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Israël joue gros à al-Aqsa, et Nétanyahou pourrait bien l’emporter

mercredi 30 septembre 2015 - 06h:45

Ramzy Baroud

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Les conséquences de la création de l’Etat d’Israël sur les ruines de la Palestine, basée sur une série d’objectifs utilisant les lettres de l’alphabet hébreu, continuent toujours de guider les stratégies israéliennes.

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Les violences des troupes d’occupation sur l’Esplanade des Mosquées sont aujourd’hui quotidiennes. Le gouvernement israélien n’a de cesse d’envenimer la situation et de pousser à une guerre de religion - Photo : Reuters

Les récentes violences contre les fidèles palestiniens à la mosquée d’ Al-Aqsa dans le quartier occupé de Jérusalem-Est est l’extension logique de la même ambition.

Les Plans A (février 1945), (mai 1947) et C (novembre 1947) visaient tous à atteindre le même but : le nettoyage ethnique des habitants de la Palestine. Ce ne fut qu’en 1948 que le Plan Dalet (plan D en hébreu) rassembla toutes les étapes préparatoires à la mise en œuvre finale.

Soutenu par les milices juives de la Haganah, le plan Dalet a causé la destruction de centaines de villages, le dépeuplement de villes entières en assurant la défense des frontières nominales du nouvel Etat. Il s’est aussi assuré que les réfugiés palestiniens ne pourraient pas revenir. Pour les Palestiniens, cette phase de leur histoire s’appelle la « Nakba » ou « Catastrophe ».

Dalet fut un succès étonnant du point de vue sioniste. Cependant, les frontières de l’Etat n’ont jamais été définies, afin de permettre une expansion territoriale le moment venu. Ce moment est arrivé quand Israël a lancé sa guerre de 1967 (connue chez les Palestiniens sous le nom de « Naksa » ou « Echec »), s’emparant de Jérusalem-Est, la Cisjordanie et la bande de Gaza et scellant ainsi le sort de la Palestine historique.

La ville occupée de Jérusalem a été immédiatement déclarée hors-sujet aux négociations en tant que « capitale historique, éternelle et indivisible » d’Israël. Les sionistes justifient cette assertion en citant ou interprétant faussement des références bibliques selon leur bon vouloir. Presque immédiatement, le gouvernement israélien annexa Jérusalem en agrandissant les limites municipales de Jérusalem-Ouest, incluant la récemment-conquise moitié orientale de la ville.

Cependant, ce ne fut qu’en 1980 qu’Israël fit voter une loi qui annexait clairement la ville illégalement occupée pour devenir une partie du soi-disant Israël. Depuis, Jérusalem est devenue un centre majeur de querelles, de conflits politiques et de controverse. Naturellement, le discours politique se combine avec les questions de religion mais est beaucoup plus complexe qu’un conflit à propos de l’accès aux lieux saints.

Le sort de Jérusalem et de ses hauts lieux ne peut être considéré séparément du sort de la Palestine elle-même et la lutte quotidienne des Palestiniens musulmans et chrétiens dans la ville est un microcosme de la lutte des Palestiniens en tous lieux.

Alors que Jérusalem-Ouest était conquise sous le plan Dalet, Jérusalem-Est, comme le reste des territoires occupés était, comme d’autres régions palestiniennes, la cible du Plan Allon.

Ce plan avait adopté le nom de Yigal Allon, ancien général et ministre du gouvernement israélien, qui s’était chargé de la mise en oeuvre d’un plan israélien pour les territoires palestiniens récemment conquis. Pendant que le gouvernement prenait immédiatement des mesures pour changer le statu quo à Jérusalem-Est, le plan Allon visait à annexer plus de 30 pour cent de la Cisjordanie et la totalité de Gaza pour des « raisons de sécurité ».

Le plan stipulait la création d’un « couloir de sécurité » le long du Jourdain, bien au-delà de la « Ligne verte »(de l’armistice de 1949), une ligne de démarcation unilatérale israélienne délimitant ses frontières avec la Cisjordanie. Le plan prévoyait l’incorporation de toute la bande de Gaza dans l’Etat d’ Israël et était censé rendre à la Jordanie des parties de la Cisjordanie comme un premier pas vers la mise en œuvre de l’ « Option jordanienne » pour les réfugiés palestiniens –autrement dit un nettoyage ethnique- réuni avec la création d’une « patrie alternative » sur la rive orientale du Jourdain pour ceux qui étaient chassés de leur foyer.

Bien que le plan n’ait pas été entièrement concrétisé, la capture, le nettoyage ethnique et l’annexion du territoire occupé ont eu un retentissant succès. De plus, le plan Allon avait émis sans ambiguïté un signal signifiant que le gouvernement travailliste qui gouvernait Israël à l’époque avait toutes les intentions de garder de grandes parties de la Cisjordanie et la totalité de Gaza, sans aucune intention de respecter les termes de la Résolution 242 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui contestait la prise de pouvoir militaire d’Israël dans les territoires palestiniens.

Pour s’assurer que la capture de nouveaux territoires serait irréversible, le gouvernement israélien se devait d’installer certains de ses citoyens (en violation des Conventions de Genève) dans les territoires nouvellement occupés. Pour ce faire, il fallait faire appel aux éléments religieux les plus réactionnaires de la société israélienne, les ultra-nationalistes religieux, qui étaient en marge de la politique traditionnelle.

