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Vies sous occupation : « Donner de faux espoirs à ses enfants »

mardi 27 août 2013 - 06h:07

PCHR Gaza

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Le monde célèbre chaque 1er mai la Journée Internationale du Travail qui commémore de droit de chaque individu à un travail ainsi que la protection des droits humains des travailleurs sur leurs lieux de travail. Toutefois, la célébration de cette journée dans la Bande de Gaza est totalement différente car elle est placée sous le signe d’un blocus qui ne cesse d’enfoncer la situation des travailleurs en général, et celle des pêcheurs en particulier.

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Jamal Ismail Faris Baker est un nom parmi tant d’autres dans le secteur de la pêche. Agé de 48 ans, cet originaire de la ville de Gaza et père d’une famille de 9 enfants raconte au PCHR Gaza ses 35 ans de travail dans la pêche et le témoignage d’une chute et d’une régression constante et soutenue de l’industrie halieutique dans la Bande. Et c’est en novembre 2012, soit quelques jours après la fin de l’offensive militaire israélienne Pilier de Défense sur Gaza que Jamal a commencé à perdre le contrôle sur sa vie.

Ainsi, le cessez-le-feu de novembre 2012, conclu entre les autorités Israéliennes et Palestiniennes, était supposé inclure une extension jusqu’à 6 miles nautiques la zone de pêche limitée à 3 miles nautiques. Toutefois, en mars 2013, la zone de pêche est redevenue à sa délimitation initiale, à savoir les 3 miles nautiques.

A l’annonce de l’extension et à l’instar de tous les autres pêcheurs, Jamal s’était réjoui de cette opportunité : « Nous étions très heureux d’apprendre la nouvelle de l’extension de la zone de pêche. Nous avions pensé que cette décision nous aiderait à améliorer notre situation. Personnellement, j’ai loué un moteur de mon ami Talal afin de faire fonctionner mon bateau, ce qui nous permettrait de pêcher dans les eaux profondes. »

Cependant, dans la matinée du 28 novembre 2012, une canonnière israélienne est venue attaquer et détruire le bateau de Jamal qui se souvient : « Ce jour-là, mon fils Khader (19ans) et trois autres pêcheurs sont sortis en mer à l’aube. Ils étaient accompagnés de 4 ou 5 autres bateaux. Quant à moi, je suis resté sur la côte à régler quelques affaires en attendant que les bateaux reviennent avec la pêche. Peu de temps après leur appareillage, je reçois l’appel de mon fils qui m’informe qu’une canonnière israélienne vient de les attaquer. J’étais sous le choc. Lorsque je lui ai demandé plus d’explications, mon fils a répondu qu’ils étaient à seulement 2 miles nautiques et que les forces israéliennes tiraient des balles réelles sur notre bateau, endommageant ainsi le moteur, puis l’appel s’est subitement interrompu. J’ai eu très peur, j’ai pensé que mon fils venait d’être blessé. J’ai ensuite appelé mon neveu qui était sur un autre bateau. Il m’a informé que Khader et les autres trois pêcheurs ont sauté dans l’eau car l’attaque a détruit le bateau, et que des bateaux de pêche étaient partis les secourir mais qu’il ne voyait pas ce qui se passait exactement. A ce moment-là, je me fichais de ce qui pouvait arriver au bateau, ce qui m’importait le plus était mon fils et sa vie. Quelque temps après, deux bateaux de pêche ont fait leur apparition et à leurs bords les trois pêcheurs qui étaient avec mon fils. C’est là que commençait ma panique et ma préoccupation : Khader n’était pas avec eux. J’ai rappelé mon neveu qui m’a dit que mon fils a été arrêté par les forces israéliennes. »

En effet, Khader a passé 4 heures sur la canonnière israélienne. Pendant tout ce temps, l’angoisse de Jamal ne faisait qu’augmenter et le stress sur les conditions de son fils ne connaissait pas de limite. Il explique : « J’avais tellement peur que je ne pouvais plus parler ; ma voix ne sortait plus. A la suite de l’incident, diverses personnes ainsi que des journalistes étaient venus demander des nouvelles, mais je ne pouvais répondre à aucun d’entre eux. J’étais très angoissé et je ne cherchais qu’à revoir mon fils de retour, sain et sauf. Je pensais qu’ils allaient le transférer à Ashdod, comme ils le font avec tous les pêcheurs qu’ils arrêtent, mais au bout de 4 à 5 heures d’attente, j’ai aperçu mon fils s’approcher de la côte, à bord du bateau endommagé. Il était à la fois fatigué et terrorisé, quant à moi, vous ne pouvez pas savoir à quel point j’ai été soulagé de le retrouver indemne de l’attaque. »

