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Une enfant étendue comme une poupée de chiffon, symbole de la guerre

dimanche 23 juillet 2006 - 17h:41

Robert Fisk - The Independent

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Quand devrons-nous utiliser les mots « crimes de guerre ? Combien d’enfants faut-il sous les décombres par les attaques aériennes d’Israël avant que nous rejetions cette expression obscène : « dommage collatéral » et que nous commencions à parler de poursuites pour crimes contre l’humanité ?

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L’enfant, près du village de Ter Harfa, éjecté de la voiture carbonisée.
(photo AP de Nasser Nasser, prise le samedi 15 juillet à 16 h)

Cette enfant, dont le corps sans vie est étendu comme une poupée de chiffon près des voitures qui l’emmenaient avec sa famille normalement vers la sécurité, est le symbole de la dernière guerre du Liban.

Elle a été éjectée du véhicule dans lequel, elle et sa famille, sur les routes du sud du Liban, fuyaient leur village sur les instructions d’Israël. Ses parents ont été tués apparemment dans la même attaque et son nom reste inconnu. Pas un soldat inconnu, une enfant inconnue.

L’histoire de sa mort pourtant nous est bien connue. Samedi, les habitants du minuscule village de Marwaheen ont reçu l’ordre par les troupes israéliennes - apparemment au mégaphone - de quitter leurs maisons à 6 h du soir. Marwaheen est le village le plus proche de l’endroit où les guérilleros du Hezbollah ont traversé la frontière électrifiée pour faire prisonnier les deux soldats israéliens et en tuer trois autres, une attaque qui a provoqué cette guerre cruelle au Liban.

Les villageois ont obéi aux ordres des Israéliens et ont d’abord demandé à un détachement local des Nations unies, un bataillon de Ghanéens, de les protéger. Mais les soldats ghanéens, obéissant à des directives établies par le quartier général des Nations unies à New York en 1996, ont refusé aux civils libanais le droit d’entrer dans leur base. Comble de l’ironie, ces règlements de l’ONU ont été décidés quand des soldats avaient accueilli des civils pour les protéger d’un bombardement israélien, dans le sud du Liban en 1996 et que 106 Libanais - plus de la moitié était des enfants - avaient été abattus, les Israéliens ayant bombardé le site de l’ONU à Qana, là où ces civils avaient trouvé refuge.

Ainsi, les gens de Marwaheen partaient pour le nord dans un convoi de voitures et, quelques minutes plus tard seulement, près du village de Tel Harfa, ils ont été attaqués par les chasseurs-bombardiers F-16 israéliens.

Toutes les voitures ont été bombardées, 20 civils au moins ont été tués en fuyant, beaucoup étaient des enfants et des femmes. 12 personnes ont été brûlé vives dans leurs véhicules mais d’autres - dont cette enfant étendue comme une poupée de chiffon près du convoi carbonisé (un photographe de l’Associated Press, Nasser Nasser, a photographié la scène, prenant un gros risque) - ont été éjectées carrément de leurs voitures par l’explosion des bombes et se sont éparpillées dans les champs et un vallon proche.

Il n’y a eu aucune excuse, ni aucune expression de regrets de la part d’Israël pour tous ces morts.

Les innocents ont continué de mourir hier sous les attaques aériennes israéliennes dans tout le Liban. 5 civils ont été tués quand un missile israélien a frappé une maison, proche de la ville de Nabatea. Trois membres de la famille Hamed ont été tués avec leur bonne du Sri Lanka. Dans le village de Srifa, dans le sud, les raids aériens israéliens ont écrasé 15 maisons où habitaient au moins 23 personnes mais, sans les engins nécessaires qui ne peuvent arriver jusqu’ici, il n’y avait aucune possibilité de dégager les personnes qui se trouveraient emprisonnées, vivantes, sous les décombres des immeubles.

