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Vies sous occupation : « Si vous voulez avoir la vie sauve, partez ! »

samedi 14 septembre 2013 - 05h:58

PCHR Gaza

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Qui des Palestiniens ne se souvient pas de la date du 15 mai ? Depuis 65 ans, les Palestiniens pleurent à cette date synonyme de perte de leur patrie.

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Ghatheyya Mifleh al-Khawalda, 80 ans, avait 15 ans lorsqu’elle a fui sa maison pendant la Nakba de 1948

En mai 1948, Ghatheyya Mifleh al-Khawalda était encore une adolescente insouciante qui vivait avec sa mère et sa sœur dans le village d’al-Qastina, du temps du mandat Britannique. Ghatheyya n’avait que 15 ans lorsqu’elle fut contrainte, ainsi que le reste du village, de fuir la menace imminente des milices juives qui les guettaient. Les nouvelles qui arrivaient des villages voisins n’étaient pas rassurantes et parlaient de terribles attaques qui ont fait plusieurs morts. De peur de subir le même sort, Ghatheyya et les habitants de son village sont sortis de leur terre pour ne plus jamais y retourner, devenant ainsi les victimes de la Nakba ; c’est-à-dire la « catastrophe » qui est caractérisée par le déplacement forcé en masse des Palestiniens de leurs maisons dans le but d’accueillir les citoyens de l’État juif d’Israël qui devra être établi peu de temps après.

Le PCHR Gaza est allé à la rencontre de Ghatheyya. L’octogénaire se souvient d’une enfance joyeuse et heureuse, mais ne manque pas d’évoquer les tristes évènements et les souffrances qui l’ont marqué : « Ma grand-mère est décédée pendant que ma mère accouchait de moi ; c’était à la veille de l’Aid al-Adha [Fête Musulmane du Sacrifice]. Le lendemain, mon père est sorti pour accomplir les prières de l’aube et de l’Aid, mais n’est plus jamais revenu. Il a été retrouvé mort pendant qu’il priait. Toutefois, j’avoue que j’ai eu une enfance très heureuse à al-Qastina. Nous possédions une très belle maison. Elle était grande avec le sol en marbre dans le couloir. Mon père était agriculteur. Nous avions de vastes terres agricoles avec des orangers, des pommiers, des arbres de pamplemousse et bien d’autres. Je passais ma journée en train de jouer avec ma sœur et les autres filles du village. Nous étions très heureuses. »

Mais cette vie paisible a brusquement tourné au drame en 1948, date d’arrivée des milices juives chargées d’attaquer les villages Palestiniens et de les nettoyer de leurs habitants : « Les nouvelles nous parvenaient concernant des villages pris d’assaut. Toutefois, notre village fut attaqué sans avertissement. Avant, il y avait près de notre village un camp militaire Britannique, mais cette année, ces derniers ont quitté les lieux et ont permis aux groupes juifs de s’en acquérir. Nous avions très peur de ce qui pourrait nous arriver. Certains miliciens étaient vêtus d’uniformes tandis que d’autres étaient en civil, mais tous à leur arrivée commençaient à tirer sur la population. Trois personnes, de civils, avaient été tuées. Nous nous sommes sauvés pour préserver nos vies, en direction de Tal es-Safi, un village voisin sur la colline. Le village était à une distance de marche à pied. Nous étions tellement pressés de partir que nous n’avions rien emporté avec nous. Il nous a semblé que c’était le Jour du Jugement Dernier. C’était la terreur absolue. La peur avait paralysé tous les esprits et tout le monde ne pensait qu’à la fuite, pas même à un peu de nourriture à prendre pour le trajet. Certaines familles, ne trouvant pas quelques-uns de leurs enfants au milieu du chaos, sont quand-même parties sans plus attendre. La plupart avaient peur de rebrousser chemin pour les retrouver, tandis que d’autres sont descendus furtivement en bas de la colline pour tenter de les secourir. Nous avons passé quelques jours à Tal es-Safi où nous dormions la nuit en plein air, sans couvertures, sans matelas, sans nourriture ni eau, » se souvient Ghatheyya.

