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Vies sous occupation : « Mon fils vit avec l’angoisse de perdre toute sa famille »

samedi 26 octobre 2013 - 07h:45

PCHR Gaza

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Baraa’ Abd al Rahman Badawi est un garçon Palestinien de 9 ans qui vit avec sa mère dans la Bande de Gaza. Le 7 janvier 2009 [pendant l’offensive israélienne dénommée « Opération Plomb Durci »], aux environs de 18h30, le père de Baaa’, Abd al Rahmane et son oncle maternel ont été assassinés par des tirs de chars dans le quartier Al Zaitoun dans la ville de Gaza.

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Baraa’ Abd al Rahman Badawi

Le bruit de l’explosion a réveillé Baraa’, âgé à l’époque de 6 ans, de la sieste. Malgré son jeune âge et le contexte de l’occupation et la menace constante d’attaque dans laquelle les gazaouis vivent, Baraa’ avait ce jour le pressentiment que son père avait été assassiné.

Dima, la mère de Baraa’ explique : « Lorsque je suis allée dans sa chambre, j’ai trouvé Baraa’ assis sur son lit en train de crier ‘’papa est mort’’. Il était hystérique. Il hurlait et pleurait et personne ne parvenait à le consoler. Une heure après, nous avons appris la nouvelle du décès de son père, faisant de sa prémonition la plus dure des réalités. »

Depuis la mort de son père, le garçon a subi un traumatisme psychologique très intense. A ce titre, sa mère Dima relate : « Baraa’ a complètement changé de comportement. Avant, c’était le garçon heureux et qui aimait jouer. Aujourd’hui, il est devenu nerveux, agressif et solitaire. S’il ne pleure pas, c’est qu’il a l’esprit absent et le regard vide et perdu. »

En effet, la mort du père de Baraa’ a été d’une grande portée pour le petit garçon qui, d’après sa mère « est devenu très distrait et extrêmement dépendant et constamment en pleurs et très collé à moi en refusant de me relâcher. Si quelqu’un évoque la guerre devant lui, il quitte rapidement les lieux et va dans son coin pour pleurer. »

Il faut dire que depuis 2009, la personnalité de Baraa’ a connu un changement à la fois frappant et sévère. Sa mère souligne : « Lorsque l’incident est survenu, Baraa’ n’avait que six ans. Aujourd’hui, mon fils n’est pas sociable à l’école. Il est tellement terrifié à l’idée de perdre une nouvelle personne proche qu’il ne s’est lié d’amitié qu’avec un seul garçon et refuse de jouer avec n’importe quel enfant autre que ce garçon. Ainsi, il ne fournit aucun effort pour connaitre de nouveaux amis. Il ne joue qu’avec des orphelins tout en faisant un effort soutenu et concerté pour ne pas accepter l’amitié d’enfants ayant un père et une mère. Il est devenu agressif et têtu. »

Dima décrit également les séquelles de la mort violente de son mari sur la psyché de Baraa’ : « Lorsqu’il entend le bruit des avions de guerre, il s’enferme dans sa chambre et hurle ‘’Ouvrez les fenêtres !’’ [Il s’agit d’une mesure préventive des habitants de la Bande de Gaza pour empêcher les vitres de voler en éclats à cause des explosions de bombes.] Le petit Baraa’ demande à partir chez son grand-père paternel où il se sent plus en sécurité. »

L’état de Baraa’ a donc nécessité un traitement au sein du Programme Communautaire de Santé Mentale à Gaza où Jasser Salleh travaille comme psychologue. Ce dernier décrit l’impact sur le long-terme de la guerre sur la santé mentale de l’enfant : « Il a été d’autant plus affecté et traumatisé lorsqu’il est retourné vivre chez lui dans la maison familiale du quartier d’al-Zaitoun, notamment après qu’il ait retrouvé les vêtements et les effets personnels de son défunt père. Et ce n’est pas tout, même le quartier et la zone où le père fut assassiné ont accentué le malaise du garçon. Le fait donc de revoir tout ce qui est en relation avec son père a provoqué des dommages psychologiques permanents chez l’enfant. Au lendemain de l’incident, la petite famille a reçu le soutien des amis et des proches. Une fois les condoléances calmées et le soutien cessé, et lorsque la famille s’est retrouvée seule, c’est là que le traumatisme s’est installé et les personnes endeuillées livrées seules au souvenir d’un père dont l’absence obscurcira à jamais leur vie. »

En conséquence, Baraa’ a été diagnostiqué d’un trouble de stress post-traumatique. Il souffre de crises d’angoisse et d’avoir les nerfs à vif et traverse des périodes d’hyperactivité. Aussi, il a toujours peur que la guerre éclate de nouveau à Gaza et emporte d’autres membres de sa famille. Il a des accès de violence et d’agressivité envers les autres enfants, notamment les filles et les orphelins. »

M. Salleh explique par ailleurs le problème du traumatisme des enfants dans un contexte plus élargi : « Nombreux sont les enfants de la Bande de Gaza qui souffrent de troubles psychologiques survenus après les guerres. A l’instar de ses pairs, le traumatisme de Baraa’ va persister. Les habitants de Gaza ont subi deux guerres en l’espace de quatre ans seulement, et chaque guerre laissait derrière elle un nombre alarmant de morts et de blessés. Ce type d’évènements traumatiques affecte négativement le bien-être des habitants de Gaza, plus précisément les enfants vulnérables, affectés dans tous les domaines. Outre la vue des combats et des carnages, les enfants font face à une foule de défis comprenant la perte des ressources de base, la rupture des relations et liens familiaux, des perspectives d’avenir négatives et une normalisation de la violence. »

L’impact psychologique de la guerre sur les enfants de Gaza est intense. Après environ 60 ans de guerres, cet état psychologique est désormais ancré dans la psyché et dans la nature des gens de Gaza. Devenues adultes, les anciennes générations ont vécu les pires des atrocités durant la Guerre arabo-israélienne de 1948 et la Guerre de 1967. Toutes ces personnes ont fini par développer un comportement agressif. Et lorsqu’un enfant nait sous la même agression, l’agressivité devient une norme. Les anciennes générations n’avaient reçu aucun traitement. C’est ce qui explique peut-être le tempérament dur des gazaouis. Toutefois, il demeure inquiétant de constater que ces gens n’ont qu’une solution aux problèmes, à savoir la violence. »

Mr Salleh souligne l’importance d’un environnement positif pour la santé mentale des enfants : « Une bonne santé mentale réside dans la mise en place d’un environnement agréable et confortable et du sentiment de sécurité. En d’autres termes, la seule solution n’est autre que la paix. »

En sa qualité de puissance occupante de la Bande de Gaza, Israël est dans l’obligation d’assurer le droit de tout enfant à un niveau de vie suffisant pour permettre son développement physique, mental, spirituel, moral et social [Article 27 de la Convention relative aux Droits de l’Enfant]. Cependant, Israël mène fréquemment des opérations militaires dans la Bande de Gaza, ce qui entrave la réalisation de ce droit. En effet, les enfants de la Bande de Gaza se voient refuser le droit à un environnement approprié et sécurisé qui permettra l’épanouissement de leurs conditions mentale et sociale. La violence et la souffrance immense infligées à la population civile de la Bande de Gaza constituent une violation potentielle du droit international pour laquelle les responsables politiques et militaires israéliens portent la responsabilité pénale individuelle.

Consultez l’ensemble des récits dans la rubrique Informations PCHR

05 juin 2013 – PCHR Gaza – Vous pouvez consulter l’article en anglais à :
http://www.pchrgaza.org/portal/en/i...
Traduction : Info-Palestine.eu - Niha


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