Les autorités civiles libanaises, cependant, ont pu donner les noms des morts après le raid israélien sur le village de Nabi Chit, dans la vallée de la Bekaa ; ils ont cité Ali Suleiman ; Daoud Hazima ; Khadija Moussawi et ses enfants, Bilal, Talal et Yasmine ; Maouffaq Diab ; Ahmed et Khairallah Mouawad ; Mustafa Jroud et Bushra Shuqr. Au moins trois noms étaient des femmes. Quatre autres civils ont été tués dans un raid aérien au village de Loussi, à l’est du Liban.

Les Israéliens se vantent constamment de la précision « scientifique » de leurs attaques aériennes, capables de tirer sur une « tête d’épingle ». Si c’était vrai, alors il y a beaucoup trop de civils tués dans les bains de sang du Liban pour croire qu’ils sont tous des accidents. Et puisque manifestement la liste des objectifs d’Israël prévoit des cibles civiles - bombardées délibérément pour punir la population civile - à l’évidence, ces raids aériens tuent intentionnellement des innocents, aussi bien que les guérilléros du Hezbollah qu’Israël prétend combattre.

C’est vrai, le Hezbollah tue des civils en Israël - bien que leurs missiles soient imprécis - et l’Occident qui n’a désapprouvé que timidement l’opération de représailles d’Israël, doit donc s’attendre à des mesures israéliennes renforcées contre des hommes qu’Israël et le Président George Bush qualifient de « terroristes ».

Pourquoi, par exemple, les Israéliens ont-il attaqué et détruit les sièges sociaux de la société Liban-Lait dans la vallée de la Bekaa, la plus grande entreprise de lait du Liban ?

Pourquoi ont-ils bombardé l’usine du principal importateur des produits Proctor et Gamble au Liban ?

Pourquoi ont-ils détruit l’usine de boîtes en carton à la sortie de Beyrouth ?

Et pourquoi les avions israéliens ont-ils attaqué un convoi d’ambulances neuves, livrées au Liban via la Syrie hier ; des véhicules offerts par les autorités médicales des Emirats arabes unis ? Les ambulances étaient clairement reconnaissables en tant que convoi humanitaire selon les dirigeants des Emirats. Faisaient-elles partie de ces cibles « terroristes » ?

La petite fille dans le champ à Tel Harfa, était-elle une cible « terroriste » ?

Un exemple de la désinvolture d’Israël bombardant le Liban : hier matin, un avion israélien a tiré quatre missiles sur un parking désert du district chrétien d’Ashrafieh à Beyrouth. Leurs cibles se sont avérées être deux camions de forage pour l’eau, abandonnés et enlisés dans l’herbe. Est-ce que les tubes sur le haut des camions ont été pris pour des lance-missiles ? Si oui, qui pourrait imaginer que le Hezbollah cacherait de telles armes dans un secteur chrétien de Beyrouth, que le Hezbollah pense rempli de collaborateurs d’Israël.

A Beyrouth et à Nabatea, les hommes de la Sécurité libanaise prétendent avoir arrêté des « collaborateurs » qui « peignaient » des maisons et des voitures au phosphore pour guider les Jet israéliens pour les détruire. Dans le même temps, le ministre des Finances libanais, Jihad Azour, a déclaré que 45 ponts avaient été détruits dans tout le Liban et que 60 000 familles - 500 000 civils - avaient du partir sur les routes.

Des milliers d’étrangers - et parmi eux de nombreux Libanais ayant double nationalité - continuaient hier de quitter le pays par cars et bateaux, dont des centaines de Britanniques qui avaient commencé à évacuer lundi sur le HMS Gloucester (bâtiment de Sa Majesté). Les Américains sont partis par la mer, bien qu’une société française à Amman - la SPO Moyen-Orient - dise avoir été louée par les USA pour évacuer leurs ressortissants par cars, pour un coût de 3 000 dollars (1 700 £) par tête.

Ils sont, bien sûr, des veinards qui finiront leur voyage à Damas ou à Chypre plutôt que dans un convoi brûlé près de Tel Harfa.

Beyrouth - 20 juillet 2006 - The Independent
http://news.independent.co.uk/world...
Traduction : JPP


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