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Les réfugiés palestiniens de Syrie perdus et « trahis »

vendredi 7 septembre 2012 - 09h:56

Ramzy Baroud

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La position officielle des nations arabes est sans équivoque : la solidarité avec la Palestine prime. Mais les faits sur le terrain signalent une réalité terriblement différente : les Palestiniens sont maltraités au-delà de toute justification rationnelle dans différents pays arabes.

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Fillette dans un camp de réfugiés au Liban-Sud - Photo : Reuters

Les plus mal lotis parmi eux sont les réfugiés apatrides, à qui seul un statut légal précaire est concédé depuis des décennies. En temps de crise, les réfugiés se sont retrouvés maintes fois dans un brouillard d’incertitude légale et politique.

Lors du Sommet du Mouvement des Non Alignés qui s’est tenu récemment à Téhéran, Les dirigeants arabes ont parlé avec une même passion ardente de justice pour les Palestiniens. Un émir arabe a averti que « la préoccupation autour des questions du printemps arabe ... ne doit pas nous distraire de la cause centrale de la Palestine ». Il énuméra laborieusement toutes les violations israéliennes des droits palestiniens, tandis que les chefs d’Etat opinaient du chef. Mais il y eut absence de toute référence aux souffrances endurées actuellement par les réfugiés palestiniens dans des pays arabes, où sans doute, Israël n’a pas d’influence.

Même s’il est hors de doute que des réfugiés syriens déplacés traversent une expérience vraiment horrible au cours de cette guerre civile, le destin des réfugiés palestiniens est nettement pire. La raison est que les Palestiniens n’ont pas les droits fondamentaux dont bénéficient les citoyens syriens détenteurs d’un passeport. Coincés, échoués, prisonniers : ce sont quelques-uns des termes utilisés pour décrire l’état des réfugiés palestiniens, mal-traités et assujettis par nuls autres que leurs « frères arabes ».

Vu les nécessités géographiques, des milliers de réfugiés palestiniens fuient la guerre vers les frontières proches en Jordanie et au Liban. L’Office onusien pour les réfugiés palestiniens (UNWRA) a enregistré près de 5.000 réfugiés en fuite. Mais le nombre est sans doute beaucoup plus élevé et il continuera de croître à mesure que les combats s’intensifient.

Il y a environ un demi-million de réfugiés palestiniens en Syrie.

Malgré toutes les tentatives pour leur épargner les conséquences sanglantes du conflit, ils se sont enlisés dans les combats. Les puissances régionales acharnées à gagner du terrain en Syrie ont utilisé les médias pour exploiter le dossier palestinien, connaissant bien la valeur sentimentale de l’histoire palestinienne dans le cadre du discours arabe grand public. Le résultat a été dévastateur et beaucoup de Palestiniens sont en fuite depuis près d’un an et demi. Les zones de concentration de réfugiés palestiniens ne sont plus des territoires neutres.

En dépit des appels à l’aide et des assurances données, les réfugiés palestiniens en Syrie restent extrêmement vulnérables.
En Jordanie, des centaines de réfugiés palestiniens ayant fui la Syrie ont été entassés dans un centre mal équipé connu sous le nom de CyberCity, à 90 km au nord de la capitale Amman. Human Rights Watch et d’autres organisations ont dénoncé le mauvais traitement des réfugiés à CyberCity, faisant état de déportations les forçant au retour en Syrie, et un statut semblable à celui de prisonniers infligé à ceux qui sont restés en Jordanie.

Dans un rapport du 4 juillet dernier, « La Jordanie, parti-pris à la frontière syrienne », Human Rights Watch affirmait que ceux qui avaient la chance de ne pas avoir été déportés étaient toujours menacés de déportation. « Depuis avril 2012, les autorités ont également détenu arbitrairement des Palestiniens fuyant la Syrie dans un centre de rétention sans autre option de libération que le retour en Syrie » ajoute le rapport.

Un résident de CyberCity, Samir, a dit au service d’information humanitaire de l’ONU (IRIN) : « C’est difficile de vivre comme un prisonnier, surtout quand on voit d’autres personnes aller et venir alors qu’on est captif ». Selon le rapport, « Les réfugiés palestiniens de Syrie se sentent abandonnés » ; les réfugiés palestiniens de CyberCity n’ont pas le droit de s’éloigner à plus de 30 mètres de l’établissement.

