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Les dirigeants israéliens voient les attentats de Paris comme une opportunité pour justifier leurs atrocités contre les Palestiniens

jeudi 19 novembre 2015 - 14h:41

Rania Khalek

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Depuis qu’un commando de l’État islamique a massacré près de 130 personnes dans une série d’attaques à travers Paris, vendredi 13 novembre, les dirigeants israéliens se sont empressés d’exploiter le carnage pour justifier leur violence contre les Palestiniens.

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Décombres d’un bâtiment détruit dans la ville la bande de Gaza à Rafah - 18 janvier 2009 - Photo : Hatem Omar/MaanImages

Le pire était Dov Lior, un colon israélien de premier plan et un rabbin, qui a célébré les attaques comme un châtiment approprié pour l’Holocauste.

« Les méchants dans l’Europe ensanglantée méritent pour ce qu’ils ont fait à notre peuple il y a 70 ans », a déclaré Lior.

Alors que l’attaque était toujours en cours, le journaliste israélien Dan Margalit se moquait des victimes en faisant référence à la décision de l’Union européenne d’étiqueter les produits provenant des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée.

« Pour sauver des vies, nous devrions envoyer une aide médicale et alimentaire à partir des colonies pour les victimes de la terreur arabe à Paris. Et nous devrions leur fournir des services d’hébergement et de réadaptation à Ariel », a tweeté Margalit, faisant référence à l’une des principales colonies [en territoire palestinien].

Pendant ce temps, certains médias israéliens ont tenté de lier malhonnêtement les attentats de Paris au mouvement palestinien BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions dont le but est de sanctionner Israël.

Mais d’autres dirigeants israéliens de premier plan, tout fascisants qu’ils soient, évitent d’applaudir ostensiblement aux attaques comme l’a fait Lior, pas plus qu’ils ne se moquent des victimes ou ne blâment la campagne BDS. Au lieu de cela, ils ont utilisé les attentats de Paris comme une occasion de calomnier les Palestiniens, comme ils le font à chaque occasion lors d’attaques majeures dans des pays occidentaux.

Masquer leur terreur colonialiste

Pendant des décennies, Israël a essayé de vendre sa conquête coloniale de la Palestine comme une guerre contre le terrorisme islamique. En effet, la doctrine de la « guerre contre le terrorisme » a depuis longtemps été exploitée par Israël pour justifier les atrocités commises contre les Palestiniens. Mais ce ne fut qu’après 2001 que cette tactique a vraiment été institutionnalisée.

Prenant la parole à l’Université de Bar Ilan en 2008, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu se vantait qu’Israël était « bénéficiaire » des attaques d’Al-Qaïda le 11 septembre 2001 sur le World Trade Center et le Pentagone, [attaques] grâce auxquelles « l’opinion publique américaine a basculé en notre faveur. »

Les dirigeants israéliens espèrent que les attentats de Paris puissent jouer un rôle similaire.

Au lendemain des attaques, Netanyahu, qui a organisé le meurtre de 551 enfants de Gaza au cours de l’été 2014, a publié une déclaration condamnant le « terrorisme islamique militant » pour « le ciblage délibéré et systématique de civils » de Paris à Jérusalem.

« Comme je l’ai dit depuis de nombreuses années, le terrorisme islamique militant attaque nos sociétés parce qu’il veut détruire notre civilisation et nos valeurs », a-t-il dit.

Faisant un amalgame grossier, Netanyahu a dit plus tard devant son cabinet que le meurtre de deux colons en Cisjordanie occupée « quelques heures » avant les attentats de Paris, n’était pas différent des meurtres commis en France.

Depuis le 1er octobre, les forces israéliennes ont assassiné 80 Palestiniens, dont au moins 15 enfants, et dans des dizaines de cas il s’agissait comme l’a dit Amnesty International, d’un « modèle clair » d’exécutions sommaires.

