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L’espoir du retour en Palestine : les réfugiés d’al-Jalil tracent le chemin

lundi 18 mai 2015 - 07h:09

Fadwa Nassar

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la lutte entre l’entité coloniale sioniste et son environnement n’est pas une simple guerre de frontières à dessiner, mais une lutte pour que le monde arabo-musulman soit libéré des chaînes de son assujettissement, écrit Fadwa Nassar.

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Nakba, 1948 - Image de l’expulsion des Palestiniens de leur terre ancestrale

« Dix jours après le départ forcé de la population d’al-Nahr, la Haganah a attaqué ce joli village. Elle n’y a trouvé que 16 vieillards âgés entre 80 et 90 ans, et deux hommes handicapés.. Mohamad Akr et Mohammad Raghib. Elle les a tous rassemblés dans un lieu et a tiré sur eux, et les a laissés noyés dans leur sang… Ce témoignage fut rapporté par Tawfiq Raghib Salim, qui s’était caché dans les vergers aux alentours, et qui est entré au village après qu’ils (les sionistes) se soient retirés. Il a enseveli les morts.. Cet homme est resté pendant deux mois, vivant dans les vergers pendant la journée et dormant au village la nuit. Puis, n’ayant plus d’espoir de rester, il prit la route, de nuit, vers Tarshiha puis au Liban, où sa famille l’avait devancée. Puis les sionistes ont fait exploser toutes les maisons du village et détourné l’eau des sources du village vers un lieu inconnu. Le village et ses vergers sont restés sans eau. Ceci est un clair exemple de ce qui s’est passé dans la région de Akka et de ce qu’a commis la Haganah ».

D’autres témoignages récemment publiés rapportent que les Palestiniens ont d’abord fui leurs villages, lorsque ces derniers étaient attaqués par les sionistes et l’armée britannique, mais sans quitter le pays, où ils sont restés des mois parfois à le parcourir, vivant dans les vergers des villages non encore attaqués, dans l’espoir de retourner chez eux. Certains villageois sont même retournés chez eux, au cours de ces mois de 1948, où ils ont cueilli les olives et les autres fruits, bravant les groupes sionistes qui encerclaient les villages, avant de les envahir. Certains villageois ont même été tués, parce qu’ils avaient refusé de se soumettre aux ordres et ont continué à travailler dans leurs terres.

Ce genre de témoignages doit être multiplié par mille, concernant seulement les réfugiés de la région d’al-Jalil, situé au nord de la Palestine. L’encyclopédie « Pour ne pas oublier » (Kay lâ Nansa) publiée il y a presque deux décennies cite 416 villages palestiniens entièrement détruits par les hordes sionistes. Dans al-Jalil, les régions de Safad et de Tabaraya furent entièrement vidées de leur populations : outre les deux villes, Safad et Tabaraya dont les pittoresques maisons furent prises d’assaut par les colons, 77 villages de la région de Safad et 25 villages de la région de Tabaraya disparurent de la carte sioniste. A leur place, s’installèrent des colons venus d’ailleurs.

Ces villages étaient non seulement habités, mais en expansion et développement, avant l’occupation britannique puis la colonisation sioniste. Les centaines de témoignages des réfugiés sur la vie quotidienne, les relations sociales, économiques, culturelles et politiques, de la population palestinienne d’al-Jalil indiquent l’ampleur du crime perpétré par les hordes sionistes et la communauté internationale d’alors, les puissances occidentales et leurs valets dans le monde, à l’encontre du peuple palestinien.

Les villages de Loubié et Shajara, dans la région de Tabaraya, les villages de Taytaba, Naamé ou Khalissa, dans la région de Safad, les villages de Bassa, Kweikat, Shaab dans la région de Akka, n’existent plus sur la carte sioniste, mais existent toujours et de plus en plus intensément, dans la mémoire de leur population, réfugiée dans les camps du Liban et de Syrie, ou parmi les « réfugiés internes » vivant en Palestine occupée. Après avoir commis des centaines de massacres, et notamment dans les villages d’al-Jalil (al-Jish, Safsaf, Majd al-Koroum, Salha) et expulsé les Palestiniens, l’entité coloniale sioniste a changé les noms des lieux, transformé le paysage (en plantant parfois des forêts), rasé tout ce qui pouvait en rappeler la vie, sans cependant gagner la bataille car pour les réfugiés, ce qui existe aujourd’hui, c’est ce qui existait avant 1948 : al-Jalil et ses villages, les colonies implantées n’étant que des décors passagers d’une tragédie qui doit prendre fin.

Si les témoignages rassemblés au cours de ces dernières années restent ceux des Palestiniens ayant vécu en Palestine avant l’exil, même pour quelques années, c’est-à-dire aujourd’hui des vieux et des vieilles qui ont pris le chemin de l’exil, pourchassés par les hordes coloniales, il n’en demeure pas moins que leur mémoire a été transmise, et que leurs descendants savent qu’ils appartiennent à ces lieux et à cette région, et à la Palestine. Et ils savent surtout qu’ils y retourneront, et que ni les sionistes, ni les puissances occidentales, ni la communauté internationale, ne les en empêcheront.

Car la Palestine vers laquelle ils tendent et celle pour laquelle ils luttent, n’est pas celle de l’Autorité Palestinienne, où al-Jalil et d’autres régions en sont exclues. Elle n’est pas non plus celle « d’un seul Etat » où les colons partageraient à égalité le pays et ses ressources avec les Palestiniens. Elle sera celle issue de la résistance et de la libération, celle d’une Palestine retournée à son environnement arabo-islamique, où le terme même « d’Israël » disparaîtra. Même un siècle de colonisation ne peut effacer la civilisation et l’histoire d’al-Jalil et des autres régions de la Palestine occupée, d’autant plus que la tentative de les remplacer par des mythes juifs inventés de toutes pièces a échoué.

L’éclat apparent de l’entité coloniale, les colonies implantées en Palestine, le nombre des colons qui y vivent, l’armée sophistiquée qui mène les guerres destructrices, l’industrie de pointe qui gagne des marchés dans le monde, tout cela ne peut cacher ni faire oublier que l’entité coloniale, soutenue et encouragée par les puissances impériales dans le monde, est bâtie sur des massacres, qui se poursuivent jusqu’à présent, sur des expulsions, des crimes, des pillages de terres et de propriétés et sur une terrible répression militaire de toute une société, sans oublier la nature raciste de l’idéologie sioniste, fondatrice de l’entité, ni sa nature expansionniste visant à dominer la région.

Pendant combien de temps une telle entité peut-être survivre dans un environnement hostile ? Ou plutôt, sa survie ne dépend-elle pas de la destruction de cet environnement arabo-musulman ? Ce qui veut dire que la lutte entre l’entité coloniale sioniste et son environnement n’est pas une simple guerre de frontières à dessiner, mais une lutte pour que le monde arabo-musulman soit libéré des chaînes de son assujettissement. C’est en cela que la Palestine, et al-Jalil par-dessus tout pour les réfugiés, restent au cœur de notre libération. Et c’est parce que al-Jalil vit encore et toujours dans nos cœurs que nous avons espoir de la libérer.

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14 mai 2015 - Transmis par l’auteur


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