Certains récits rapportés par Human Rights Watch sont très perturbants, c’est le moins qu’on puisse dire. L’organisation mentionne que la Jordanie n’a ni signé ni ratifié la Convention de Genève relative au statut des Réfugiés de 1951 ; toutefois le droit international des droits de l’homme défend le respect du principe de non refoulement, qui « interdit l’expulsion et le renvoi d’une personne dans des États où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. » Néanmoins le phénomène est récurrent dans le cas des réfugiés palestiniens.

La situation au Liban est également affligeante

Margaret Besheer décrit depuis Beyrouth le double malheur des réfugiés palestiniens fuyant au Liban, cherchant généralement refuge dans les bidonvilles saturés du camp de réfugiés de Shatila. Il y a 45.000 réfugiés palestiniens au Liban répartis entre 12 camps dans tout le pays et survivant dans ds conditions terribles.

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Le camp de réfugiés de Shatila (bbc)

Comme les réfugiés palestiniens au Liban sont déjà victimes d’une foule de lois discriminatoires, on ne peut qu’imaginer le dilemme qui se pose aux nouveaux arrivants réfugiés. La famille d’Ibtisam partage une pièce avec huit autres personnes dans le camp de Shatila. « Nous sommes trois familles dans une seule pièce. Que pouvons-nous faire ? Nous avons échappé à la mort et aux bombardements et maintenant nous vivons comme ça ». Ibtisam peut déjà s’estimer heureuse d’avoir eu l’autorisation d’entrer.

Contrairement aux autres réfugiés de Syrie, les Palestiniens qui peuvent entrer sont censés renouveler leur permis sur une base mensuelle - au prix de 50.000 livres libanaises (26 ?) chaque mois, un défi impossible pour des familles qui n’ont même pas accès à une alimentation ni à des soins de santé décents.

En premier lieu, beaucoup n’ont même pas les moyens pécuniaires pour quitter la Syrie. Selon Rawan Nassar, employée d’une ONG, des familles sont contraintes de déposer de fortes sommes d’argent pour obtenir la permission des autorités. Les pauvres se voient naturellement dénier le permis de sortie, et certaines familles risquent les économies de toute leur vie pour fuir. Une fois à la frontière libanaise, il faut payer de nouveaux bakchichs. « J’ai vu une Palestinienne à la frontière qui ne connaissait personne au Liban et elle a été obligée de payer 300 dollars de pots-de-vin, soit 40 dollars par enfant » a dit un témoin syrien à IRIN.

Même si l’hostilité envers les réfugiés Palestiniens trouve son origine dans l’histoire de la guerre civile et des conflits, il est difficile de justifier l’attitude de l’UNHCR, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, qui fait manifestement une différence entre les réfugiés palestiniens et ceux d’autres pays. Les premiers sont censés relever du seul mandat de l’UNWRA, qui ne dispose que d’un budget limité et ne peut satisfaire les demandes même les plus basiques de ceux qui prennent la peine de s’enregistrer.

La crise collatérale pour les réfugiés palestiniens qui fuient un conflit régional n’est pas un phénomène nouveau, comme l’ont montré les guerres en Irak, au Koweit et au Liban. Mais la tragédie est décuplée parce qu’aucune solution à long terme n’a été mise en place, malgré la récurrence de la catastrophe humanitaire.

Entre-temps, les discours officiels dénonçant les crimes israéliens se poursuivent avec la même intensité, sans que l’attention ne se focalise sur les crimes qui se commettent ailleurs. Le résultat n’en est que plus décourageant.

Les actualités de l’ONU citaient un réfugié disant : « Des gens viennent et prennent des photos et parlent avec nous, mais à la fin ils s’en vont tous ». Telle est la détresse des réfugiés palestiniens, soixante-quatre ans après la Nakba.

*Ramzy Baroud (http://www.ramzybaroud.net) est un journaliste international et le directeur du site PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Mon père était un combattant de la liberté : L’histoire vraie de Gaza (Pluto Press, London), peut être acheté sur Amazon.com. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Fnac.com

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4 septembre 2012 - Palestine Chronicle - Vous pouvez consulter cet article à :
http://palestinechronicle.com/view_...
Traduction : Info-Palestine.net - Marie Meert


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