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Profil : Edward W. Saïd

vendredi 30 octobre 2015 - 09h:54

Amelia Smith

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Né Palestinien à Jérusalem le 1er novembre 1935 et décédé à New York le 25 septembre 2003, Edward Saïd a été à la fois un intellectuel renommé dans le domaine littéraire (en littérature comparée), de la critique musicale classique et des études historiques, et un militant infatigable et critique de la cause palestinienne.

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Edward Wadi Said

Lors d’une conférence à l’université du Massachusetts à Amherst, en 1997, Edward W. Saïd a fait la déclaration suivante au sujet de l’islam tel qu’il est défini par l’Europe et les États-Unis : « Ce qui est décrit comme l’islam appartient au discours de l’orientalisme : c’est une construction montée de toutes pièces pour attiser des sentiments d’hostilité et d’antipathie contre une partie du monde qui se trouve être d’une importance stratégique pour son pétrole, sa proximité menaçante avec le christianisme et sa redoutable concurrence historique avec l’Occident. »

Ceci fait partie de ce que Saïd a qualifié de « choc de l’ignorance ». Cette vision s’oppose à un principe avancé par des chercheurs tels que Samuel P. Huntington et Bernard Lewis, selon lequel le « choc des civilisations », c’est-à-dire la différence entre la culture orientale et la culture occidentale, est appelé à entraîner des conflits entre les deux régions du monde.

La théorie de Saïd soutient en revanche que l’Occident, par le discours, présente l’Orient comme étant « corrompu », « paresseux » et « monolithique », tout en se décrivant comme étant « supérieur » ou « progressiste », de manière à maintenir la supériorité culturelle et l’impérialisme occidentaux face au monde en voie de développement.

Cette notion d’opposition entre « nous » et « eux » sur la base de la division intellectuelle du monde est l’œuvre de Saïd. C’est une question qu’il soulève dans une grande partie de ses écrits, dont le plus célèbre pourrait cependant être L’Orientalisme, son livre daté de 1978 qui allait plus tard ouvrir la voie à la discipline universitaire des « études postcoloniales ».

Edward W. Saïd est né à Jérusalem sous le mandat britannique, mais a déménagé au Caire avec sa famille pendant la Nakba de 1948, lorsqu’ils sont devenus des réfugiés. Ses premières années d’éducation ont eu lieu dans « des écoles coloniales réservées à l’élite », a-t-il raconté.

Saïd a décrit le Victoria College du Caire comme « une école conçue en réalité pour éduquer ces Arabes et Levantins issus de la classe dirigeante qui allaient prendre le relais après le départ des Britanniques ». Parmi ses camarades de classe figuraient un certain nombre de noms familiers, tels que l’acteur égyptien Omar Sharif et le futur roi Hussein de Jordanie.

Saïd est ensuite parti en Amérique pour poursuivre ses études. Après avoir obtenu sa licence à Princeton et son doctorat à Harvard, il est devenu professeur d’anglais et de littérature comparée à l’université de Columbia, à New York. Tout au long de sa carrière, il a donné des conférences dans plus de 150 universités et écrit des dizaines de livres, dont beaucoup ont été traduits dans plusieurs langues.

Il a rédigé des articles pour le Guardian, le New York Times, Le Monde Diplomatique, Counterpunch, la New Left Review, la London Review of Books, Al-Ahram, Al-Hayat et The Nation, pour lequel il a également écrit des critiques de musique classique. The Nation l’a décrit « l’un des plus éminents universitaires des États-Unis. »

Écrivain et universitaire prolifique, Saïd était également connu pour son engagement en tant qu’activiste politique. En 2013, dans une interview pour MEMO, sa sœur, Jean Saïd Makdisi, a parlé de l’année 1967 comme d’une « année charnière pour Edward ». « Cela a été un tournant pour lui, un tournant qui l’a dirigé vers l’activisme et l’engagement, parce que cela a été une période terrible pour les Arabes en Amérique », a-t-elle raconté, décrivant les médias américains de l’époque comme étant « brutaux et ignorants ».

Saïd a souvent écrit sur les injustices vécues par le peuple palestinien et s’est montré particulièrement critique vis-à-vis des accords d’Oslo signés entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

« Quant au « processus de paix » d’Oslo initié en 1993, ce dernier a tout simplement réemballé l’occupation en proposant une part symbolique de 18 % des terres saisies en 1967 à l’Autorité corrompue de style vichyste d’Arafat, dont le mandat a consisté pour l’essentiel à maintenir l’ordre contre son peuple et à le taxer au nom d’Israël », a-t-il écrit en 2001 dans un article pour la New Left Review.

En 2002, un recueil de ses essais sur le sujet ont été réunis dans le livre The End of the Peace Process : Oslo and After, dans lequel il écrit à propos de l’ancien dirigeant palestinien Yasser Arafat : « L’idée est que la Palestine telle que la voit Arafat est une Palestine qui lui laisse la possibilité de gouverner tout seul à sa guise, ce qui dépend ensuite de ce qu’Israël lui permet de faire. »

Il a décrit les Israéliens et l’Autorité palestinienne comme une « double occupation ».

Son sentiment de rejet s’étendait aux autres dirigeants du monde arabe. « Quels dirigeants sont loués, admirés et considérés comme des modèles ? », s’est-il interrogé dans Oslo and After. « Leur nombre est extrêmement faible. Alors que la moitié de la population arabe est composée aujourd’hui de personnes très jeunes (moins de seize ans), le vide du leadership moral est très grave. »

Il a également critiqué les États arabes pour leurs ventes d’armes, leurs sociétés militaires, le déclin des libertés démocratiques ainsi que les régressions en termes d’éducation et de production agricole.

Saïd a proposée l’idée d’une paix par la coexistence, l’autodétermination et l’égalité entre les Palestiniens et les Israéliens, et estimé que la « paix réelle » viendrait avec un État binational israélo-palestinien. Il a insisté sur le fait que la Palestine ne devait pas être traitée comme une cause nationaliste (sa sœur a ainsi évoqué une mentalité suivant le principe de « ceci est à moi et je veux le reprendre ») : il pensait plutôt que tous les endroits et toutes les personnes touchés par les injustices devaient être englobés.

Saïd est mort en 2003 d’une leucémie, à l’âge de 67 ans. Douze ans après sa mort, son œuvre et ses opinions restent intemporelles.

Lire également :

- Edward Saïd et la solution à un seul état - 19 octobre 2014
- Oslo : le jour d’après - 26 septembre 2013
- L’Orientalisme américain après Edward Saïd - 3 décembre 2011
- Edward W. Said : « La Question de Palestine » - 31 juillet 2010
- La solution à un Seul Etat - 26 février 2009

25 septembre 2015 - Middle East Monitor - Vous pouvez consulter cet article à :
https://www.middleeastmonitor.com/r...
Traduction : Info-Palestine.eu - Valentin B.


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