Au moins 12 Israéliens ont été tués par des Palestiniens dans la même période, un résultat prévisible de la violence coloniale rampante d’Israël.

Les dirigeants israéliens vont exploiter toutes les possibilités de dévier les regards de cette réalité, en faisant croire que les Israéliens sont d’innocentes victimes terrorisées par les Palestiniens.

« En Israël, comme en France, le terrorisme est le terrorisme, et debout derrière lui est l’islam radical et son désir de détruire ses victimes, » a déclaré M. Netanyahu dans son discours devant son cabinet. « Le temps est venu pour les pays de condamner le terrorisme contre nous, au même degré qu’ils condamnent le terrorisme partout dans le monde. »

Il a continué à absoudre l’occupation militaire israélienne de toute responsabilité dans l’alimentation de la violence palestinienne, en disant : « Nous ne devons pas oublier que nous ne sommes pas à blâmer pour le terrorisme dirigé contre nous, tout comme les Français ne sont pas à blâmer pour le terrorisme dirigé contre eux. Ce sont les terroristes qui sont à blâmer pour le terrorisme, pas les territoires, pas les colonies et pas autre chose. C’est le désir de nous détruire qui perpétue ce conflit et entraîne l’agression meurtrière contre nous. »

La brutalité d’Israël contre les Palestiniens, qui « ont la même intention meurtrière que celle manifestée à Paris, » est donc justifiée, a fait valoir M. Netanyahu. « Grâce à notre politique agressive contre le terrorisme - pour contrôler le terrain, aller dans les villages, démolir les maisons des terroristes et prendre des mesures préventives contre les infrastructures du terrorisme - avec l’action déterminée de l’IDF [l’armée israélienne] et les services de sécurité pour mener cette politique, nous avons réussi à plusieurs reprises à prévenir et stopper des catastrophes plus graves. »

Fantasme d’une troisième guerre mondiale

Moshe Yaalon, le ministre israélien de la défense, a ouvertement imaginé avec plaisir que les attentats de Paris entraîneraient une érosion des droits de l’homme en Europe.

« Aux États-Unis, jusqu’aux événements du 11 septembre, l’équilibre entre la sécurité et les droits humains était en faveur des droits de l’homme, sur la question par exemple de la mise sur écoute des terroristes potentiels, » a dit Yaalon sur la radio de l’armée ce dimanche.

« En France et dans d’autres pays d’Europe, ce n’est pas encore le cas », a-t-il ajouté. « Les pays en lutte contre le terrorisme n’ont pas d’autre alternative que d’aller dans le sens de la sécurité. Je suppose que nous allons voir un grand nombre de d’étapes [qui vont être franchies] dans les contrôles. Des inspections de passeports, des inspections à l’entrée dans les lieux publics... »

Yaalon a exprimé le désir que l’Europe prenne Israël comme modèle, en disant : « Nous sommes expérimentés dans la lutte contre le terrorisme, nous y sommes habitués. Les démocraties occidentales en Europe auront apparemment besoin d’inclure toutes ces mesures dans leurs pays pour se défendre ».

Les dirigeants israéliens étaient tout aussi optimistes sur le fait que la crise des réfugiés se rendant en Europe entraînerait un décalage vers la droite, en s’appuyant sur le modèle du traitement infligé aux Palestiniens par Israël.

Mais une telle réponse vers la droite pourrait jouer au contraire dans le sens des objectifs de l’État islamique, qui vise à éliminer la « zone grise » de la coexistence entre musulmans [et autres confessions] en Europe en stimulant une réponse belliciste et des mesures de sécurité à l’encontre des musulmans.

L’idée sous-jacente comme cela est indiqué par État islamique dans son média officiel, Dabiq - est que la hausse de la répression en Occident, alimentée par les attaques de l’État islamique, va forcer les musulmans « à vouloir échapper aux persécutions des gouvernements des croisés et des citoyens [de ces pays]. »

Le lundi, Yaalon a redoublé de démagogie, plaçant les attentats de Paris dans le cadre d’une nouvelle guerre mondiale dans laquelle l’islam radical serait l’ennemi de l’Occident éclairé.

