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Après les attentats de Beyrouth, la résistance libanaise promet « une longue guerre » contre l’EI

mardi 17 novembre 2015 - 07h:50

Robert Fisk

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Le drapeau noir Isis peut être vu dans Tripoli et Saïda, mais l’attaque sur ses anciens antagonistes suggère qu’il est sous pression.

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Funérailles de Hussein Hojeij du parti chiite Amal, tué dans l’explosion - Photo : Reuters

Un avion de ligne russe explosé sur le ciel de Sinaï, et maintenant le massacre de musulmans chiites du Hezbollah [résistance libanaise] à Beyrouth. Il s’agit de la même guerre.

Les attentats-suicide de jeudi soir par Isis au Liban - qui ont causé près de 50 morts et fait plus de 250 blessés - affichent la même sauvagerie, le même souci du détail, la même cible : les ennemis d’Isis qui soutiennent le régime du président Bachar al-Assad en Syrie.

Les Libanais attendaient ces dernières attaques depuis des semaines.

Le Général Abbas Ibrahim, le chef de l’appareil de « Sécurité générale » du Liban, avait déclaré depuis des mois qu’il « luttait contre Isis » - ce qui est parfaitement vrai - et que ses hommes, avec l’armée libanaise, avaient les deux dernières semaines effectué des raids dans des maisons d’islamistes sunnites à Tripoli et autour de Sidon, trouvant des explosifs et au moins un gilet pour un suicide.

Le sinistre drapeau noir d’Isis peut maintenant être vu dans les deux Tripoli [Libye et Liban] et suspendu au-dessus de la rue principale du camp de réfugiés palestiniens d’Ein el-Helwe à Sidon.

Cela ne signifie pas qu’Isis est sur le point de « prendre le contrôle » du Liban. Ni qu’un conflit sectaire est sur le point de submerger la nation qui a subi sa propre guerre civile de 15 ans et qui a pris fin il y a un quart de siècle. Mais la lutte d’Isis contre les Russes, le Hezbollah, les Iraniens, le régime syrien, le régime militaire du président Abdel Fattah al-Sisi en Égypte et les États sunnites du Golfe va consommer des innocents partout dans la région, et peut-être à l’extérieur.

Le propre appareil de sécurité du Liban a pendant des mois tenté de déloger un encerclement d’Isis autour de la ville sunnite de Ersal dans l’extrême nord-est du Liban, à la frontière même avec la Syrie, tandis que le général Ibrahim et ses collègues craignaient qu’Isis ne puisse cibler l’énorme marathon de Beyrouth qui s’est tenu dimanche dernier.

Dans l’espoir d’empêcher une attaque d’Isis sur les touristes en bord de mer, des policiers sur des bicyclettes peuvent être vus le long de la journée et la nuit sur la route de la Corniche, parlant à des jeunes gens à la mine sombre armés de pistolets mal dissimulés dans leurs poches de pantalon.

Mais Isis a décidé de frapper ses vieux ennemis du Hezbollah. Il a frappé la banlieue sud, et avait précédemment presque réussi à détruire l’ambassade iranienne à Beyrouth lorsque deux kamikazes ont essayé de se faire sauter aux portes du complexe hébergeant l’ambassade.

Pourtant, il a fallu des semaines pour planifier l’attaque de jeudi soir, selon les mêmes hommes de la sécurité qui ont essayé de prévenir de tels attentats suicides. Les deux attaquants-suicide en moto doivent avoir circulé de nombreuses fois par les mêmes rues dans le centre du quartier de Bourj al-Barajneh, dans le marché, à proximité de la boulangerie et de l’hôpital administré par le Hezbollah qu’ils ont finalement pris pour cible.

Il est pourtant difficile de traverser les deux points de contrôle de l’armée à Bourj al-Barajneh et les propres barrages de la milice du Hezbollah.

La revendication par Isis de la responsabilité des attentats a été aussi froidement délivrée que celle de l’attentat contre l’avion de ligne russe en Egypte, et le Hezbollah, dont les milliers de combattants se sont battus pour l’armée d’Assad en Syrie - des centaines d’entre eux ont payé cette campagne avec leur vie - a répondu très sombrement. Cette lutte contre Isis et ses acolytes islamistes, a déclaré le Hezbollah, serait « une longue guerre ».

Les hommes politiques libanais ont diffusé le genre de condamnation qui tombent maintenant comme des confettis dans un pays où le parlement se réunit avec les pires difficultés à cause des querelles sectaires, et avec un cabinet qui est incapable de se mettre d’accord sur la collecte des ordures... Où le premier ministre menace constamment de démissionner, et où il n’y a pas de président depuis un an et demi.

Il y avait « des plans pour créer des conflits », a dit un ministre, tristement.

Isis a depuis longtemps prouvé qu’il va directement à la jugulaire, parfois, comme nous le savons, de la façon la plus littérale. Mais les assauts du Hezbollah et maintenant de la Russie ne suggèrent-ils pas qu’Isis est sous une forte pression, même si elle n’est que temporaire ? Peut-être. Mais il est plus sûr de prendre au sérieux les paroles du Hezbollah. Cela va être une longue guerre.

* Robert Fisk est le correspondant du journal The Independent pour le Moyen Orient. Il a écrit de nombreux livres sur cette région dont : La grande guerre pour la civilisation : L’Occident à la conquête du Moyen-Orient.

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13 novembre 2015 - The Independent - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.independent.co.uk/news/w...
Traduction : Info-Palestine.eu


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