seulement réfuter la piste du crime crapuleux, et le fait que lors de la réunion il y a quelque temps à laquelle avait pris part Giulio Regeni - au Centre de services pour les travailleurs et les syndicats (CTUWS), comme indiqué dans son rapport publié par Il Manifesto - étaient également présents des éléments liés aux services de renseignement égyptiens. Mais il ne suffit pas d’une seule réunion pour réfuter l’infiltration de l’appareil de sécurité de l’État à l’intérieur des syndicats indépendants.

Au lieu de cela, il est confirmé par le journal pro-gouvernemental Masry al-Youm que le téléphone resté introuvable de Giulio était sous écoute. Les enquêteurs égyptiens ont pu écouter les appels vocaux du jeune homme, datés d’avant le 25 janvier. Selon le journal, 37 personnes ont déjà été arrêtés sur des soupçons d’assassinat.

Le même journal avait publié hier des informations disant que Giulio avait été enlevé près de son domicile dans Doqqi, où, pour la dernière fois son téléphone s’était raccordé au réseau, et non à Bab el-Louk au centre du Caire. Cette circonstance est difficile à confirmer, car à ce moment-là, à la veille du cinquième anniversaire du soulèvement de 2011, près de 5000 habitations ont été perquisitionnées et des dizaines de personnes ont été enlevées de chez elles et emprisonnées.

Selon Al Youm, Giulio Regeni a été torturé et tué dans un appartement du centre-ville. Cependant, ces nouvelles à répétition semblent une autre tentative d’accréditer la piste d’une arrestation ciblée, et d’écarter dans le même temps l’hypothèse d’une arrestation sommaire au sein d’une foule. Toutes ces allégations restent à vérifier.

Il semble d’une façon générale que ces rapports de presse veulent éloigner le jeune italien de la place Tahrir - comme cela a été fait en jetant son cadavre à Gizeh - et à exclure la possibilité d’une arrestation sommaire en donnant du crédit à la piste d’un enlèvement prémédité.

Lire également :

- Égypte : la seconde vie des syndicats indépendants - 8 février 2016
- Giulio Regeni, étudiant italien, a-t-il été torturé à mort par la police égyptienne ? - 5 février 2016

11 février 2016 - Il Manifesto - Vous pouvez consulter cet article à :
http://ilmanifesto.info/giza-capo-d...
Traduction de l’italien : Info-Palestine.eu


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