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Israël inaugure une nouvelle forme de torture : le gavage des grévistes de la faim

lundi 17 août 2015 - 08h:03

Neve Gordon

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La justification de Netanyahu pour faire passer un projet de loi légalisant le gavage révèle une contradiction dans sa propre logique.

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Beaucoup de prisonniers politiques palestiniens ont entamé des grèves de la faim comme une forme de protestation non-violente contre les autorités d’occupation, écrit Gordon - Photo : Reuters

Miri Regev, la ministre israélienne de la Culture et des Sports, est partisane de l’usage torture.

Elle n’est pas seule. Avec elle on retrouve le Premier ministre Benjamin Netanyahu, et presque tous les ministres et membres de la coalition à la Knesset ont emboîté le pas.

Bien que presque la moitié des membres de la Knesset se sont opposés à cette loi, le gouvernement soutient la torture, et en cela, il n’est en rien différent des gouvernements de l’Egypte, de la Syrie et de plusieurs de ses voisins au Moyen-Orient.

Israël, apparemment, n’est pas une « villa dans la jungle », comme tellement plusieurs de ses propagandistes veulent nous le faire croire.

Par torture, je me réfère spécifiquement à la loi récemment votée et permettant l’alimentation forcée, laquelle selon l’Association Médicale mondiale, la Croix-Rouge, et les Nations Unies, est considérée comme un traitement cruel, inhumain et dégradant, et comme une violation flagrante du droit international.

Naturellement, la loi votée à la Knesset sur cette matière n’est pas unique, même au beau milieu des démocraties libérales occidentales.

Parmi les pays qui utilisent le gavage contre des grévistes de la faim se trouve l’allié « éclairé » d’Israël, les Etats-Unis.

Alors que les Etats-Unis gavent des détenus à Guantanamo depuis maintenant de nombreuses années, cette pratique a en réalité de profondes racines profondes dans l’imagination américaine.

Au début du 20ème siècle, la suffragette Alice Paul, qui a été incarcérée pour son exigence du droit de vote pour les femmes, s’était lancée dans une grève de la faim en prison, et elle a suite à cela été gavée par des agents du gouvernement.

Le film de Hollywood Les Anges à Mâchoires de Fer capture l’horreur de cette pratique à travers les récits de quelques prisonniers. Il documente les luttes du mouvement de femmes et présente le gavage comme une terrifiante forme de torture.

La nouvelle loi israélienne n’est pas, au moins pour l’instant, dirigée contre ses propres citoyens, mais plutôt contre plus de 5750 prisonniers politiques palestiniens des territoires palestiniens sous occupation.

Environ 400 de ces prisonniers sont incarcérés sous le régime de la détention administrative sans accusation ni jugement - certains pendant jusqu’à huit, dix et même onze ans.

La présomption d’innocence, qui est censée être à la base de tous les systèmes judiciaires progressifs et démocratiques, devrait leur avoir été appliquée.

Ce n’est pas le cas.

Et là se volatilise la métaphore de la « villa ».

Au cours des dernières années, de nombreux prisonniers politiques palestiniens se sont embarqués dans des grèves de la faim comme forme de protestation non violente contre les autorités d’occupation, et actuellement on estime que plus de 180 prisonniers refusent de s’alimenter.

Cependant, l’examen de la justification de Netanyahu pour faire passer une loi légalisant le gavage montre une contradiction dans sa logique tordue.

Les détenus administratifs sont retenus en prison contrairement au droit international et contrairement au principe du droit à un jugement en bonne et due forme.

Ces hommes n’ont pas bénéficié du droit fondamental à un procès équitable, parce que les prisonniers comme Muhammad Allaan - qui est en grève de la faim depuis 60 jours - ne sont pas considérés par les autorités israéliennes comme étant tout à fait humains, à savoir, des personnes disposant de droits.

Et pourtant la justification avancée par Netanyahu pour faire voter une loi permettant l’alimentation forcée, serait liée à notre impératif moral de sauver des vies humaines.

La contradiction est que d’une part, les prisonniers politiques palestiniens sont traités comme moins qu’humains, mais que d’autre part, la justification de la loi doit être dépeinte comme entièrement humaine.

Cependant, il y a un aspect dans cette initiative législative qui est cohérent : le désir de nuire aux Palestiniens qui résistent et de violer leur droit fondamental à l’intégrité corporelle.

Mais la contradiction entre le moins qu’humain et l’humain n’est pas le seul illogisme endossé par les députés israéliens qui ont voté la loi.

Il est crucial de mettre en évidence que dans leur lutte contre la violation par Israël de leur droit fondamental à un jugement en bonne et due forme, les prisonniers ont entamé une grève de la faim, une forme reconnue de protestation non violente.

De façon tout à fait ironique, la manière que le gouvernement israélien a choisi pour traiter cette protestation non violente contre sa propre pratique antidémocratique de détention administrative, c’est en instituant une nouvelle et sérieuse violation du droit international, à savoir la torture - une des formes les plus graves de déshumanisation.

Cependant, tout n’est pas noir. Comme nous l’enseigne la grande philosophe Hannah Arendt, même dans les temps les plus durs, nous trouvons une action humaine qui projette une lumière dans l’obscurité.

Le Dr. Leonid Eidelman, Président de l’Association médicale israélienne, a incité l’ensemble des médecins israéliens à refuser de pratiquer l’alimentation forcée, même si la loi l’exige d’eux.

Le gavage des grévistes de la faim, explique Eidelman, ouvre une brèche dans les principes d’empêcher des dommages et de sauvegarder l’autonomie du patient sur son corps, violant de ce fait le code de déontologie des médecins.

Et le code de déontologie, rappelle-t-il, est au-dessus des lois.

Eidelman a tout à fait raison. La question est maintenant de savoir si tous les médecins israéliens suivront son appel à la désobéissance civile et refuseront d’appliquer la loi.

Les chances, malheureusement, sont extrêmement minces.

* Neve Gordon est écrivain : Israel’s Occupation et The Human Right to Dominate (avec Nicola Perugini, sortie prévue en juin 2015).

Du même auteur :

- L’occupant fait de chaque civil une cible légitime - 17 mai 2015
- Drones : une guerre perpétuelle et sans limites - 25 janvier 2015
- Salam Fayyad, la Banque mondiale et la farce d’Oslo - 30 septembre 2012
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- Ce que le juge Goldstone a appris à ses dépens - 15 juin 2010

15 août 2015 - Al-Jazeera - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.aljazeera.com/indepth/op...
Traduction : Info-Palestine.eu - Lotfallah


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