Les habitants d’al-Qastina n’ont cependant pas trouvé un réel refuge à Tal es-Safi : « Nous y avons passé quelques jours, je dirai une semaine environ, mais les colons sont vite arrivés et nous devions fuir de nouveau. En fait, le choix était très simple : si vous voulez mourir, restez, si vous voulez avoir la vie sauve, partez. Nous sommes donc partis en direction de Beit Jibrin où nous avons passé une nuit seulement avant l’arrivée des colons. Partout où nous allions, ils venaient pour nous expulser des lieux. Leur objectif principal n’était pas de nous tuer, mais de se débarrasser de nous, car s’ils voulaient notre mort à tous, croyez-moi que personne d’entre nous n’aura survécu. Ils voulaient nous faire peur pour nous chasser de notre terre, tellement peur que même si une personne meurt, nous laissions le cadavre derrière nous car après tout, pourquoi risquer sa vie pour quelqu’un qui est déjà mort. Notre seul objectif était de nous concentrer sur la survie. Au fur et à mesure de notre exode, les groupes s’agrandissaient par l’arrivée des habitants des autres villages ayant subi le même sort. Les gens étaient originaires d’Isdod et d’al-Majdal Asqalan [Ces derniers font actuellement partie de l’Etat d’Israël et sont respectivement connus sous les noms d’Ashdod et Ashkelon]. Nous avions donc longé la côte jusqu’à notre arrivée à Gaza, » poursuit l’octogénaire.

Cette fois, les groups juifs n’ont pas suivi les réfugiés Palestiniens à Gaza, où Ghatheyya et sa famille n’avaient de choix que de s’y installer et d’y construire une nouvelle vie : « Nous avions enfin fini de courir. Nous étions plusieurs milliers. A notre arrivée, nous dormions dans les mosquées, dans les rues, dans la saleté. Les gens se tenaient un peu partout et n’avaient pas où aller, pendant que d’autres ont trouvé refuge chez des proches établis à Gaza. L’UNRWA a par la suite commencé à construire des tentes pour les familles. L’Agence a regroupé tous les habitants de mon village dans une même enceinte, et ont commencé à nous désigner comme « les réfugiés. » La superficie de chaque tente dépendait du nombre de personnes composant la même famille, et il était interdit d’héberger d’autres familles. »

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Ghatheyya et son mari Ahmed vivent avec leur fils Nehad, son épouse et leurs trois enfants.

Même si elle reconnait avoir eu la chance de survivre et de trouver refuge, Ghatheyya avoue que la Bande de Gaza ne remplacera jamais sa ville natale d’al-Qastina : « Tout le monde à Gaza sait que je suis une réfugiée. Ça n’a aucune importance. Mais je ne me suis jamais sentie chez moi ici. Je me souviens de ma tante qui, chaque jour, pleurait en face de sa tente. Lorsque je lui ai demandé ce qui n’allait pas, elle répondait : ‘’ Regarde dans quel état nous sommes ; au lieu d’une maison, nous avons une tente. Si seulement nous pouvions porter nos maisons sur nos têtes. ‘’ En effet, nous menions une vie assez rudimentaire. Les hommes étaient sans emploi. Pour nous, c’était juste une question de temps, donc nous avons essayé de nous débrouiller, jusqu’à ce que nous ayons compris ce qui devait arriver par la suite. L’UNRWA nous fournissait des boites de conserve de nourriture et des sacs de riz. Nous utilisions un réchaud artisanal pour réchauffer la nourriture, mais elle ne fonctionnait pas bien, il fallait souffler sans cesse pour que les flammes ne s’éteignent pas. Peu de temps après, l’UNRWA a acheté des parcelles de terrains aux habitants de Gaza pour les réfugiés. On nous a fourni les matériaux de construction pour que nous construisions nous-même nos maisons. Nous avons érigé la nôtre à Maghazi, dans la partie centrale. »

