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Le sionisme, une idéologie à l’agonie

mercredi 18 septembre 2013 - 08h:53

Jacob Cohen/PAJU

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Si j’écris cette chronique aujourd’hui – alors que j’ai cette conviction depuis longtemps – c’est parce que les autorités sionistes viennent de prendre une mesure a priori banale mais lourde de significations, sur leur état d’esprit et sur leur vision de la coexistence avec les Arabes.

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Ces autorités vont recruter 500 propagandistes pour montrer le « bon visage » d’Israël, lutter contre sa délégitimation, et inverser ce large mouvement de boycott qui prend des dimensions inquiétantes.

La France fait évidemment partie des cibles prioritaires.

Pour les plus jeunes qui n’ont pas connu la « belle époque » du sionisme triomphant, ils auront du mal à comprendre ce besoin de propagande. Le régime sioniste, jusqu’à il y a une vingtaine d’années, n’avait pratiquement pas à en faire. Il était adulé, glorifié, mythifié, admiré, envié, cité en exemple.

Un petit rappel. En juin 1967, à la veille de lancer sa guerre d’agression qui lui a permis de multiplier son territoire par 10, une guerre minutieusement préparée pendant des années grâce à leurs réseaux d’espions en Égypte et en Syrie, Israël avait reçu le soutien de centaines de milliers de Français, dont celui de Jean-Paul Sartre et de Serge Gainsbourg (Eh oui ! ils se retourneraient dans leur tombe aujourd’hui !), mobilisés pour empêcher cette petite « démocratie socialiste, progressiste et humaniste » d’être rayée de la carte. Des brigades internationales commençaient à être formées pour aller le soutenir. Comme pour l’Espagne républicaine. Et pendant les 10 années qui avaient suivi cette guerre, et alors que l’armée d’occupation sioniste nettoyait ethniquement la Cisjordanie et le Golan (100 000 Palestiniens chassés de Jérusalem en quelques semaines) et imposait son ordre implacable sur les populations occupées, des dizaines de milliers de jeunes européens allaient travailler bénévolement dans les kibboutzim, souvent pendant une année, pour s’imprégner de « l’humanisme sioniste ».

Cela relève presque de la science-fiction.

Ah ! c’était l’âge d’or du sionisme ! Imaginez ! Rika Zaraï chantait à la télévision française dans son uniforme de Tsahal. Et tout le monde trouvait cela merveilleusement touchant.
C’était l’époque des "sabras" que Paris-Match glorifiait à longueur de numéros. Ce nouvel homme juif né en Israël, d’apparence dure mais si tendre à l’intérieur, au regard clair, intrépide et généreux, puissant et humaniste, un combattant hors pair, idéaliste et audacieux. Sa valeur était de 1 contre 1000 Arabes sur le marché des prisonniers.
C’était l’époque où un Lanzmann pouvait réaliser un film sobrement intitulé "TSAHAL", avec l’argent public, distribué et diffusé le plus normalement du monde, à la gloire de cette armée unique au monde, la plus « éthique  », l’émanation d’un peuple héroïque, le concentré de la morale et du courage. Et cela 6 ans après la guerre de juin 67 et alors que la soldatesque sioniste expulsait, rasait des maisons, torturait, arrêtait, humiliait, prenait des otages, comme n’importe quelle armée d’occupation.

C’était l’époque où un Finkelkraut pouvait sans remords se déclarer humaniste et progressiste, remercier la France pour sa générosité, appeler à la coexistence de tous, y compris les musulmans. Il n’avait rien à craindre pour sa patrie de cœur.

C’était l’époque où le mot Israël suscitait la sympathie et l’admiration, où l’État sioniste semblait installé pour l’éternité, même dans ses nouveaux territoires légitimement conquis. Nul besoin d’invoquer la Shoa ou l’antisémitisme. D’ailleurs on en parlait si peu. Les faux prétextes viendront plus tard.

L’imprégnation sioniste de la société française suivait son bonhomme de chemin, dans une harmonie lénifiante, comme dans un tableau de Renoir.

Et puis, patatras ! Une nouvelle génération est arrivée que ne croyait plus à ces belles légendes. L’information a percé les écrans de la censure judéo-sioniste et de leurs complices attitrés, des goyim musulmans ou chrétiens comptant sur l’influence légendaire du Lobby et ses retombées, médiatiques et financières.

Et surtout la réalité de l’occupation était tout simplement là, dans toute sa dureté, son injustice, ses crimes, son racisme, son apartheid et ses ratonnades.

Panique à bord. Comment ? La divinité sioniste se retrouve ébranlée, contestée, critiquée, boycottée, méprisée, délégitimée ?