Son fils sauvé, Jamal se demande pourquoi l’armée a-t-elle attaqué son bateau, mais ne parvient pas à des réponses raisonnables : « Je ne comprends pas pourquoi khader et les autres ont été pris pour cible ; ce sont de simples pêcheurs et ils n’avaient même pas dépassé les 3 miles nautiques. »

Depuis le fâcheux incident, ni Jamal ni Khader n’ont réussi à ressortir pour la pêche : « Après le retour de Khader, nous avons vérifié le bateau et avons constaté que ni lui ni le moteur ne pouvaient être réparés ni espérer à les réutiliser. Fort heureusement, mon ami Talal ne m’a pas mis la pression pour que je rembourse le prix du moteur et s’est contenté de demander si Khader et les autres se portaient bien. Mais je dois dire qu’en dehors de mon bateau, j’ai perdu tous mes équipements de pêche, y compris les cannes à pêche qui coûtent aux environs de 10.000 Dinars Jordaniens (presque $14.000). D’autre part, avant de sortir pour la pêche, j’ai pris l’essence et l’appât par crédit car ils coûtent environ 4.000 shekels, soit $1200 approximativement. Après l’attaque, les créanciers sont venus demander leur argent mais je n’avais pas de quoi les payer. Si avant l’attaque je gagnais à peine 10 à 15 shekels par jour, après l’incident je n’ai touché aucun sou. Comment les rembourser ? Les créanciers ont déposé une plainte contre moi auprès des autorités de Gaza, suite à laquelle je ne peux plus exercer la pêche. »

Et justement, faute de pouvoir payer ses dettes, Jamal et sa famille sont désormais dans la liste noire établie par les autorités Gazaouies. Jamal exprime sa frustration en soulignant : « Que dois-je faire maintenant ? Dois mendier ou voler pour pouvoir nourrir ma famille ? »

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Jamal Ismail Faris Baker

Après l’incident, Jamal était contraint d’emprunter de l’argent de son frère pour subvenir aux besoins de sa famille : « Mon frère m’a donné 600 shekels, mais pensez-vous que cette somme soit suffisante pour nourrir et soutenir une famille de 10 membres pendant 6 mois ? Khader et moi ne pouvons plus pêcher et c’est tout ce que nous maîtrisons. Nous ne pourrons pas travailler ailleurs. Mes autres enfants sont sans emploi et 4 d’entre eux sont encore scolarisés. Mes ennuis et dettes s’étendent même aux marchés auprès desquels j’ai pris des articles sans pouvoir payer. Aujourd’hui, je me retrouve avec 10.000 shekels de dettes et j’ignore comment les payer. »

Jamal reconnaît que la situation désastreuse de sa famille le rend très nerveux : « Mon fils Khader est âgé de 19 ans et a des amis qui s’habillent bien et qui mangent bien dans des endroits biens. Lorsqu’il voit ça, il devient triste mais laisse rien apparaître car il connait ma situation et sait très bien que je ne peux rien lui procurer de tout cela. Si j’avais quelque chose de valeur, je l’aurais vendue pour payer mes dettes. De plus, le toit de ma maison est fissuré à cause des attaques de novembre, ce qui inonde la maison dès les premières pluies. Je ne peux pas le réparer non plus. Le plus jeune de mes enfants me demande des fruits et des bonbons que je ne peux malheureusement pas les lui offrir. Je me retrouve en train de leur donner de faux espoirs. »

Par ailleurs, se sentir abandonné par les autorités de Gaza accentue la frustration de Jamal : « Les autorités ne m’aident pas. Elles ne m’apportent aucun soutien, ni nourriture ni argent. Elles ne me laisseront pas travailler pour payer mes dettes à cause de tout ce que je dois. »

Les attaques israéliennes contre les pêcheurs palestiniens de la Bande de Gaza - qui, pour rappel, ne représentent aucune menace pour la sécurité des forces navales israéliennes - constituent une violation flagrante du droit humanitaire international et du droit international des droits de l’homme. La zone d’interdiction de pêche, imposée par des arrestations et des attaques arbitraires constitue une mesure de punition collective que l’Article 33 de la Quatrième Convention de Genève interdit expressément. Le droit au travail, notamment dans des conditions équitables et satisfaisantes est prévu dans l’Article 23 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, ainsi que dans les Articles 6 et 7 du Pacte International relatif aux Droits Economiques, Sociaux et Culturels (PIDESC). De plus, l’Article 11 du même Pacte reconnaît « Le droit de chacun à un niveau de vie adéquat pour lui et pour sa famille, y compris une nourriture, un vêtement et un logement suffisants, ainsi qu’à une amélioration constante de ses conditions d’existence. »

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1er mai 2013 – PCHR Gaza – Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.pchrgaza.org/portal/en/i...
Traduction : Info-Palestine.eu - Niha


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