Deux ans après leur expulsion de leur village, Ghatheyya fut demandée en mariage par le jeune Ahmed Sa’id al-Khawalda, lui aussi originaire d’al-Qastina. La jeune femme a accepté et le mariage célébré peu de temps après « La famille d’Ahmed vivait encore dans une tente. Après le mariage, j’ai quitté la maison nouvellement construite de ma famille pour vivre sous une tente avec ma belle-famille. J’étais enceinte de l’ainé de mes enfants lorsqu’Ahmed a commencé à construire notre première maison de Khan Younis, où j’ai accouché d’une fille. J’ai eu par la suite, au total, quatre garçons et deux filles. Ahmed était à l’époque sans emploi, et nous étions à la charge de son père qui travaillait comme distributeur de nourriture pour l’UNRWA. Ahmed et moi avions fait de notre mieux pour élever nos enfants. »

Aujourd’hui, Ghatheyya et Ahmed ont 32 petits-enfants. Toute la grande famille vit encore dans la Bande de Gaza, néanmoins, la grand-mère évoque avec tristesse et amertume sa fille aînée, décédée il y a quelques années des suites d’un cancer. Le couple âgé vit avec son fils, Nehad, 40 ans, son épouse et ses trois enfants. Un autre fils du couple vit dans l’appartement qui est au-dessus de Nehad.

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Ghatheyya, la mamie qui gâte son petit-fils Saleh, 15 mois

Toutefois, Ghatheyya rêve toujours de sa maison d’al-Qastina. Elle a eu la chance de revoir son village à plusieurs reprises depuis 1948. En effet, dans les années 80 et 90, elle passait par le village en taxi lorsqu’elle accompagnait sa fille en Jordanie pour ses soins « La première fois, j’avais demandé au taxieur de m’y emmener, mais il a refusé prétextant que c’était loin de leur trajet. Ensuite, j’avais appris à faire semblant que je me rendais à al-Qastina pour être sûre que le taxieur ne refusera pas. J’y suis allée mais je n’ai pas eu le temps de chercher ma maison car nous passions par la route principale. Des fois, le chauffeur empruntait l’autoroute voisine, donc je n’apercevais que le contour du village. Bien évidemment, j’ai reconnu ma maison, bien que le seul endroit ayant demeuré inchangé était un vieux garage. Certes, je ne suis plus autorisée à m’y rendre, mais mon esprit si ; je n’ai pas oublié mon village après toutes ces années. Al-Qastina me hante et j’avoue qu’il est inacceptable que je sois chassée loin de ma maison, de ma terre, de l’endroit où j’ai grandi. Je rêve encore des journées à la terre. »

On estime que quelques 725.000 Palestiniens ont été déplacés de force de leurs maisons durant la Nakba de 1948. Selon la définition opérationnelle de l’UNRWA [Office de Secours et de Travaux des Nations Unies], les réfugiés Palestiniens sont des personnes dont le lieu de résidence habituel était la Palestine entre juin 1946 et mai 1948, et qui ont perdu et leurs maisons et leurs moyens de subsistance suite au conflit arabo-israélien de 1948. Les descendants des Palestiniens autochtones devenus réfugiés ouvrent également droit à une inscription. Au 1er janvier 2013, l’UNRWA a enregistré 4.919.917 réfugiés Palestiniens, dont 1.203.135 vivent dans la Bande de Gaza.

En vertu du droit international, tous les individus jouissent du droit fondamental de retourner chez eux chaque fois qu’ils sont déplacés pour des raisons hors de leur contrôle. La norme coutumière du droit international oblige les états à respecter le droit au retour des individus, particulièrement celui des réfugiés Palestiniens tel qu’affirmé dans la Résolution 194 de l’Assemblée Générale de l’ONU de 1948 qui stipule que « Les réfugiés qui désirent de rentrer dans leurs foyers et de vivre en paix avec leurs voisins pourraient être autorisés à le faire à une date aussi rapprochée que possible. »

La Résolution prévoit également que les autorités responsables doivent indemniser les réfugiés qui choisissent de ne pas retourner, ou ceux ayant subi des dommages ou la perte de leurs biens. »

Consultez l’ensemble des récits dans la rubrique Informations PCHR

15 mai 2013 – PCHR Gaza – Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.pchrgaza.org/portal/en/i...
Traduction : Info-Palestine.eu - Niha


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