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Les limites d’une guerre totale antiterroriste

samedi 9 février 2013 - 08h:34

Kharroubi Habib - Le Quotidien d’Oran

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En somme, pour la hiérarchie militaire, les seuls terroristes que l’Amérique doit traquer et neutraliser sont ceux qui visent ses intérêts nationaux. S’agissant de cette catégorie de terroristes, les services de sécurité américains ont ordre permanent d’agir sans s’embarrasser de considérations fussent-elles en violant la souveraineté d’Etats tiers.

Dans son article en date du 07 février consacré à la situation au Mali, notre collègue Yazid Allilat a rapporté qu’un rapport de défense américain a révélé que les Etats-Unis suivent depuis dix ans les activités de Mokhtar Belmokhtar, chef du groupe terroriste qui a mené l’attaque le 16 janvier dernier contre le complexe gazier de Tiguentourine.

L’information que les services de sécurité américains pistent Belmokhtar n’a rien en soi qui l’aurait fait considérer comme une révélation de premier ordre. Il est en effet normal que les services de renseignement de la puissance ayant déclaré la « guerre totale » au terrorisme international s’intéressent de près aux activités d’un personnage de l’acabit de Mokhtar Belmokhtar et qu’ils l’aient dans leur point de mire. Ce n’est donc pas de savoir que celui-ci est sous l’œil américain qui nous fait réagir, mais d’apprendre que les services de sécurité américains n’ont nullement tenté de l’appréhender ou de le neutraliser alors qu’ils ont eu les opportunités. Et cela comme précisé par le rapport de défense américain parce qu’ils n’en ont pas reçu les ordres de la hiérarchie militaire de leur pays. Laquelle ne les a pas donnés au motif pour elle que durant cette période Belmokhtar n’avait pas attaqué des intérêts américains.

En somme, pour la hiérarchie militaire, les seuls terroristes que l’Amérique doit traquer et neutraliser sont ceux qui visent ses intérêts nationaux. S’agissant de cette catégorie de terroristes, les services de sécurité américains ont ordre permanent d’agir sans s’embarrasser de considérations fussent-elles en violant la souveraineté d’Etats tiers.

Pendant dix ans donc durant lesquels Mokhtar Belmokhtar a pu voyager, participer à des entraînements dans des camps d’El-Qaïda, tisser des complicités avec les organisations de la nébuleuse terroriste internationale, sévir au Sahel, les Américains se sont contentés de l’avoir sous surveillance. Quid alors de la « guerre totale » contre le terrorisme international à laquelle ils ont enrôlé les autres nations du monde en les menaçant par le « qui n’est pas avec nous est contre nous » brandi par George W.Bush ?

Si Belmokhtar n’a pas été désigné comme cible à neutraliser aux services de sécurité américains, ce n’est pas uniquement parce qu’il n’agissait pas contre les intérêts de l’Amérique, mais aussi semble-t-il parce que cette fameuse hiérarchie militaire du Pentagone aurait été dissuadée d’émettre l’ordre de sa neutralisation par le contenu d’un rapport rédigé par l’ex-ambassadrice US au Mali prévenant qu’une opération de ce genre contre Belmokhtar provoquerait des troubles tribaux au nord du Mali. Pour avoir invoqué des considérations similaires dans sa lutte contre le terrorisme, le Pakistan s’est vu accusé par cette même hiérarchie militaire américaine d’avoir une doctrine ambiguë en la matière, voire même d’entretenir de coupables liens avec certains des acteurs du terrorisme international.

La question se pose légitimement de savoir si les Etats-Unis qui ont estimé que Belmokhtar ne représentait pas une menace pour leurs intérêts ont tout de même renseigné leurs partenaires dans la lutte antiterroriste pour qui les menées du chef terroriste représentent un danger constant et démontré pour leur sécurité nationale.

De ce que le rapport de défense américain révèle il y a à en déduire que la « guerre totale » contre le terrorisme international prônée par Washington et d’autres capitales occidentales n’exclut pas des calculs et des instrumentalisations aux dépens « d’alliés » dont l’affaiblissement et la déstabilisation sont inscrits dans leurs agendas.



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9 février 2013 - Le Quotidien d’Oran - Analyse


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