Afin de tirer parti des attrayantes méthodes d’implantation en Cisjordanie, un groupe de Juifs religieux louèrent un hôtel dans la ville palestinienne d’Al-Khalil (Hébron) pour passer la Pâque à la « Cave des Patriarches » (la mosquée Ibrahim) et refusèrent simplement de partir. Ils déclenchèrent ainsi les passions des orthodoxes religieux israéliens à travers le pays, qui baptisaient la Cisjordanie des noms bibliques de Judée et de Samarie.

Cette action provoqua la colère des Palestiniens, qui assistèrent en total désarroi à la conquête et au changement de nom de leur pays et plus tard à sa colonisation par des étrangers. Pour désamorcer la situation, le gouvernement israélien bâtit en 1970 la colonie Kiryat Arba à l’extérieur de la ville arabe, ce qui invita les juifs encore plus orthodoxes à venir s’installer à Al-Khalil.

Le plan Allon avait pu être conçu dans des buts stratégiques, mais par la force des choses, ce qui avait été prévu comme un objectif politique s’amalgama au religieux et au spirituel.

Au cours des ans, l’effort stratégique de colonisation a été complémenté par une expansion à base religieuse, soutenue par un mouvement dynamique, démontré par la fondation de Gush Emunim (Bloc des Fidèles)en 1974. Sa mission était d’installer des légions de fondamentalistes en Cisjordanie.

Depuis, peu de choses ont changé en dehors du fait que l’administration israélienne actuelle est un gouvernement de colonisateurs, non engagés dans un rapport de symbiose avec la gouvernance, mais qui dominent une institution politique remplie de fanatiques, acharnés à changer le statu quo à Jérusalem. Ils commencent par Haram Al-Sharif, le « noble Sanctuaire », qui inclut la mosquée Al-Aqsa et la mosquée du Dôme du Rocher.

Bien qu’il s’agisse d’un des plus lieux saints islamiques au monde, ce n’est pas juste une question de religion. Les politiciens israéliens « débattent » du statut d’Haram Al-Sharif depuis des mois, tandis que des éléments d’extrême-droite, religieux et ultra-nationalistes préconisent l’appropriation complète de la mosquée Al-Aqsa, actuellement gérée par le ministère du Waqf islamique (dotation religieuse).

Le nouveau ministre de la sécurité intérieure d’Israël, Gilad Erdan, réprime tout Palestinien à Jérusalem qui ose mettre en question la nouvelle réglementation israélienne concernant l’accès des Musulmans à Al-Aqsa. Des dizaines de Palestiniens ont été battus et visés par des tirs, pendant que beaucoup d’autres ont été arrêtés ces derniers jours alors qu’ils essayaient de confronter les policiers israéliens qui escortent des extrémistes juifs pendant leurs « visites » provocatrices du lieu saint musulman.

Le conflit actuel suggère une répétition potentielle de ce qui eut lieu le 25 février 1994, quand Baruch Goldstein, un fanatique juif né aux Etats-Unis s’est introduit dans la mosquée Ibrahim à Al-Khalil et a ouvert le feu avec son fusil d’assaut israélien. Plus de 50 Palestiniens ont été tués alors qu’ils s’agenouillaient pour la prière du matin.

Prétendant « maintenir la paix », l’armée prit le contrôle de la mosquée et commença à restreindre son accès aux musulmans et permettant aux fidèles israéliens d’utiliser le saint lieu.

De tels arrangements ont été officialisés et aujourd’hui la plus grande partie de la mosquée est utilisée comme synagogue, les Musulmans étant exclus. Goldstein et ses plus ardents supporters provenaient de la notoire et illégale colonie juive de Kiryat Arba.

Les politiciens israéliens veulent maintenant changer aussi le statut de la mosquée Al-Aqsa et le gouvernement veut assurer sa domination complète des Palestiniens, tandis que les extrémistes veulent démolir la mosquée et construire un temple à sa place pour remplacer d’anciens temples juifs, vraisemblablement détruits en 586 av. J.-C. et 70 apr. J.-C.

Cependant, pour changer le statut d’Haram Al-Sharif, un site exclusivement musulman depuis 1300 ans, il faudrait verser beaucoup de sang. Cela, aussi, est géré par Benjamin Nétanyahou, le premier ministre israélien, qui a réussi à persuader son Garde des Sceaux d’autoriser les tireurs d’élite à faire usage de leurs armes contre les jeunes protestataires palestiniens

Avec de tels politiciens de droite et extrémistes à ses côtés, les plans de Nétanyahou pour Jérusalem concordent avec l’atmosphère politique en Israël aujourd’hui ainsi qu’avec les plans promulgués par ses prédécesseurs il y a plusieurs années.

Le fait que les plans visant à conquérir même les derniers symboles de la spiritualité et du statut de nation palestiniens ont finalement atteint Al-Aqsa sont particulièrement inquiétants. Quand on considère les bouleversements au Moyen-Orient et l’inefficace gouvernance de Mahmoud Abbas, il semble probable que Nétanyahou va poursuivre ses projets, malgré leur prix et ses conséquences.

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* Ramzy Baroud est titulaire d’un doctorat à l’université d’Exeter, et journaliste international directeur du site PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine - Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest.fr. Son site personnel : http://www.ramzybaroud.net

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22 septembre 2015 - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.ramzybaroud.net/israels-...
Traduction : Info-Palestine.eu - Jean Cartier


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