« Nous y sommes déjà [dans une troisième guerre mondiale] depuis un certain temps maintenant, » a dit Yaalon sur la radio la Voix d’Israël. « Il y a ceux qui enterrent leurs têtes dans le sable et essayent de définir cela comme un problème social, ou essayent de le définir comme quelque chose d’autre. Ce que nous avons, c’est l’islam djihadiste qui appelle à détruire la culture occidentale. »

État islamique et Israël : des intérêts communs

Si quelqu’un peut se rapporter à ce que le peuple de Paris connait à l’heure actuelle, ce ne sont pas les Israéliens mais plutôt les gens du sud de Beyrouth, les réfugiés palestiniens dans le camp de Yarmouk à Damas, les Syriens, Irakiens et beaucoup plus les musulmans et les arabes qui constituent la majorité des victimes de l’État islamique.

L’État islamique a démontré qu’il est beaucoup plus intéressé à attaquer les adversaires d’Israël, comme le Hezbollah et le Hamas (les deux ont fermement condamné les attentats de Paris) qu’à s’en prendre à Israël.

La veille des attentats de Paris, l’État islamique a effectué un double attentat suicide à Bourj al-Barajneh, un quartier à majorité chiite au sud de Beyrouth, tuant 43 personnes et en blessant plus de 200.

Alors que les médias occidentaux ont à juste titre sympathisé avec les victimes parisiennes de l’État islamique, le quartier résidentiel ciblé à Beyrouth a été réduit à un « bastion du Hezbollah, » le genre de vocabulaire qui légitime efficacement l’idée que l’attaque visait une cible militaire, et envoie le message que les hommes, les femmes et enfants qui ont péri méritaient leur sort.

Certains hommes politiques américains - placés à l’extrême-droite - ont même applaudi l’attaque à Beyrouth parce qu’ils la considéraient comme un coup sévère porté aux Hezbollah.

En fait, les seuls bénéficiaires des attaques de l’État islamique semblent l’État islamique et les faucons en Occident, dont les idéologies presque identiques de « choc des civilisations » se nourrissent l’une l’autre dans ce qui équivaut à une relation symbiotique.

Les faucons, d’Israël jusqu’aux États-Unis, ont besoin de l’État islamique pour justifier d’autant plus le même interventionnisme destructeur que celui qui a donné naissance à un culte fanatique de la mort. Et l’État islamique a besoin d’une droite militariste occidentale pour justifier sa propagande contre les « croisés anti-musulmans ».

Pendant ce temps, Israël est de connivence avec l’extrême-droite européenne pour capitaliser sur la catastrophe.

Le gouvernement de droite de Hongrie, tristement célèbre pour sa cruauté sectaire envers les réfugiés, s’active à mettre en oeuvre des « solutions israéliennes » pour assurer sa propre « pureté démographique ».

Le lundi, Netanyahu a rencontré Peter Szijjarto, le ministre hongrois des Affaires étrangères, pour discuter « des besoins de sécurité de leurs pays respectifs » qui, selon un communiqué du gouvernement israélien, incluent les « grands défis » posés par « la migration massive du Moyen-Orient dans le cœur de l’Europe. » Szijjarto a accusé ce phénomène migratoire d’être à l’origine des attentats de Paris.

* Rania Khalek est journaliste indépendante et reporter.

De la même auteure :

- Les leaders israéliens se réjouissent de la cruauté européenne envers les réfugiés - 26 septembre 2015
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- L’Etat israélien est dans le peloton de tête des tueurs en série ! - 4 juillet 2015
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17 novembre 2015 - The Electronic Intifada - Vous pouvez consulter cet article à :
https://electronicintifada.net/blog...
Traduction : Info-Palestine.eu - Lotfallah


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