On a « redécouvert » la Shoa et on en a fait une espèce de sacralité intouchable censée attendrir le cœur et la raison des incroyants, en les prenant en main de préférence dès leur entrée au collège. La tentative de les prendre à la crèche avait hélas échoué. Il y aurait trop à dire, comme pour l’exploitation à outrance de « l’antisémitisme ». Mais gare au risque de saturation et de l’effet boomerang.

Ce qui ébranle cette armada de type mafieux à la double allégeance, le portefeuille en France et le cœur en Israël, c’est que malgré la toile d’araignée dans laquelle elle étouffe et prend en otage tous les champs de la société, Israël est de plus en plus détesté. Mais pas uniquement par les musulmans comme veulent nous le faire croire désespérément Finkelkraut et ses acolytes. Songez aux sondages commandés par la Commission européenne et que celle-ci cache honteusement parce qu’ils sont terriblement hostiles au seul « Etat juif et démocratique ». Défense de ricaner.

Et pourtant, les serviteurs d’Israël ne relâchent pas la pression. Les Patrick Cohen, les Lanzmann, les Elkabbach, les Adler, les Bruel, les Finkelkraut, les Cyril Hanouna, les Yvan Attal, les Patrick Timsit, les Lévy (Maurice pour la pub et Elisabeth pour l’animation de la meute) etc. etc. (il en faudrait 10 pages pour les citer tous), chapeautés par le grand manitou des réseaux, le contrôleur d’Arte, le proprio de Libé, le sous-marin du Mossad en Libye, l’empereur de l’édition et du cinéma, le gourou de Canal +, le mec qui donne envie de gerber à des millions de gens rien qu’en le regardant.

Ils surveillent et sanctionnent. Trois rédacteurs en chef de RFI limogés pour déviance idéologique à l’égard d’Israël. Eyal Sivan qui avait eu le tort de réaliser « ROUTE 181 » n’a plus jamais trouvé de financements en France. Une anecdote qui montre la servilité empressée des médias au Lobby : Un artiste engagé avait participé récemment au Grand Journal de Canal +. Il portait un t-shirt avec écrit dessus « Free Palestine ». On l’a constamment filmé en plan serré pour que le slogan n’apparaisse jamais à l’écran. Le réalisateur devait avoir des sueurs froides. L’ombre tutélaire de BHL plane sur les médias, vigilante, menaçante et vindicative. Leur message ? « Ils » ont suffisamment de puissance et d’influence pour abattre n’importe qui.

Sans compter la classe politique française, presque dans son entier, qui se presse au dîner du CRIF, en courbant l’échine, tout sourire, pour recevoir qui des félicitations, qui des admonestations, mais des injonctions et des instructions pour tous. Ah ! Valls criant son sionisme une kippa blanche sur la tête ! A quand sa conversion pleine et entière à la religion du peuple élu ?

Je reviens à l’information du début. Le recrutement des 500 propagandistes payés par le contribuable nous renseigne sur un point capital. Israël se conduit au fond comme n’importe quel État colonial. Puissant et arrogant, méprisant la population indigène, pourquoi accorderait-il à cette populace soumise et humiliée une souveraineté étatique ? Même un protectorat-banthoustan dont la pauvre "Autorité" palestinienne se contenterait à condition de sauver les apparences semble trop pour la 5e puissance nucléaire du monde.

Ivres de gloire et de conquêtes, et malgré les avertissements de leurs alliés et de personnalités israéliennes lucides et effrayées, les sionistes ne peuvent même pas imaginer que le désamour du monde à leur égard a quelque chose à voir avec l’occupation et la domination. Ils veulent continuer à croire qu’on ne les « comprend » pas.

Pour montrer l’aspect dérisoire et pathétique de ces soubresauts médiatiques, je fais un parallèle. Imaginez la France en 1956-57, en pleine guerre d’Algérie, faisant venir la grande équipe de l’époque, le Real Madrid, grâce aux soutiens des financiers et des gouvernements (ce dont les sionistes ne manquent pas) jouer à Alger avec de jeunes français et algériens « pour favoriser la paix entre les 2 peuples  ». C’est ce que vient de réaliser Netanyahou. Mais combien de fois peut-il nous faire le coup ? Et imaginez que la France d’alors ait recruté 500 propagandistes pour expliquer au monde qu’elle veut la « paix » en poursuivant la colonisation en Algérie.

Le propre d’une entreprise coloniale est de foncer comme un train fou contre le mur de sa propre annihilation. Le sionisme ne peut que poursuivre dans cette voie. Dans une agonie violente, longue et désespérante.

Jacob Cohen

26 août 2013 - Jacob Cohen - une synthèse de l’article est diffusée par Paju Montréal


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